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Contrat de mariage

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Jehan » 02 Fév 2006 17:38

C'est un peu long. La ponctuation est "restituée" par moi : elle n'existe pas dans le texte original. Les coupures des phrases également. Les accents sont également de mon fait.

Il s'agit d'un contrat de mariage de petits nobliaux de province, inséré dans un terrier de la terre et seigneurie de Chaux de la fin du XV° siècle. Ce terrier est conservé aux AD du Cher, sous la cote 51 H 43.

Je vous le livre, car il m'a paru assez savoureux ! J'en ai un autre, si ma mémoire est bonne, à votre disposition.

Si cela vous tente, un nouveau sujet sur le mariage médiéval.

Bonne lecture...



"Donné par coppie

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, Pierre Duplain, licencié en loix, garde et tenent le seel de très excellant prince Pierre, Duc de Bourbonnois et d’Auvergne, conte de Clermont, de Fourestz et de La Marche, peir et chamberier de France, en la prévosté de Bellegarde et seneschaucié d’Auvergne, aux contraulx estably, salut en nostre seigneur.

Savoir faisons que par davant notre amé et féal Giles Perrier, clert, notaire, juré dudit seel, auquel quant ad ce nouz avons commis et commectons par ces présentes noz pouvoir et auctorité pour oyr et recevoir en lieu de nous toutes les chouses en sesdites présentes contenues le jour de la dacte de ces présentes, ont esté personnellement establys noble homme Anthoine de la Prugne, dit de Chastel Boudeau, escuyer, seigneur de Chaulx en la paroisse de Mazirat au diocèse de Bourges, et Jacques son filz de luy émancipé, filz fust aussi de feue Françoise de Peirassier, femme quant vivoit dudit Anthoine, estant ledit Jacques en aige parfait, c’est assavoir de saze ans acompliz, ainsi qu’il a asseuré et est apparu par le rapport de noble homme Jehan de Peirassier, père de ladite Françoise, et ledit Jehan de Peirassier, escuyer, seigneur dudit lieu pour soy et prenant en main tant comme son fait propre soubz l'obligation de tous ses biens par damoiselle Catherine Arnoulst, sa femme, icy absente, d'avoir agréable et luy fere ratiffier le contenu en ces présentes lettres par eulx et les leurs à perpétuel d'un’ part, et noble homme Georges de Forges, seigneur de Gordon et de Saint-Farjol, paroissien de Saint-George de Mons au diocèse de Clermont et damoiselle Ysabeau de Forges sa filhe et de feue Peyronnelle de Villars, jadiz mariés, expouse future ladite Ysabeau dudit Jacques, filz dudit Anthoine, en l’auctorité et licence de sondit peire a elle donné, prestée et concédée et octroyée quant à fere et passer toutes les chouses en sesdites présentes contenuez pour eulx et les leurs à perpétuel d’autre part, lesdites parties et chascune d’icelles pourtant que à chascune partie touche ou peut toucher et appartenir, de leur bon gré, certaine science, pure, franche et libre volunté, ont cogneu et confessé que par le moyen d’aucuns leurs amys et parens dudit costé et d’autre a esté traictié et actende de fere mariage par parole de futur entre lesdits Jacques et Ysabeau en telle manière que l’un d’eux a promis prandre l’autre par mariage en fasse de Saincte Mère Esglise ainsi qu’il est de bonne coustume en faveur et contemplacion duquel mariage devoir acomplir en saincte esglise que dit est par parole de présent, ledit George de Forges a promis, donné, constitué et assigné et par ces présentz promet, donne, constitue et assigne à ladite Ysabeau sa filhe et par elle audit Jacques sondit espoux fuctur et par tous droiz de père de mère, de frère et de seur à elle appartenant esdits biens paternelz, maternelz, fraternelz et sorrorins, la somme de sept cens livres tournois, avec les roubes et vestemens nupciaulx bons et honestes selon l’estat desdites parties, veoir à payer soixante livres avec lesdits vestemens le jour de la selebration dudit mariage, et dudit jour en ung an revolu soixante livres tournois, et en suyvant chascun an à semblable jour soixante livres jusques affin de payement desdits sept cens livres tournois dont sera contenu deux cens cinquante livres tournois en meuble et le surplus en héritage et chevence selon les us et coustumes de Bourbonnois, et sont ungs et communs lesdits espoux fucturs en biens meubles et conqués selon ladite coustume, par laquelle some en sollucion et payement d’icelle ledit de Forges a cédé, bailhé et transporté audit Jehan de Perrassier et espoux fucturs tous et chascun les prouffiz, revenus et esmolumens à luy appartenans et que luy pourront appartenir en la terre et seigneurie de Saint-Farjol et appartenance d’icelle, avec ses manoirs, garennes, estangs, cens, rantes, dixmes, parcières, gellines, laux vantes et autres droiz queulxconques provenans esdites terres amprès la présente culhete et année par les présentes et somme de soixante livres par an, ou payer lesdites soixantes livres tornois, au choix et eslection desdits de Peiracier et espoux.

