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Femmes et Religion

Ensemble des croyances, des dogmes, des pratiques et des rites définissant le rapport de l'humain avec le sacré durant le Moyen Âge.

Messagede armoisine » 07 Nov 2005 19:27

A propos du veuvage dans la réforme grégorienne.


Les veuves sont des personnes faibles car elles ne disposent plus en général de revenus. Elles sont juridiquement mineures et ne possèdent rien en propre mais peuvent obtenir un douaire par contrat, soit une partie des biens du mari. Ces biens peuvent être repris par la belle-famille si elle considère qu'il y a mauvaise gestion. Elles sont également aux prises avec les dangers du temps, vols, violences et tentations (libertinage).
Dans un souci d’aide, l’église organise régulièrement des aumônes publiques, les ordres monastiques féminins fournissent vêtements et nourriture. La paix de Dieu va dans ce sens au XIè, par le principe de protection des lieux et des personnes. Selon Vauchez, durant les XIè-XIIès, un quart à un tiers de la dîme est reversé aux veuves des paroisses. D’autre part, dans un souci de protection, toute violence à l’encontre d’une veuve est jugée en priorité au tribunal épiscopal. L’église encourage également les autorités civiles à protéger les veuves (serment de chevalerie, serment du sacre). De plus les monastères offrent une protection aux veuves isolées, la réforme grégorienne « s’émancipe » de l’influence aristocratique et ouvre ses monastères aux femmes d’origines plus modestes.

En retour, l’église attend une certaine attitude de la part de ces femmes. Si le remariage est autorisé, rempart contre la détresse matérielle et la concupiscence, il n’est pourtant pas encouragé. En effet, en parallèle, la réforme prône le mariage comme un lien unique et indissoluble, développé sur le modèle de l’union entre Dieu et ses fidèles, principe qui dévalorise celui du remariage. D’autre part la société voit d’un mauvais œil cette pratique (charivari, injures, obscénités à l’encontre des nouveaux époux), déjà mal vue chez les germains et les romains. Le délai de viduité (avant un possible remariage) est peu connu au MA (12 mois à l’époque moderne). Toutefois il existe un délai afin de garantir la parenté d’un éventuel enfant à venir, pour s’occuper du souvenir du mort, éduquer les enfants, et tout simplement parce que la chasteté c’est bon pour la femme.
L’église encourage plutôt le statut de veuvage. Meilleur que celui de l’épouse car sans relations sexuelles. Elle développe des modèles référents d’après des figures bibliques (Anne, veuve après 7 ans de mariage, première à reconnaître le messie en l’enfant Jésus soit, première chrétienne), ou des figures royales (reine Mathilde, sainte Clothilde).

Toutefois, ce statut varie selon la réalité des conditions : selon l’âge de la veuve, surtout si elle est jeune (vu que la femme ne peut réprimer ses ardeurs mieux vaut la remarier pour éviter le libertinage, vu qu’elle attire même sans le faire exprès le regard des hommes autant la remarier, vu que le but existentiel de la femme est la procréation autant ne pas gâcher un potentiel) ; selon son patrimoine, surtout si elles est aisée (meilleur accueil dans les monastères, généralement nommées abbesses par leur expérience de la vie).
La protection de l’église a donc ses limites : les plus humbles n’ont pas accès à ces bénéfices dans les endroits plus reculés (la prostituition devient l'unique recours), les familles font en général pression sur les veuves pour qu’elles se remarient (monnaie d’échange stratégique, bouche à nourrir pour les plus pauvres).

En gros la réforme grégorienne travaille à créer des cadres précis pour les femmes dans chaque phase de leur vie. Elle développe donc le cadre du veuvage, accordant aide et protection et encourage les pouvoirs publics à œuvrer en ce sens. Toutefois la pratique n’est pas toujours au rendez vous.

La suite du fil concernera la problématique du XIIè. Pour certains il s'agit du siècle qui permet plus de libertés aux femmes, pour d'autres, la situation est toujours aussi difficile.
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Messagede Foulques » 07 Nov 2005 21:48

Merci pour ces précisions !

