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Esméralda n'a pas été la seule...

Les sources médiévales, difficilement lisibles, sont une aubaine pour les historiens. Elles permettent de donner des indications précises sur la société de l'époque.

Messagede Jehan » 07 Fév 2006 22:04

J'ai un faible pour les lettres de rémission. Elles sont souvent hautes en couleur.

Donc, il n'y a pas eu que la seule Esmeralda à jouir du droit d'asile à Notre Dame de Paris ! Histoire d'un pauvre moine, sans doute assez retord, "et fut assez bon compaignon" pour engager quelques amis malandrin pour écheller un prieuré à bonnes grasses prébendes ! Il s'en est mieux tiré qu'elle, gardant la vie, mais a été "moult gehenné",et en prison ecclésiastique encore !


AN – JJ 178, n°182 1447, may, Bourges

Charles, r. Savoir faisons que nous avons receu humble supplicacion de frère Guillaume Lebrun, religieux de l’ordre Saint Augustin contenant que japiéça le prieuré de Chantelle ou pays de Bourbonnoys lui fut donné et conféré par celui auquel la collacion et disposicion en compétoit et appartenoit, et par vertu d’icellui don et de certaines bulles tant de Court de Romme que de Basle et autres tiltres qu’il avoit lors qu’on disoit estre justes et canoniques, print et appréhenda peu d’ilec après la possession et saisine dudit prieuré. Et depuis, lui estant en sesdites possessions et saisines, ung nommé Jaques Mareschal, religieux dudit ordre le troubla et empescha en icelles par vertu de certaines lettres de complainte en cas de nouvelleté qu’il obtint de nostre très cher et très amé cousin le duc de Bourbonnoys et d’Auvergne. Et sur ce fut entre eulx tant procédé par devant le séneschal de Bourbonnoys ou son lieutenant que de certaine sentence ou appointement par lui sur ce donné, ledit suppliant appella et sondit appel releva en nostre Court de Parlement. De plus et pendant le temps duquel appel et puet avoir neuf ans ou environ, ledit suppliant, soy voyant empeschié en sondit bénéfice, impetra un mandement touchant ledit bénéfice lequel en disoit estre faulx. Et pour ce fut appellé pardevant noz amez et féaulx conseillers les maistres des requestes de nostre hostel à Paris et mis en la conciergerie du palays. Et avant qu’il feust receu a poursuir sondit apppel, fut contrainct à donner caucion pardevant noz diz conseillers desdites reqestes de deux cens livres parisis, de comparoir en personne aux jours à lui assignez et après y comparut. Et pour ce qu’il fut trouvé par informacion qu’il n’avoit point tenu ledit mandement fut eslargy sans caucion jusques à autre jour et sesdiz pleiges deschargiez de ladicte caucion. Et depuis fut procédé d’une partie et d’autre en ladite cause d’appel par trois ou quatre mois pendant lequel temps ce ledit plait en Parlement ledit frère Guillaume Lebrun, suppliant, se transporta acompaigné de certain nombre de compaignons audit bénéfice de Chantelle. Et iceulx arrivés audit lieu, entrèrent par force dedans ledit bénéfice, laquelle chose il fist par povreté et pource qu’il n’avoyt de quoy vivre. Et après fut sur ce entre eulx telement procédé que les droiz de chascune desdites parties furent produiz et baillez devers nostre Court pour jugier. En visitant lesquelz droiz et procès desdictes parties fut trouvé lesdictes bulles, tant de Romme que de Basle, estre faulses et contrefètes, et ledit suppliant soupçonné et chargié par nostre procureur général d’avoit faictes et comises les faulsetez dessusdictes. Et est aussi que ledit suppliant fut prins, mené et constitué prisonnier es prisons de nostre conciergerie du Palays à Paris où il fut par aucuns jours. Et après ce, fut rendu, pour ce qu’il estoit religieux, es prisons de l’évesque de Paris par lequel, ou ses officiers pour lui, fut fait son procès contre ledit suppliant, à ce présens et appellez les gens de nostre Parlement, et fut icellui suppliant mis par deux foiz en question et torture pour cuider actaindre et savoir la vérité de ladicte faulseté. Laquelle il ne confessa point, combien qu’il eust faictes certaines rasmes pour parvenir à ses fins et obtenir ledit bénéfice. Et fut ainsi pour ce que ledit suppliant avoit produites lesdites lettres en Court, c’est assavoir à la Court de la séneschaucée de Bourbonnoys, en laquelle lesdictes bulles n’avoient aucunement esté impignées ne débatues de faulseté. Mais pour ce qu’il avoit icelles produites en nostre Court et s’en estoit aidé audit procès, fut ordonné qu’il seroit remis es prisons d’icellui évesque, là où il avoit deux autres hommes estans en icelles prisons. Et fut ainsi que après aucuns jours, ledit suppliant, soy sentant coulpable du cas combien qu’il ne l’eust confessé, et