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Armuriers

La différence entre une guerre réussie ou non ne dépend pas uniquement de ses troupes, mais aussi de ses ennemis ainsi que de nombreux facteurs extérieurs.

Messagede armoisine » 27 Avr 2006 12:30

Je cherchais de quoi nourrir un post dans l'art de la guerre et je suis tombée là dessus, un article qui retrace l'évolution des différents métiers affiliés à la fabrication des armures, et finalement l'extinction de la branche...

LES ARMURIERS

Sous le nom générique d'armuriers, on a parfois confondu des professions très distinctes, bien qu'elles eussent un seul et même objet: l'armement de l'homme de guerre. C'est ainsi qu'avant 1789 il y avait les armuriers, les arquebusiers, les fourbisseurs. Chacun de ces états avait des statuts spéciaux.

Les armuriers, appelés aussi heaumiers, du nom du heaume, l'une des pièces principales de l'armure, fabriquaient plus particulièrement des armes défensives, telles que cuirasses, casques, brassards, etc. Les arquebusiers fabriquaient dans le principe des arquebuses ; ils confectionnèrent par la suite des fusils, des pistolets et toutes armes propres à lancer des projectiles. Enfin les fourbisseurs fabriquaient les armes blanches, telles qu'épées, lances etc.

L'état d'armurier proprement dit eut, pendant tout le moyen âge, sous la renaissance et jusqu'au seizième siècle, une très grande importance. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un regard sur les armes de formes si diverses et si savamment étudiées qu'on porta durant des siècles, et dont les spécimens nous permettent de suivre les transformations successives. Toutes les armures de ces chevaliers, de ces hommes d'armes, littéralement bardés de fer et d'acier, eux et leurs chevaux étaient l'œuvre des armuriers. Si l'on se rappelle que pendant de longs siècles la guerre fut l'état normal dans toute la France, dans toute l'Europe, on peut imaginer l'immense quantité d'armures qui sortirent des mains de ces ouvriers ; souvent on pourrait dire de ces artistes : les armures de certains seigneurs étaient, comme chacun sait, de véritables œuvres d'art.

Par la description suivante du costume des guerriers qui conquirent l'Angleterre sous la conduite de Guillaume le Conquérant on pourra voir ce qu'était déjà, dès le onzième siècle, l'art de l'armurier. Ces hommes d'armes étaient coiffés d'une calotte ayant la forme d'un cône de métal pointu ou d'une pyramide. Ce cône était protégé par devant d'une pièce de fer quadrangulaire qui descendait sur le nez et qui reçut le nom de nasal. Le corps était recouvert d'une chemise à mailles de fer ou d'une blouse étroite sur laquelle étaient cousues des plaques de fer carrées, rondes ou triangulaires.

C'est vers le quatorzième siècle que toutes les parties de l'armure jusque-là à peu près distinctes les unes des autres, commencent à constituer un ensemble où tout se tient et se relie.

Les armuriers, dit M. Viollet-le-Duc, dans son savant Dictionnaire du mobilier avaient certainement observé le jeu des articulations de l'écrevisse, et, partant de ce principe, ils composaient les plaques de recouvrement destinées à former les tassettes, certaines parties des arrière-bras, les gorgerins, les alentours du genou, etc. Le jeu des lames et des charnières devint des plus perfectionnés, et l'on a pu dire, presque sans exagération, qu'un homme, à cette époque était dans son armure de fer battu comme dans sa peau.

La puissance des armes offensives ne cessant de s'accroître, on chercha chaque jour davantage à augmenter l'efficacité des armes défensives. Les chevaliers firent de grands sacrifices pour se procurer des armures de plus en plus résistantes. Les fabriques d'armes se multiplièrent. Les meilleures et les plus anciennes étaient en France à Poitiers, Bourges, Toulouse, Paris. A Arras, on fabriquait aussi de bonnes armures. En Italie, Milan et Pavie; dans les Flandres, Gand; en Allemagne, Nuremberg et plusieurs autres villes, étaient particulièrement renommées. Les armures françaises étaient réputées pour leur légèreté, leur souplesse et leur élégance; les armures allemandes, pour leur solidité. Beaucoup de chevaliers français se faisaient faire des armures à l'étranger, en Italie ou en Allemagne, surtout à partir du quinzième siècle. Les ouvriers étrangers obtinrent aussi, à cette époque, l'autorisation de s'établir en France, comme le prouvent des lettres patentes de Charles VI, du mois d'avril 1412.