Un souvenir personnel en Russie me donne une vision un petit peu différente de ce qui précède, néanmoins.

J'avais été surpris d'apprendre que les prêtres (orthodoxes donc, le schisme remontant au XIe s. on est pile poil dans la problèmatique), s'ils avaient bien le droit de se marier, il leur était par contre formellement interdit de se remarier. Parce que l'union contractée devant Dieu étant éternelle et indissoluble (l'homme devant rejoindre son épouse après sa mort), une deuxième union serait un fait avéré de polygamie...

J'ai trouvé l'idée assez fabuleuse, l'union au-delà de la vie et de la mort. Cela restait cependant toléré (mais non encouragé) pour les laïcs, sans doute pour nombre de raisons pratiques que tu as évoquées.

Cet éclairage théologique permet de mieux comprendre l défiance envers le remariage.

Il y a aussi une chose importante au détour d'une phrase : "(vu que la femme ne peut réprimer ses ardeurs mieux vaut la remarier pour éviter le libertinage, vu qu’elle attire même sans le faire exprès le regard des hommes autant la remarier, vu que le but existentiel de la femme est la procréation autant ne pas gâcher un potentiel) ".

Je suis sceptique... Si les femmes étaient vraiment considérées comme ça, pourquoi des communautés monastiques féminines ? On les aurait toutes mariées et engrossées pour plaire à Dieu et hop... Cette assertion me paraît être un raccourci un peu brutal. Par ailleurs je crois savoir que c'est le mariage dont la finalité est la procréation, non la femme.

Une des choses importantes dans le catholicisme romain réside dans l'existence et l'encouragement de ces communautés religieuses féminines. Je ne vois pas d'exemples dans les autres religions. Même au Tibet... L'orthodoxie Grecque ou Russe, je ne sais plus.
En tous cas cette promotion de la femme religieuse me paraît délivrer un message évident : la femme est aussi digne que l'homme de se consacrer à Dieu.
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Messagede armoisine » 07 Nov 2005 22:06

Merci pour tes précisions sur la chrétienté orthodoxe. J'aimerais en savoir plus là dessus d'ailleurs, mes connaissances s'arrêtant au catholicisme...

Quant à ta réflexion sur les femmes en âge de procréer, c'est là une question ambigüe.
En fait Dieu préconise la multiplication de son peuple donc toute femme en âge de procréer est dévouée à ce destin.
Et le statut absolu pour une femme au MA est la virginité. Donc tant qu'à faire, autant pousser les petites filles à embrasser la carrière monastique.

Je n'ai jamais pensé que le comportement de l'église était rationnel. C'est pourquoi, je pense, on se trouve face à de telles absurdités... Aujourd'hui également...
Par contre, comme tu le dis, l'église procède à une certaine élévation de la femme dans la capacité à célébrer dieu, et c'est suffisamment rare pour être distingué.
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Messagede armoisine » 07 Nov 2005 22:42

Le XIIè siècle pose la question d’une amélioration éventuelle. Certains comme Régine Pernoud ou la gender history US (Et dieu changea de sexe pour ainsi dire) démontre une autonomie plus grande de la femme dont certaines sont tenancières, instit’ etc, développement de l’amour courtois. D’ailleurs la liberté de la femme occidentale marque les chroniqueurs arabes de Terre Sainte. D’autres, dont Duby s’opposent à cette thèse (le Mâle MA, le chevalier, la femme et le prêtre où l’amour courtois n’est en fait qu’une transcription de la frustration du chevalier envers son seigneur dans les liens de vassalité).

On peut constater toutefois certains indices d’un adoucissement. L’attitude de l’église s’assouplit et les clercs considèrent à présent la femme comme une alliée au sein du couple et s’adresse directement à elles.