Ad ce a esté présente et personnellement estably Jehan de Perracier pour soy et prenant par ladite Catherine sa femme come dessus, lequel voyant ledit mariage à luy estre agréable et prouffitable par l’amour naturelle qu’il a et porte audit Jacques son nepveu en droite ligne et affin qu’il puisse myeulx pourter les charges de mariage, entretenir son estat, vivre plus convenablement et qu’il sera tenu et a promis, ensemble ladite Ysabeau sa expouse advenir, fere résidance continuelle avec luy et sadite femme, les servir et honnorer sadite vie durant et par plusieurs autres causes et raisons à ce le mouvoit deuhment comme il disoit, en recompenssan desdites chouses et de chascune d’icelles, de son bon gré comme dessus, a donné et donne audit Jacques et es siens par donnacion faicte entre vifz, en faveur dudit mariage, lequel autrement de se pouvoit acomplir, et autrement en la meilheure forme et manière que donnacion puet et doit valoir de raison et par la coustume du pays, son lieu, manoir et héritaige de Peracier, situé en la paroisse de Néris, avec ses appartenances et despendances queulxconques, ensemble tous ses autres biens tant meubles que immeubles quelque part qu’ilz soyent, retenu et réservé ausdit Jehan de Perracier et ladite Catherine sa femme, les usuffruiz desdites chouses données, durant le cours de leurs viez et de chascun d’eulx tant seulement, en telle manière que amprès leur trespas lesdits usuffruit sera consolidé à la propriété des chouses, moyennant lesquelles chouses ledit Jacques, filz émancipé dudit Anthoine de la Prugne, du vouloir et consentement dudit Jehan de Perracier son ayeul, a quicté, cédé et délaissé es autres enffants de sondit père tous et chascun les biens que luy pourront appartenir amprès son trespas par raison de la succession d’icelluy.

Et ledit Jehan de Perracier et Anthoine de la Prugne ont donné en apanaige à Phelipes, filz moings né dudit Anthoine par tout le droit qu’il pourroit avoir es biens dudit Jehan de Perracier et Françoise sa filhe, mère dudit Phelipes, cent livres tournois devoir à payer par lesdits de Perracier et espoux par une foiz sur lesdits biens de Perracier, oublié le droit paternel dudit Phelipes, lequel ledit Anthoine de la Prugne puise prandre amprès son trespas selon les us et coustumes du pays sans que ledit Jacques y preigne riens, et de ce sera faicte et passée quictance par lesdits Phelipes en forme valable, réservé à icelluy Phelipes que si ledit Jacques aloit de vie à trespas sans hoirs descendu de luy en loyal mariage, pourra succéder esdits biens selon raison et par la coustume du pays, pourveu que lesdits de Perracier et espoux fucturs seront tenus et ont promis le norrir, entretenir son estat et alimenter convenablement tant qu’il voudra fère résidance avec eulx.

