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Femmes et Religion

Ensemble des croyances, des dogmes, des pratiques et des rites définissant le rapport de l'humain avec le sacré durant le Moyen Âge.

Messagede Barberousse » 19 Sep 2005 17:50

Mais Jeanne d'arc est vraiement une des femmes les plus connus du MA ,enfin je veux dire qu'elle à laisser pas mal d'encre et qu'elle corespond à l'ambivalence fait du cas général de la femme au MA,maintenant nul doute qu'elle fut la seule as tu des exemples?
Il faut féconder le passé pour enfanter l'avenir.
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Barberousse
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Messagede armoisine » 19 Sep 2005 18:03

Au temps des royaumes « barbares », la place de l’église est réduite. Elle se lance donc dans une vaste opération de conversion des païens, polythéistes et ariens (hérésie qui ne reconnaît en Jésus qu’un homme « adopté » par Dieu, à l’encontre du principe de trinité). Elle passe par le haut de la société pour toucher les masses et les femmes y jouent un rôle capital. Sources : vie de saints, législation canonique, décret de concile exact ou non, sermons, règles monastiques.
Les modèles sont les reines et les vierges. Les premières, telle Clothide, princesse chrétienne baptisée qui « travaille » à la conversion de Clovis (introduction de saint Rémi auprès du roi) ; l’épouse du roi Agiluff en Italie lombadre ; l’épouse du roi Edwin en Angleterre anglo-saxonne qui le convertit en 627. Les secondes, telle sainte Geneviève qui secoure le peuple de Paris.
Et la christianisation opère lentement.

Concernant le cadre du clergé à présent. Les prêtres sont des hommes mais peuvent se marier, les diacres aussi. En 325 le concile de Nicé débat du célibat mais le mariage est toujours autorisé. Toutefois l’idée avance et des conciles répétés œuvrent en ce sens. Conclusion : au XIè s le célibat est imposé.
En parallèle il y a des traces de sacerdoce féminin, les diaconesses. Il en est fait mention chez saint Paul (lettre aux romains, lettre à timothé), dans les débats du concile de Nicée. Pour accéder au diaconat il faut être vierge ou veuve, entre 40-50 ans (cf saint Paul « les jeunes veuves sont jaseuses et intrigantes »). L’accès est autorisé par les chefs de l’église, et le statut de la diaconesse est intermédiaire entre diacre et sous diacre. Son rôle varie : « femme pour le service des femmes », surveillance et protection des vierges et veuves, préparation au baptême, funérailles. En Orient son rôle est plus vaste, surtout dans les mouvements dissidents (nestoriens, monophysistes). Les dernières traces dans les sources : concile de Worms 868, et au XIIès l’abbesse de Remiremont a le titre de diaconesse.
Il existe également des conhospitae, caractéristique de l’église bretonne. C’est une femme qui vit sous le même toit qu’un prêtre et l’assiste dans la liturgie ( en absence d’église, le prêtre se déplaçait chez l’habitant avec autel et accessoires). L’opposition fut immédiate : Licinius archevêque de Tours (VIè s) rattache cette pratique aux cultes anciens, et selon lui "les petites femmes poluent les sacrements divins" . Comme toujours (déjà) les bretons résistent et conservent la tradition tout comme leur propre calcul de la date de Pâques. Ce particularisme disparaît après des attaques répétées en 660 au concile de nantes : "que nulle femme n’ose accéder à l’autel ".
La seule issue pour la femme est alors la vie monastique. Le modèle de la nonne est assimilé à la femme du cantique des cantiques, fiancée de Christ ; l’apocalypse de saint Jean où un cortège de vierges suit le Christ. Au départ dans sa propre maison, elle a plus de liberté que la femme mariée. Mais soumise aux menaces, les nonnes se regroupent et s’enferment, s’organisent selon des règles établies par des hommes (saint Benoît, saint Colomban). Quelques monastères sont renommés par l’envergure de leur fondatrice.
Par exemple sainte Radegonde (518-587) au monastère sainte croix de Poitiers. C'est le modèle de la sainteté active, avec une volonté de paix et d'unité pour le royaume (elle est princesse du royaume de Thuringe), une volonté de s'accomplir dans la vie religieuse quitte à braver son mari (elle renonce à son mariage avec Clotaire fils de Clovis), la charité envers le peuple (dite reine-nonne avant sa fuite). Elle est également consciente de la mission de conversion des chrétiens et pour cela fait la course aux reliques (support de conversion). Son culte se répand rapidement à sa mort dans l'Ouest de la France mais aussi en Angleterre et en Espagne.
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Messagede armoisine » 19 Sep 2005 18:04

C'est vrai elle est incontournable mais pas exceptionnelle.
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Messagede armoisine » 19 Sep 2005 18:05

PS réponse à BéaPante sur Jeanne d'Arc.
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
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Messagede Foulques » 19 Sep 2005 22:11

armoisine a écrit:Chez saint Augustin on trouve une légitimation de la femme dans le couple, notamment dans un texte qui fixe l’idéal du mariage (influence dans tout l’Occident) : procréation, fidélité et obligation réciproque, indissolubilité (évènement fondateur de la famille dans l’égalité homme-femme).