Dans les textes hagiographiques, les saintes ont une plus grande place (Vauchez) et dans l’iconographie (enluminures, cathédrales etc) les femmes sont plus présentes.
Le culte de la Vierge se développe avec des traités théologiques, des poèmes (St Bernard), des miracles nombreux (relique du voile de Marie à Chartres), nombreuses dédicaces d’églises (notamment les cisterciens, Notre Dame de Paris,…), représentation dans l’art (rosace, symbole de la perfection mariale, bleu de chartres dans les vitraux couleur de la vierge, sculptures de la vierge à l’enfant, annonciation, etc)… En fait Marie devient sujet de culte et on s’attache donc à développer son image. Je passe sur les explications pratiques des clercs dans le débat sur comment la vierge a accouché tout en restant vierge mais c’est cocasse. Toute une idéologie se met en place mais en fait un modèle tout sauf humain. En réalité ce n’est plus vraiment une femme et en tout cas un modèle difficile à atteindre (inutile de rappeler que ce culte sera objet de discorde avec la réforme protestante qui rejette toutes ces constructions cultuelles).
Parallèlement, c’est le culte de Marie Madeleine qui permet un espoir de rédemption pour toutes ces pécheresses nées (la faute à Eve). Dans la bible, il y a trois « Marie » : la pécheresse de st Luc qui chez Simon le Pharisien verse une ampoule d’huile sur Jésus et lui lave les pieds avec ses cheveux (ta foi t’as sauvé) ; Marie de Béthanie sœur de Lazare qui écoute le Christ au lieu de travailler avec Marthe qui le lui reproche ( Jésus dit qu’elle a choisi le meilleur, loin du matériel), qui apparaît durant la guérison de Lazare et les repas (onction du Christ) ; et enfin Marie de Magdala ex-riche dont sept démons s’échappent, l’image la plus connue car c’est celle qui est au pied de la croix et la première à voir le Christ ressuscité. Ces trois aspects ont toutefois une unité : onction, écoute. Et l’image devient vite une (ce qui sera d’ailleurs un sujet de discorde à la Renaissance quand les bibliens restitueront les trois visages originels). Pour tous, Marie Madeleine c’est la possibilité d’une seconde chance. C’est le symbole de l’amour sale mais remise de ses péchés par le Christ, elle acquiert une nouvelle virginité, c’est la catharsis par l’amour. Elle a ainsi une image d’amante chaste du Christ (jusqu’au da Vinci Code), intermédiaire entre le Christ et les hommes, modèle à suivre plus abordable pour les femmes d’ici-bas. Marie Madeleine est morte à Ephèse où un culte se développe aux V-VIè. Toutefois, par commodité, on la fait s’échouer dans le Sud de la France (Marseille) où un culte se développe autour de reliques (Vezelay) durant la réforme grégorienne qui cadre le nouveau culte.
Ce qu’on peut constater c’est que le principe ternaire s’illustre ici aussi : Eve c’est l’enfer, Marie Madeleine c’est le purgatoire (dont le principe se développe à la même époque), et Marie c’est le paradis.

En gros le XIIè laisse une plus grande place aux femmes en tant que sujet de culte, mais dans la pratique également, la culture religieuse féminine se développe. Bien sûr quelques exemples ne reflètent pas forcément la réalité de la chose mais à retenir, quelques noms :
Hildegarde de Bingen. Elle écrit beaucoup, notamment sur la médecine et la guérison par les plantes (ses traités font encore foi aujourd’hui en pharmacologie), des poèmes, des pièces de théâtre (or elle danse les cheveux détachés ce qui fait un mini scandale), et elle a des visions théologiques. Elle a un rôle politique également, faisant des reproches au pape quant à ses conseillers et à Barberousse quand il installe un anti-pape à Rome. Elle prêche en public ce qui est déjà rare avant d’être définitivement interdit au XIIIè.
Herrade de Landsberg à présent, qui écrit l’Hortus Deliciarum, l’histoire biblique depuis la création jusqu’à la fin des temps.
Et enfin Héloïse dont l’authenticité est moins avérée qu’Abélard. Son histoire montre l’accomplissement de l’amour mystique après l’amour charnel, et comment une femme organise la vie d’un couvent, le Paraclet, et y instaure une règle.