Pendant la guerre de Cent ans, dont les terribles combats taillèrent aux armuriers une si large besogne, le commerce des armures acquit en Europe une grande extension, comme en fait foi l'extrait suivant du livre de Christine de Pisan: « Il fist (Charles V) pourveance de riches armures, beauls, destriers, amena d'Allemagne, de Pulle (Pouille), courciers, haubergons et azarans, camails (toutes pièces de l'armure de cette époque), forgez à Millan à grant foison, apportés par deçà, par l'affinité de messir Barnabo, lors seigneur du dit lieu ; à Paris faire toutes pièces de harnois; et de tout ce donna largement aux compaignons d'armes, aux riches gentilz hommes les choses belles et jolies, aux povres les profittables et fortes. » À I'époque de la renaissance, l'armure, avant de commencer à disparaître comme étant de plus en plus impuissante contre les armes à feu, atteignit son suprême degré de perfection. Les merveilleux spécimens conservés dans nos musées permettent de se rendre compte du goût par lequel se distinguèrent les armuriers de cette époque. Sous Louis XIII, les armures commencent à être abandonnées pièce par pièce, malgré les efforts du roi pour en maintenir l'usage. Vers 1660, les cuissards furent tout à fait abandonnés. On ne garda plus que la cuirasse, qu'on portait sous l'habit. Les derniers fantassins français qui la revêtirent furent les piqueurs abolis en 1675. Seule la gendarmerie, dont on forma un ou plusieurs régiments qui prirent le nom de cuirassiers, conserva la cuirasse et le casque, qui subsistent encore aujourd'hui comme les derniers vestiges des armures d'autrefois.

Les armuriers ou heaumiers suivirent la destinée des armures dont l'histoire est la leur. Ces artisans furent érigés en corps de jurande par Charles VI, en 1409, à l'époque même où l'armure de fer, prenant un caractère nouveau, commence à former un ensemble ingénieux et savant de pièces fixes et solidaires. Plusieurs édits de Charles VI sont relatifs à la réglementation de la profession d'armurier, qui, sous ce règne, atteignit son apogée, tant l'armure était alors un objet de première nécessité. Les statuts édictés par Charles VI tombèrent peu à peu en désuétude. Ils furent renouvelés en 1562, et finalement après les formalités d'usage, homologués par lettres patentes de Charles IX, à Houdan, au mois de septembre de cette année, et enregistrés au Parlement au mois de mars suivant.

Ces statuts contenaient vingt-deux articles. Dans une énumération qui résume à peu près les attributions des armuriers, il est dit qu'il sera permis à ceux-ci de faire « tous harnais pour armer hommes, spécialement les corcelets, corps de cuirasse, hausse-cols, tassettes, brassards, gantelets, harnais de jambes, habillement de tête, bourguignotes et morions servant à gens de pied, tant à l'épreuve qu'à la légère; les armes de jambes ou tonnelets à courir en lice, enfin, harnais, tonnelets et bassins, servant à combattre à la barrière » c'est-à-dire toutes armes défensives.

La communauté des armuriers fut pendant tout le moyen âge l'une des plus nombreuses de Paris. A la fin du seizième siècle, on comptait encore soixante maîtres armuriers. En 1723, il n'y avait plus que deux maîtres, tous deux fils du célèbre Drouart. Ils soutenaient la réputation de leur père, qui fut, au temps de Louis XIV le dernier juré de son corps. Les ancêtres de Drouart étaient en grande renommée depuis plus de deux cents ans; les armures qu'ils, fabriquaient sont mentionnées comme les meilleures et les plus riches de l'Europe, sans même en excepter celles de Milan, qui étaient au nombre des plus estimées.

Les deux derniers Drouart prenaient la qualité de seuls armuriers heaumiers du roi et des princes. Leur magasin était situé en haut de la rue Saint-Denis, rue de la Heaumerie ainsi nommée à cause des heaumiers qui l'habitaient.

Le patron des armuriers était saint Georges, et leur confrérie se trouvait à Saint-Jacques de la Boucherie, où l'on voyait saint Georges, «représenté de grandeur naturelle, revêtu de pied en cap d'une armure d'acier poli, monté sur un cheval caparaçonné à l'antique et avec un harnais d'acier. »


http://www.encyclopedie.info/index.php?FCM_module=FCM_jvf&FCM_jvf_op=page&FCM_jvf_article_id=1019

PS j'ai édité le titre.
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
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