Et ledit Anthoine de la Prugne a quicté, cède et délaisse ausdits de Perracier et espoux fucturs et les leurs tout le droit qu’il pourroit avoir esdits lieu et biens de Perracier par le contrault de son mariage et de ladite feue Françoise sa première femme, et semblablement ladite Ysabeau a quicté au prouffit des autres enfants dudit George de Forges son père, tous autres biens paternelz, maternelz, fratarnelz et sororins et a esté en convenance et actordé entre lesdites parties que au cas que ledit mariage acomply ledit Jacques yroit de vie à trespassement, ladite Ysabeau survivant, estans enfens dudit dudit mariage, audit cas elle sera administeresse desdits enffants tant qu’elle demeurera en communaulté advec eulx sans convoler à secundes nopces, si lesdits Jehan de Perracier et Catherine sa femme estoient lors trespassés et au cas que soy remarieroit et convoleroit à secundes nopces, sera tenue de délaisser la maison de Perracier ausdits enffans, réservé à elle la moitié du lieu et autres biens à elle appartenant par le présent contrault et traictié dessus déclairé.

Et audit cas que ledit Jacques yroit de vie à trespassement sans enffant dudit mariage ladite Ysabeau survivant, elle joyra dudit lieu et maison de Perrecier sadite vie durant ensemble de la moitié dudit lieu et autres biens à elle appartenant par ledit contrault et traictié selon la coustume du pays de Bourbonnois, laquelle ont volu estre observée et gardée es autres chouses icy non espenssées et au cas contraire que restitucion de dot auroit lieu par le trespas de ladite Ysabeau ou autrement sera faicte de ladite dot à telz et semblables termes et payement que aura esté payée, par laquelle dot estre sane et rendable, lesdits de Perracier et Jacques son nepveu ont hypothéqué et obligé tous et chascun leurs biens meubles et immeubles, présents et advenir, lesquelles chouses ainsi faictes et passées ont promis lesdites parties et chascune desdites parties touche et peut toucher et appartenir soubz la ypothèque et obligacion expresse de tous et chascun leurs biens meubles et immeubles présents et advenir.

Et jure aux Sainctes Evangiles de Dieu, touchant manuellement le livre, tenir, atendre, garder, fère et acomplir toutes les chouses esdites présentes contenues. Et qu’ilz n’ont fait, ne dit, ne aussi ne feront, ne diront, aucune chouse autre, tant pour quoy le contenu esdites présentes n’ayt et obtiegne perpétuelle et vallable fermetté. Et en oblige rendre et restituer l’une part à l’autre et l’autre l’autre tous despens, coustz, missions, domaiges et decoustements qu’ilz s’enssuivroit par deffault de l’acomplissement et observance des chouses dessusdites ou d’aucune d’icelles. En renonçant en cestuy fait par leurdits foy et sermens sur ce faitz et prêtés, à l’excepcion desdit traictié de mariage et constitution de dot non avoir esté faicte et passées comme dit est, à l’excepcion desdites quictances, promesses, obligacions, réservacion, partie et convenances et autres chouses dessusdites non avoir esté faictes et passées en la manière dessusdicte, et à tout autres excepcions, alégacions et deffences, tant de fait comme de droit, escript et non escript, canon et civil, usaiges, coustumes, privillèges et autres chouses par lesquelles lesdites parties pourront venir à l’encontre du contenu esdites parties.

Et en droit disant généralle renonciation non valoir si l’espécial n’est précédent. Et ont volu et consenty lesdites parties, heulx et les leurs, pouvoir et devoir estre gaigés, forcés, contraings et compellis par nous ou par celluy que au temps advenir sera en lieu de nous, par la prinse, vend et explectacion de tous et chascun leurdits biens, à tenir, fère et acomplir les chouses dessusdictes et chascune d’icelles queulxconques privillèges et autres chouses ad ce contraire non obstant ausquelles lesdites parties ont renoncé et renoncent comme dit est.

En tesmoing desquelles chouses et plus grande fermeté d’icelles, affin que soyent estables et vallables à tousioursmays, nous à la rellacion dudit juré auquel adjoustons plaine foy, à sesdites parties avonz fait mectre et appouser ledit seel que nous tenons. Fait présens ad ce et par tesmoings appellés, nobles hommes frère Andrien de La Garde, de l’ordre de Saint-Augustin, Loys de La Garde, seigneur de Mastioux, Jehan de La Garde, seigneur de La Malerée, frères, et Loys de Montveid, seigneur de Chasteng.

Et donné le quatriesme jour de julhet, l’an mil quatre cens quatre vings et huit.