Ces exemples montrent que dans le cadre d’un monastère, la femme peut s’exprimer, elle a un statut légitime et évolue. On constate une efflorescence du monachisme féminin au XIIè. Les ordres nouveaux créent une branche féminine : chez les chanoines réguliers de Prémontrés (1105 saint Norbert) la communauté est mixte mais bien sûr la règle est plus dure envers les femmes et la communauté féminine sera par la suite logée dans un bâtiment séparé. L’ordre de Citeaux possède également une branche féminine.
L’exemple le plus significatif est la fondation d’ordres doubles comme Fontevraud par Robert d’Abrissel. Cet ordre est toutefois assez exceptionnel car la règle impose la soumission de la branche masculine aux femmes comme acte d’humilité, sous l’autorité d’une abbesse veuve (qui a connu le monde donc), qui gère les deux branches. Le monastère accueille les femmes de toutes conditions et prêche leur possible rédemption car comme l’homme, leur corps est sacré après l’eucharistie. Fontevraud connaît un grand rayonnement sous l’autorité d’abbesses fortes toutefois dés le XIIIè, il décline lorsque le pape abroge le principe d’une abbesse veuve.

En fait le XIIè montre une certaine amélioration de la place de la femme vis-à-vis de l’église même si sa liberté d’action est toujours encadrée, limitée.
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Messagede Foulques » 08 Nov 2005 21:18

armoisine a écrit:A propos du veuvage dans la réforme grégorienne.

Les veuves sont des personnes faibles car elles ne disposent plus en général de revenus. Elles sont juridiquement mineures et ne possèdent rien en propre mais peuvent obtenir un douaire par contrat, soit une partie des biens du mari.


Bon, je voudrais juste souligner ce passage mais pas en débattre maintenant car ça ferait une digression trop longue dans un débat déjà ardu...

Simplement pour dire que je ne pense pas, suivant mes sources, que la femme soit mineure automatiquement parce que sans mari et donc subséquemment sans ressources et dépouillées de leurs biens propres.
Il y a une grosse incertitude dans la source du droit aussi. Tu me disais que ça s'appliquait à la France, mais avec la variété du droit coutumier, ça me paraît bien plus compliqué que ça... Bon, bref, rendez-vous plus tard et ailleurs pour en débattre ! :)
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Messagede armoisine » 08 Nov 2005 21:29

Avec plaisir!
J'essaye de ne pas aller trop dans le détail ici sur chaque point de mon développement et de faire une synthèse, le sujet est assez vaste pour ne pas être trop rébarbative!

Mais je veux bien des précisions sur les statuts juridiques de l'époque à propos du veuvage... Tu sais que le droit et moi c'est pas une grande histoire!
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Messagede Foulques » 08 Nov 2005 21:49

armoisine a écrit:Quant à ta réflexion sur les femmes en âge de procréer, c'est là une question ambigüe.
En fait Dieu préconise la multiplication de son peuple donc toute femme en âge de procréer est dévouée à ce destin.


Je vois ce que tu veux dire, tu penses à "croissez et multipliez" ? Donc, tout homme serait également voué à ce destin... Or il ne l'est pas dans l'Eglise, ni la femme. Nous ne sommes donc plus dans une problèmatique purement féminine dans l'approche de la religion et c'est là que je déplore, une fois encore, les lumières d'un théologien parmi nous...

armoisine a écrit:Et le statut absolu pour une femme au MA est la virginité. Donc tant qu'à faire, autant pousser les petites filles à embrasser la carrière monastique.


Je pressens que tu exagères

armoisine a écrit:Je n'ai jamais pensé que le comportement de l'église était rationnel. C'est pourquoi, je pense, on se trouve face à de telles absurdités... Aujourd'hui également....


absurdités, rationnel... Ces mots ont-ils un sens en matière de religion et d'histoire ? Ils introduisent une notion de jugement là où il faut d'abord comprendre et expliquer. Vu nos piètres éducations religieuses respectives, je crois qu'il vaut mieux rester prudent.

armoisine a écrit:Par contre, comme tu le dis, l'église procède à une certaine élévation de la femme dans la capacité à célébrer dieu, et c'est suffisamment rare pour être distingué.