aussi soy voyant débrisé et dérompu de ses membres de ladicte torture et question, et doubtant y estre remis, et par ce en voye de brieffevé ses jours, trouva manière avec lesdits deux autres hommes estans avec lui en prison debriser desdictes prisons. Et de fait se en yssirent et alèrent eulx rendre en franchise en l’église Nostre Dame de Paris. Et ce venu a congnoissance, icelluy suppliant estant en ladicte église fut plusieurs fois adiourné à comparoir en personne en nostre Court de Parlement pour soy purgier et justiffier des cas à luy imposez sur peine d’estre d’iceulx actaint et convaincu. Ausquelz adiournemens et assignacions ledit suppliant, soy sentant chargiez des cas dessusdicts combien qu’il ne les eust point conféssez, et aussi considérant le grant détresse et oppression qu’il avoit, come dit est, souffertes et endurées esdictes prisons à l’occasion de ladicte question et autrement, aussi qu’il n’avoit pas bien de quoy longuement porsuir sondit droit et ne trouvoit qu’il le pleigast ou caucionnast, n’osa obéir ne comparoir. Et à ceste cause furent lesdictes bulles, lettres et autres monumens produiz à nostre dicte Court, déclairées estre faulses et ledit suppliant à certains des cas dessusdicts et par lui avoir mal appellé, et par ce moyen ledit prieuré adjugié audit Mareschal, sa partie adverse. Et après qu’il fut yssu de ladicte église et franchise qui puet avoir six ou sept ans ou environ, ledit suppliant s’en ala dudit pais de Bourbonnoys et de Combrailhe où il a depuis demouré et conversé en plusieurs lieux. Et combien que d’iceulx cas il n’ait esté trouvé chargié ne coulpable, néantmoins, lui saichant la vérité desdiz cas, il doubte que à l’occasion des prisons par lui brisées et lui estant en icelles comme dessus est dit, et de l’amende et autres despens et intérestz en quoy pour raison de ce il puit avoir esté condempné, et aussi desditz appeaulx, adiournemens et autres exploiz dessusditz on vueille ou temps aucuns contre lui rigoureusement procédé par justice, et n’oseroit bonnement plus demourer ne conversé ou pais de Bourbonnois ne ailleurs en nostre royaume se nostre grace et miséricorde ne lui estoient sur ce imparties, humblement requérant que actendu les droiz qu’il cuidoit avoir bons et valables oudit prieuré, et que véritablement il congnoissoit que ledit Mareschal estoit contre lui porté favorablement et n’avoit autre moyen de vivre que ledit bénéfice et se veoit tourné en mendicité, veu mesmement que à ceste cause il avoit despendu le sien et de ses amys et parens, et que s’il feust retourné esdictes prisons il n’en feust jamais yssu obstant sa povreté, et avec ce il n’avoit pas bonnement de quoi poursuir ses diz droiz qu’il a ceste cause enduré plusieurs peines et travaulx et perdu son bénéfice ; et a voulenté de vivre doresenavant bien honnestement selon son ordre, il nous plaise lui impartir nostredicte grâce et miséricorde. Pourquoy, Nous, ce considéré, voulans miséricorde estre en ceste partie préférée à rigueur de justice, icellui frère Guillaume Lebrun, suppliant, avons quicté, remis et pardonné, et par ces présentes de grâce espécial, plaine puissance et auctorité royal, quictons, remectons et pardonnons les faiz et cas devant diz avec toute peine, amende, offense corporelle, conventuelle et civile enquoy il porroit pour occasion de ce que dit est estre encouru envers nous et justice, en mettant au néant tous deffaulx, appeaulx, ban et autres exploiz pour ce contre lui faitz et donnez, et l’avons restitué et restituons à sa bonne fame et renommée au pays et à ses biens non confisquez, et sur ce imposons silence perpétuel à nostre procureur, satisfaction faicte à partie civilement tant seulement, se faicte si elle y eschiet. Et donnons en mandement par ces mesmes présentes à noz améz et féaulx conseillers les gens tenant Parlement à Paris, au bailli de Saint Pierre le Moustier et à tous noz autres justiciers ou à leurs lieuxtenants présens et à venir et à chascun d’eulx si comme à lui appartiendra que de noz présens grâce, quictance, pardon et rémission facent et seuffrent ledit suppliant joyr et user plainement et paisiblement, sans lui faire mectre ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donné en corps ne en biens, ores ne pour le temps à venir, en aucune manière au contraire, ains se faiz ou donnez y en l’ostent ou facent oster et tout mectre à plaine délivrance. Et afin - et nous avons – sauf en autres choses – Donné à Bourges, ou mois de may l’an de grâce mil IIIICXLVII et de nostre règne le XXV°. Ainsi signé par le Roy à la relacion du conseil, Delalaie. Visa contentor. Delagarde.
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