Et signé desoubz en marge G. Perier, et sellée en cire verte aux armes de Monseigneur le Duc de Bourbonnois et d’Auvergne, soubs la prévosté de Bellegarde. Et collationné ensemblable, groissée en parchemyn par moy Jehan Guilhent, clert, juré, notaire de la chancellerie de Bourbonnois, le vingt sixiesme jour de mars l’an mil iiiiC iiiiXX et neuf. Guilhent."
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Messagede armoisine » 02 Fév 2006 18:24

J'ai bien essayé de déchiffrer..... D'ailleurs ça me rappelle les cours de paléographie.
Mais c'est extrêmement difficile. Il s'agit d'un réglement de mariage et dans la foulée d'un réglement de succession?

En tout cas c'est un sacré boulot de retranscription que tu as fait là!
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Messagede Jehan » 06 Fév 2006 09:45

Merci gente damoiselle Armoisine. Hélas, j'ai déjà reperé quelques fautes, ce qui est plus que commun. Quand j'aurai plus de temps je décripterai sur le fond. Quant à la paléo, j'ai plus de facilité pour le XIV° et le XV, et même le début du XVI° puisque ces braves notaires et scribes avaient appris à écrire fin XV°. Avant et après... j'ai bien du mal. JP P
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Messagede Foulques » 06 Fév 2006 21:50

Jehan a écrit:j'ai déjà reperé quelques fautes,


HA ! C'EST BIEN CE QU'IL ME SEMBLAIT !! IL Y A DES FAUTES !!!


... Hum, nan, nan, je rigole :)

Un boulot impressionnant... Je le lirais un jour, promis !

Jehan a écrit:Quand j'aurai plus de temps je décripterai sur le fond.

Oui, pas mauvaise idée. Tu es le bienvenu pour faciliter la tâche du lecteur ! :wink:

Mais le fond est toujours très intéressant !
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Messagede Jehan » 07 Fév 2006 21:23

J'avais promis un second contrat de mariage. Le voici. Plus court, donc normalement plus lisible !

ET SANS DOUTE AUSSI AVEC DES FAUTES ! Comme dirait Foulques, dont j'apprécie hautement l'humour !

C'est le second mariage dudit Martin de Cernay. Il est d'ailleurs mort avant sa deuxième femme, Marie de Saint-Aubin. La pauvre est devenue folle, et on possède la décision du lieutenant du châtelain de Bourbon (actuellement l'Archambault) la mettant en curatelle.

Martin avait eu hors mariage un fils qu'il a reconnu. Au décès de Martin, le fils, nommé Odiles de Cernay (influence de Cluny et de sa fille Souvigny sur le prénom, du fait de Saint Odilon, je suppose) a eu toutes les peines du monde à recevoir en usufruit la terre de Cernay, et il a été évincé par le duc Jean II de Bourbon de l'emploi anvié de châtelain de Bourbon qui lui avait été promis en survivance du père. On dispose de belles analyses des actes de nominations enregistrées à la chambre des comptes ducales.

Enfin, lisez donc ! Ce n'est certes pas un mariaige d'amour ! Grandes sont les précautions touchant le devenir des biens de l'un et l'autre des mariés. De véritables maquignons !

AN. P 1374/1 cote 2287, doc.n°4
Contrat de mariage entre Martin de Cernay et Marie de Saint-Aignan. 27 août 1457.