Oui, je crois que si on créait un fil sur "la femme dans l'islam au MA", il y aurait sensiblement moins de pages de débat.
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Messagede Foulques » 08 Nov 2005 22:31

armoisine a écrit:Le XIIè siècle pose la question d’une amélioration éventuelle. Certains comme Régine Pernoud ou la gender history US (Et dieu changea de sexe pour ainsi dire) démontre une autonomie plus grande de la femme dont certaines sont tenancières, instit’ etc, développement de l’amour courtois. D’ailleurs la liberté de la femme occidentale marque les chroniqueurs arabes de Terre Sainte. D’autres, dont Duby s’opposent à cette thèse (le Mâle MA, le chevalier, la femme et le prêtre où l’amour courtois n’est en fait qu’une transcription de la frustration du chevalier envers son seigneur dans les liens de vassalité).

Ah ! Je viens de comprendre un truc important ! J'ignorais que Duby et Pernoud avaient été opposés sur ce thème... Je comprends mieux parce qu'effectivement j'ai lu les deux ou plutôt j'ai lu Pernoud et essayé sans succès Duby...
Il n'aura échappé à personne que je tire l'essentiel de mes arguments de Pernoud, historienne dont j'admire profondément la clarté, l'honneteté et la fiabilité des sources (tout ce que j'ai pu vérifier c'est avéré absolument exact).

Je crois que "la femme au temps des cathédrales" de Pernoud paru en 1980 est suivi par "le mâle MA" de Duby paru en 1988. Il a eu le temps d'affûter ses arguments.

Le lien suivant, sur une source que tu connais bien et apprécie, offre un éclairage moderne sur la vision de Duby :

http://clio.revues.org/document318.html

on peut y lire :
"Si le principe de patrilinéarité avait occupé la place et fonctionné comme G. Duby et d’autres l’ont supposé, les femmes auraient été empêchées de gouverner leurs enfants, leurs fiefs et leurs biens. Or, dans la classe dirigeante, les responsabilités des épouses incluaient certainement la famille immédiate, les affaires du ménage, mais elles ne s’y limitaient pas. Ces femmes n’avaient pas non plus pour seule fonction de procréer. Les familles voyaient plutôt dans les épouses des membres importants et appréciés, se fiaient à elles et comptaient sur elles pour aider à gérer, élargir et défendre leurs intérêts."

L'auteur, une historienne américaine nommée Amy LIVINGSTONE, dit encore dans sa conclusion à propos de Duby:

"…en dépit de son élégance, cette vision appelle un réexamen."

Est-ce que cette femme fait partie de la gentry history US dont tu parlais ?

C'est drôle, tout de même, un homme historien qui accuse un MA patriarcal à l'extrême, opposé à des femmes historiennes défendant un MA beaucoup plus équilibré dans le partage des tâches et responsabilités, moins sexiste qu'on ne le présente généralement...

armoisine a écrit:On peut constater toutefois certains indices d’un adoucissement. L’attitude de l’église s’assouplit et les clercs considèrent à présent la femme comme une alliée au sein du couple et s’adresse directement à elles..


Un adoucissement ? De quoi ?
Les clercs ne considéraient pas la femme comme une alliée auparavant ? Ils s'adressent directement à elles alors qu'ils ne le faisaient pas avant ?

Je ne vois rien dans les pages qui précèdent qui puisse éclairer ces phrases. Quel est le moyen des clercs de s'adresser aux femmes ?
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Messagede Janus » 09 Nov 2005 10:21

Foulques a écrit: "le mâle MA" de Duby paru en 1988.