ça, c'est essentiel. Une révolution, mine de rien.

Les populations barbares étaient polygames et pratiquaient couramment la répudiation de l'épouse (à ne pas confondre avec la notion moderne de divorce) lorsqu'elle ne convenait pas.

Petit retour sur le droit des Francs Saliens dans l'antiquité tardive :
si la "dot" revenait à fournir par l'homme, à l'inverse du droit romain, la situation des femmes n'était pas rêvée pour autant. L'obligation de fidélité reposait sur elle seule et le mari avait parfaitement le droit de la tuer en tel cas ! ceci surtout non pour raison sexuelle mais lignagière (légitimité ou non des enfants héritiers, qui va peser lourd aussi sur le droit féodal : communautaire et lignagier).

La femme est soumise à son mari par le fait du mundium, version édulcorée du patria potestas romain (souvenez-vous du pater familias, ça vient de là).

L'Eglise va passer son temps jusque quasiment au XIe siècle à lutter contre la polygamie, l'infidélité, la répudiation, le mariage consanguin jusqu'au 6e degré, et même... l'accord parental, ce qu'on sait moins. Mais là-dessus elle n'aura pas le dernier mot.
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Messagede armoisine » 20 Sep 2005 17:52

En terme de polygamie Clotaire (et oui encore lui) est un bon exemple. Sa femme Ingonde lui demande de trouver un bon mari pour sa sœur, Aregonde. Il accepte de répondre à la requête, et épouse Aregonde. Revenant auprès d’Ingonde : « J’ai résolu d’accorder la grâce que ta douceur m’a demandée. Et en cherchant l’homme riche et intelligent que je devais marier à ta sœur, je n’ai rien trouvé de mieux que moi-même. :med25: » Histoire des francs, Greg de Tours. Il a trois épouses le farceur, ainsi que Radegonde (voir message précédent), Gondieuque veuve de son frère, et Waldrade ex d’un autre membre de la famille…
C’est plus une tradition que de l’incontinence. D’ailleurs ses fils poursuivent l’usage. En fait, la polygamie offre des avantages : satisfaire un appétit sexuel parfois très développé, manifester ostensiblement sa richesse et sa puissance (le pouvoir vient du sang, de la force et non encore d’une légitimation religieuse), accroître le nombre des alliances et mieux assurer sa descendance.
On y voit la persistance de coutumes germaniques des V-VIès. Les germains souhaitent conserver leurs caractères ethniques et le maintien du patrimoine grâce à une descendance incontestable (voir le message de Foulques ci dessus). On s’unie donc avec une vierge, et le mariage consiste en une union charnelle. Le lendemain, l’époux lui offre la Morgengabe qui vient s’ajouter à la dot que les parents de la femme lui ont accordée. Elle devient l’épouse légale dite de premier rang qui donne les descendants légitimes. Les épouses de second rang de toutes conditions sociales « font » des enfants illégitimes mais assurent aussi la paix avec le lignage dont elles sont issues, d’où leur nom de Friedelehen (gages de paix). Les auteurs romains chrétiens les traitent de concubines. De plus on peut prendre une épouse de second rang avant celle de premier rang (Clotilde arrive en deuxième mais est de premier rang auprès de Clovis).
Sous les rois francs cohabitent germaniques et gallo-romains monogames. Les deux traditions fusionnent et l’église s’immisce de plus en plus. Au VIIIè l’église et le pouvoir laïc ne reconnaissent qu’un type de mariage : choisir une épouse libre (non esclave), demander sa main au « mâle » responsable, officialiser l’engagement publiquement (élément essentiel, selon le droit romain il faut des témoins), doter la fille, respecter le morgengabe. L’église insiste sur le caractère consensuel et sur l’égalité des époux : c’est déjà un mariage chrétien même si la bénédiction n’est pas obligatoire.
Toutefois les friedelehen continuent d’exister sous les derniers mérovingiens. L’église fait en sorte d’imposer la monogamie : en 826 le concile romain interdit la concubine en plus de l’épouse, l’essentiel étant de se contenter d’une seule femme. A retenir qu’il subsiste au Xès en Normandie une union proche, dite mariage à la danoise (la cohabitation et la "consommation" fait l'union, imaginez de nos jours :lol: ...). Rollon s’unit ainsi à sa prisonnière Poppa. Le duc Richard Ier s’unit ainsi à la fille d’un forestier Gonnor dont il a des enfants mais ceux-ci n’ont aucun droit en l’absence de mariage chrétien. Il l’épouse donc après la mort de sa femme Emma.
La majorité de la population, paysanne, n’est pas concernée par les alliances familiales et n’est donc guère polygame, ressemblant même en général aux couples d’aujourd’hui.
Pour la p’tite histoire la coexistence de ces femmes engendre intrigues et parfois meurtres :evil: (Frédégonde fait assassiner la nouvelle femme de Chilpéric, Deoteria craint la rivalité possible avec sa fille dans le cœur de Théodebert et la fait précipiter dans la Meuse à Verdun).
Monogamie et indissolubilité s’imposent, malgré la résistance de certains nobles. Par l’indissolubilité, l’église protège les épouses de la répudiation pour cause de maladie, pauvreté, vieillesse, incompatibilité d’humeur (voir l’opposition d’Hincmar archevêque de Reims au divorce de Lothaire II et Theudberge).
La réforme grégorienne du XIès définit le célibat des clercs et la monogamie des laïcs.
La législation du mariage sera établie en 1215 au concile de Latran IV par Innocent III. Le mariage en tant que sacrement n’est admis qu’en 1439 au concile de Florence. Toutefois, le calendrier des épousailles est extrêmement strict entre interdits religieux et croyances païennes. Résultat : 16 jours pour se marier par an.