A tous ceulx qui ces présentes lettres...Estienne Gort.... savoir faisons que par devant messire Colas Barreuel, prebstre juré et notaire....
Personnellement establi noble seigneur monseigneur messire Martin de Sarnay, chivalier, seigneur dudit lieu de Sarnay, chambellan de monseigneur le duc de Bourbonnois et d'Auvergne, son cappitaine et chastellain de Bourbon, d'une part,
Et noble damoiselle Marie de Saint-Aignin, voefve de feu Gilbert Seguin, dame de Saint Hyllaire, d'autre part,....
.....ont cogneu et confessé eulx avoir fait et passé les accords promesses et convenances de mariage en la forme et manière qui s'ensuit.
C'est assavoir que ledit messire Martin de Sarnay chevalier dessusdit a promis et convenu de prendre à femme et espouse ladite damoiselle Marie de Saint Aignin veosve dessusdite. Et semblablement ladite damoiselle Marie de Saint Aignin par le moyen et conseilh et consentement de noble homme Jehan Channet, escuier, seigneur du Plex, son frère, et Jehan d'Esnoy son frère utérin, escuier, ad ce présens et consentans, et plusieurs aultres affins par le moyen desqueulx icelle damoiselle Marie a promis de prendre à mary et espoux ledit messire Martin de Sernay, Dieu de Saincte Mère Esglise à ce consentant et actordant.
Et pour faveur, amour et contemplacion de ce présent mariage affin qu'il sortisse plein et pur effait en Saincte Mère Esglise lesdites parties dessusdites et par le moyen que dessus ont cogneu et confessé avoir faitz et passés entre eulx les actords, promesses et donacions en la forme et manière qui s'ensuit.
C'est assavoir que ledit messire Martin de Sarnay, chevalier, espoux advenir en faveur dudit mariage a voulu et consenti, veult et consent par ces présentes que s'il avient ledit Messire Martin de Sernay aller de vie à trespassement avant ladite damoiselle Marie son espouse advenir, icelle survivant en icelluy cas, ledit messire Martin de Sarnay a voulu et actourdé expressément an faveur dudit mariage que ladite damoiselle Marie, espouze advenir aye et preigne sur la pourcion des biens meubles dudit messire Martin de Sernay la somme de mille escus d'or, de bon or et de bon poix ou la valeur d'iceulx.
Et semblablement a esté actordé par ladite damoiselle Marie, espouze advenir en faveur dudit mariage et par les moyens que dessus que s'il avient ladite damoiselle Marie aller de vie à trespassement avant ledit messire Martin sondit futur espoux, en icelluy cas a esté espressement actourdé par ladite Marie que elle veult et consent par ces présentes et en faveur dudit mariage que ledit messire Martin de Sernay soit seigneur usuffruictoire par le cours de sa vie tant seulement de toutes les maisons, héritages, cens, rentes, dismes et aultres devoirs et générallement de tous les droictz de quoi elle morra saisie et vestue à iceulx pourter et possider par le cours de sa vie tant seulement.
Item plus a esté actourdé entre icelles parties et en faveur dudit mariage que s'il avient icelle Marie espouze advenir avoir hoirs descendans et procédant dudit messire Martin de Sernay, chevalier, constant leurdit mariage et que se soit hoir masle, en icelluy cas ladite damoiselle a voulu par les moyens et faveur de mariage que dessus, a voulu et consenti, veult et consent par ces présentes que ledit hoir descendant dudit messire Martin et de ladite damoiselle Marie, soit seigneur de l'ostel et forteresse de Saint Hylaire et des appartenances d'icelluy et de cent livres tournoises de rente rendable de la plus près et prouchène chevance dudit Saint-Hylaire, en ce comprins pour faire ladite assiette desdites cent livres tournoix de rente rendable et avalué les domaynes, prés et terres, estangs, garennes, molins, mectairies et aultres héritaiges. Et le filz de ladite damoiselle Marie et dudit feu Gilbert Seguin doit estre récompensé sur l'autre chevance de ladite damoiselle Marie de la valeur d'autant.
Item plus a esté actourdé entre lesdites parties et pour faveur dudit mariage dessusdit que s'il avient que ladite Marie n'aye que hoirt femeaulx descendant dudit messire Martin de Sernay, chevalier dessusdit, en icelluy cas le fils de ladite Marie et dudit feu Gilbert Seguin sera seigneur dudit Saint-Hyllaire et desdites cent livres de rente rendable tout en la forme et manière que eust esté le hoir masle dudit messire Martin, en récompensant dehuement d'autant le hoir, ou hoirs femeaulx dudit messire Martin sur le surplus de ladite chevance. Car ainsi a esté accordé, fait et passé en faveur dudit mariage.
Item plus a esté actourdé en faveur comme dessus que toutes aultres chouses dont n'est faicte expresse mencion en ces présentes seront et demoreront en faveur dudit mariage es us et coustumes du paiz de Bourbonnois.
Item plus a esté accordé entre lesdites paries et chacune d'icelles que ces présentes lettres seront faictes et reffaictes une foys ou plusieurs sellon la diction et ordonnance des saiges, la substance du fait nommée pour tenir fermeté comme faveur de mariage donné et requiert. Car ainsi ont estées passées, actordées les chouses dessusdites et chascunes d'icelles entre les parties par devant ledit juré.
Promettans.....
Donné tesmoings....nobles hommes Jehan Channet, seigneur du Plex, Jehan Desnoy, escuier et honorable homme Jehan Raquet, jadis procureur de Bourbon, et Loys Boachot, sergent du Roy nostre sire...
27 août 1457. signé Barreuel
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Messagede Foulques » 15 Fév 2006 21:07