Salut! Il y a aussi: "Histoire des femmes - Le Moyen Age" a cure de Georges Duby et Michelle Perrot. Je l'ai achété mais malheureusement je n'ai pas eu le temp de le lire ... :?
Pour ce qui concerne Regine Pernoud, on dit qu'il est trés beau "Images de la femme au Moyen Age" une de ses dernières oeuvres: un livre à lire et à régarder ( il est plein de merveilleuses images ...) :wink:
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Messagede armoisine » 09 Nov 2005 17:21

Foulques a écrit:Je vois ce que tu veux dire, tu penses à "croissez et multipliez" ? Donc, tout homme serait également voué à ce destin... Or il ne l'est pas dans l'Eglise, ni la femme. Nous ne sommes donc plus dans une problèmatique purement féminine dans l'approche de la religion et c'est là que je déplore, une fois encore, les lumières d'un théologien parmi nous...

En fait ce que j'ai essayé d'expliquer c'est que tout être sur terre est voué à la multiplication du peuple de Dieu, homme et femme. Ca c'est le message de Dieu. Par contre l'église a développé un système où la virginité est la condition inhérente au sacerdoce, homme et femme. Elle a même eu tendance, et surtout avec la réforme grégorienne a idéaliser le statut ecclésiastique et la vie chaste loin des tentations bassement terrestres. Se côtoient donc divers statuts mais c'est surtout à l'endroit de la femme que ces statuts vont se figer (en théorie encore une fois, ça peut varier selon les régions, les fortunes,etc).
L'église préconise comme état de pureté absolu la virginité monacale. Consciente de la nécessité de la société, elle s'efforce également de donner du poids au mariage et pour cadrer la femme et sa tendance naturelle au péché on la protège d'elle même (mariage plutôt que célibat), et des autres (protection contre la répudiation, de la veuve,etc).

Foulques a écrit:Je pressens que tu exagères

Tu me dis ça à propos de mes propos sur le principe de virginité. Je n'ai pas le temps de mettre ici toutes les sources malheureusement. Je ne citerai donc de tête que saint Jérôme: "mariez vous pour faire de petites vierges". L'idéalisation de ce genre de pureté est bien présente dans le discours religieux.


Foulques a écrit:Un adoucissement ? De quoi ?
Les clercs ne considéraient pas la femme comme une alliée auparavant ? Ils s'adressent directement à elles alors qu'ils ne le faisaient pas avant ?

Une "amélioration" c'est mieux? Je pensais avoir pris suffisamment de précautions pour dire que la question fesait débat. Toutefois il faut reconnaître que la femme est mieux intégrée dans l'église. On constate par exemple l'efflorescence du monachisme féminin (etc je vais pas me répéter). Comme tu l'as dit plus tôt, certains ecclésiastiques admettent qu'une femme qui prie Dieu a de la valeur (enfin, dans la société, les dons sont toujours plus important en général aux monastères d'homme dont les prières sont considérées comme plus efficaces, mais là encore c'est de tête et j'ai plus la source exacte).



Foulques a écrit:absurdités, rationnel... Ces mots ont-ils un sens en matière de religion et d'histoire ? Ils introduisent une notion de jugement là où il faut d'abord comprendre et expliquer. Vu nos piètres éducations religieuses respectives, je crois qu'il vaut mieux rester prudent.

Absurdités non, rationnel oui. Mais la prochaine fois je metterai des guillemets pour émettre un avis perso! Selon moi l'histoire objective n'existe pas et je pense ici pouvoir émettre ma perplexité quant à certains aspects que revêtent ce genre de recherche.
Je tiens à préciser aussi que ce que je fait ici n'est pas un travail d'historienne. J'essaye de compiler mes cours et bouquins mais je n'ai pas le temps de consulter un bouquin précis pour chaque détail du développement.
Je pensais juste donner des orientations générales, susceptibles peut être de donner naissance à des post plus particuliers. Mais je ne peux pas faire le boulot toute seule...
Tout ici est soumis à débat et il ne faut pas croire que j'ai réponse à tout dans ce domaine!
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