Voir historia n°663.
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Messagede Foulques » 20 Sep 2005 22:16

armoisine a écrit:A retenir qu’il subsiste au Xès en Normandie une union proche, dite mariage à la danoise (la cohabitation et la "consommation" fait l'union, imaginez de nos jours :lol: ...). Rollon s’unit ainsi à sa prisonnière Poppa. Le duc Richard Ier s’unit ainsi à la fille d’un forestier Gonnor dont il a des enfants mais ceux-ci n’ont aucun droit en l’absence de mariage chrétien. Il l’épouse donc après la mort de sa femme Emma.


Juste une réflexion :
Je ne connaissais pas cette notion de "mariage à la Danoise" mais l'historien Alain Boureau dit que l'histoire de Gonnor fille ou belle-soeur d'un forestier (ce que rapporte le chroniqueur Guillaume de Jumièges) est une légende et qu'elle est en fait... Danoise.

C'est logiquement là l'origine de cette expression, je pense ?

'fin bon, c'est pas bien grave, hein ? :)
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Messagede Foulques » 20 Sep 2005 22:49

armoisine a écrit:Le lendemain, l’époux lui offre la Morgengabe qui vient s’ajouter à la dot que les parents de la femme lui ont accordée.


Une divergence, pour une fois, Armoisine :)

Selon Thierry Pfister, un ponte en matière juridique mais pas en histoire médiévale, la dot est appelée dos ex marito et est constituée par le mari, non par la famille de la femme. L'inverse du droit romain.

Le mari ou la famille du mari (Pfister parle de la possibilité de l'origine d'un mariage par achat) fournit donc
- le "sou et denier", un peu comme une "réservation" si on peut dire
- la dot
- le morgengab

Mais il s'agit d'un résumé très général qui englobe toute la période franque médiévale (Ve-Xe s.). Ceci étant c'est plus logique que l'argent ne vienne que d'un seul côté et non pas des deux.

Comme tu le disais, vu que les deux sources de droit (romain et Franc) ont coexisté pendant longtemps, cela devait être un très sérieux casse-tête pour les contemporains ! Quid du cas où les époux étaient "de droits différents" ? ça devait se négocier au cas par cas et on voit bien là l'origine de l'extrême diversité et complexité des règles juridiques dont l'âge féodal va hériter.
Une chatte (de 2005) n'y retrouverait pas ses petits... ;)
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Messagede armoisine » 21 Sep 2005 07:43

Merci pour ta réponse, ces messages sont là autant pour informer que pour apprendre, soumis à complément et correction comme mentionné au début du post.

J'ai oublié de mentionner l'auteur de l'article, Jean Verdon, spécialiste des mentalités au MA.

Alors pour l'union danoise version longue: Guillaume de Jumièges rapporte que Rollon ayant pris Bayeux y fait prisonnière une noble, Poppa. Peu de temps après il s'unit à elle à la danoise. Puis il la répudie, la rappelle et l'épouse à nouveau. Alors que leur fils le duc de Longue Epée vient de mettre fin à une révolte, un messager envoyé par le gouverneur de Fécamp lui annonce qu'une noble bretonne, Sprota, à laquelle il s'est uni à la manière des danois, vient de lui donner un fils. Et enfin ce fils, Richard I se marie selon le rite chrétien avec Gonnor, noble danoise.

A mon avis la logique c'est que la Normandie conserve des traditions danoises (viking, scandinave?) du fait de l'implantation de ceux ci. Ils se marient entre eux. L'important n'est pas la dénomination mais les caractéristiques qui font de cette union un engagement, qui plus est qui garantie l'hérédité puisque les fils gouvernent.
Bon, maintenant il est possible aussi que Guillaume de Jumièges cherche à donner plus de valeur au lignage des ducs en donnant un caractère "officiel" à ces unions qui pourraient paraître, olé-olé (?) aux yeux des ecclésiastiques. Une p'tite aide de snorri sur les coutumes de mariage au Danemark peut être?
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Messagede armoisine » 21 Sep 2005 07:54

Pour le point juridique sur l'origine de la dot, alors là...
"La dot est constituée par le mari et non par la famille comme en droit romain"
"Le mari ou la famille du mari (Pfister parle de la possibilité de l'origine d'un mariage par achat) fournit donc..."
Je vois pas bien du coup qui constitue la dot en fait, un peu des deux?

Et qui récupère la dot en réalité, elle peut recevoir de l'argent des 2, pas si illogique?
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