Jehan a écrit:Comme dirait Foulques, dont j'apprécie hautement l'humour !

Y'en a qu'un qui me comprend ici ! :D

Bon, j'ai imprimé et lu tout ça. Je n’ai pas grand-chose à dire sur le 2e contrat mais sur le 1er j’ai quelques remarques :

- "a promis prandre l’autre par mariage en fasse de Saincte Mère Esglise ainsi qu’il est de bonne coustume". En fasse = en face ? A cette époque le mariage devait se faire à l'intérieur de l'église, consacré par un prêtre. Mais cette expression rappelle une époque plus ancienne où les mariages se faisaient devant le bâtiment de l'église, consacré par les époux eux-mêmes...
Tu as une idée de la période de transition entre ces deux pratiques dans le Bourbonnais ?

- l’âge de la mariée, Ysabeau, n’est jamais mentionné comme si cela n’avait pas d’importance. Par contre le marié de 16 ans, Jacques, est considéré comme majeur. C’est effectivement à la fin du XVIe, sous l'influence du droit romain, que l'âge de la majorité matrimoniale sera reporté à 30 ans pour les garçons et 25 ans pour les filles, comme sous la Rome antique je crois. Fin XVe comme pour ce texte, cette majorité était encore (en général, suivant les coutumes) de 14 ans pour les garçons et 12 ans pour les filles.

- Jacques est dit nepveu en droite ligne de Jehan de Perassier au lieu de "petit-fils"

-Quel est donc ce mot étrange tousiourmays ??? Drôlement bizare si c’est l’ancien mot pour toujours

- On constate nettement, et une fois de plus, que les patronymes n’ont pas d’orthographe. On écrit indifféremment Peracier ou Perassier : l’important est dans l’oralité. Ce sera comme ça jusqu’à la fin du XIXe en France où les curés, officiers d’Etat-civil et notaires y accorderont fort peu d’importance.

- Ysabeau gardera quoiqu’il advienne la moitié de l’héritage du père de feue sa belle-mère : les biens de la seigneurie de Perassier. Mais à aucun moment il n’est question de la transmission du titre, de la charge de seigneur ?

- Le père du marié, Antoine de la Prugne, semble totalement sans le sou puisqu’aucune donation de sa part n’est mentionnée malgré qu’il soit seigneur de Chaulx. Et ceci aurait forcément été mentionné ici dans le cas d’un legs à Phelipes (frère cadet du marié), car on écrit bien que si Phelipes doit toucher 100 livres tournois, son frère ne doit pas y toucher.

- Apparemment, Phelipes aura l’autre moitié du bien de son grand-père si Jacques décède sans enfants ?

Comme il est dit que Phelipes n’aura quasiment rien sauf 100 livres et l’hébergement chez leur grand-père avec le jeune couple, Jacques avait franchement intérêt à surveiller ses bouillons, surtout ceux de onze heures ! :wink:

Sinon, je ne trouve rien de particulièrement choquant ou maquignon. Je trouve ça même étonnament moderne. Ce qui est dommage c’est que je n’ai pas de contrat de mariage du XIXe pour faire la comparaison (pas de contrat dans ma famille : ils étaient tous fauchés), mais je crois que ce ne doit pas être bien différent au fond.

Qui sont tous ces gens, Jehan ? De la famille ? T’es remonté jusque-là en généalogie ?
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Messagede armoisine » 15 Fév 2006 21:39

Foulques a écrit:Y'en a qu'un qui me comprend ici ! :D


Fait pas ton Caliméro! :lol:

Foulques a écrit:-Quel est donc ce mot étrange tousiourmays ??? Drôlement bizare si c’est l’ancien mot pour toujours



Il me semble que ça veut dire à tout jamais mais je ne suis plus sûre. Et je veux pas me retaper tout le texte pour trouver la phrase....
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Messagede Foulques » 15 Fév 2006 22:09

En tesmoing desquelles chouses et plus grande fermeté d’icelles, affin que soyent estables et vallables à tousioursmays

Ah ouais ça colle ! Merci Armoisine !
ça fait penser à "tous les jours" et "ja pieça", "mays" par contre me semble obscur mais j'ai l'impression de voir un embryon qui va nous faire un beau bébé de la langue française et j'adore ça !

armoisine a écrit:Fait pas ton Caliméro! :lol:

Je ne fais pas mon Caliméro ! Ce que tu me dis est vraiment trop injuste... :wink:
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Messagede Jehan » 17 Fév 2006 12:43

Réponse à un message de Foulques : ce ne sont que recherches en archives. Mes ancêtres étaient des paysans, pas des nobles ! Comme on disait chez moi : des "bounhoummes", viel écho du Jacques Bonhomme ! Dans mon département natal, il est difficile, sauf exception très locale, de pouvoir remonter au delà de la fin du XVII° siècle, les registres paroissiaux antérieurs ayant disparus. Mon plus lointain ancêtre en ligne paternel que j'ai retrouvé est né sous Louis XIV (P'tit Louis, dit quatorze est un livre de Duneton à lire absolument), information qui résulte seulement de son acte de décès sous Louis XV. Tous des "péquenots", mes ancêtres, de petits métayers. Quel savant à répondu au duc de *** qui le toisait par un "Je descend du ..." par un retentissant : "Je monte d'un tonnelier !" ?
Vive la République quand même !

Sur "petit neveu", c'est une faute de copiste : il s'agit bien du petit-fils : le texte de ce contrat est rapporté au milieu d'un terrier seigneurial.

Quant à "l'âge parfait", j'ai moi même été surpris : dans la Coutume de Bourbonnais la majorité au mariage est effectivement de 14 ans pour les garçons et de 12 ans pour les filles.
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Messagede Foulques » 19 Fév 2006 01:11

J'en étais sûr que tu avais fait des recherches en généalogie :)

C'est rageant ces registres paroissiaux disparus, j'imagine bien. Les biblothèques brûlées et la mémoire écrite disparue m'attristent profondément. Chez moi, à Paris, sache que c'est encore pire : la Commune de 1870 a trouvé bon d'incendier l'Hôtel-de-Ville ET les Tuileries, l'original et les copies des actes familiaux...

Comme il n'y avait ni contrats de mariages, ni héritages conservés chez des notaires, je suis marron pour l'une de mes branches...

Maintenant pour les paysans/nobles et tout ça, plus de 90 % de la population française descend de paysans. Le temps où l'on cherchait des ancêtres prestigieux en généalogie est bien révolu et c'est tant mieux. Place à la petite histoire, celle des gens simples, qui nous permet de mieux comprendre une époque, comment ils appréhendaient les choses... C'est plus enrichissant, émouvant, je trouve, que des têtes d'affiches et des hommes exceptionnels.

Seulement, par une étrangeté, les sites de généalogie affirment que la majeure partie des européens de l'ouest descendent de Charlemagne... (je ne me souviens plus de la proportion mais c'est assez incroyable). Pas mal descendent d'henri IV, reproducteur en diable... :D

D'où une théorie personnelle. Quand je vois une famille qui se prétend descendante directe d'un roi de France ancien, je tique... Qui pourrait prétendre de l'absolue vertu de femmes sur plusieurs générations, plusieurs siècles :) :?:
Le coup des grand-mères qu'ont jamais fauté faut pas me la faire !

Qui pourrait y mettre sa main à couper ? hein ? hein ? :wink:

Par contre bon nombre d'entre nous descendent de rois par diverses branches mineures, cadettes, voire même occasions d'un soir, j'imagine...
Dans ces conditions, je me laisse penser que les descendants officiels ont du mourron à se faire quant à l'authenticité de la filiation véritable... alors que les autres ont des chances de l'avoir dans les veines sans le savoir !

Et hop.
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