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Femmes et Religion

Ensemble des croyances, des dogmes, des pratiques et des rites définissant le rapport de l'humain avec le sacré durant le Moyen Âge.

Messagede armoisine » 09 Nov 2005 17:26

Je voulais placer ici la suite du fil à propos de la religion de la femme laïque, ou comment se fait le lien église-épouses au XII-XIIIè. Notamment l'aspiration des femmes à une foi plus "active" (béguines etc) ainsi que les manuels d'éducation chaperonnés par l'église à l'intention des mères;
Mais je n'aurai pas le temps de faire un truc solide et carré....
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Messagede Wild » 18 Nov 2005 17:49

Je n'ai pas tout lu sur le topic, mais je suis étonné par tant de connaissance sur le sujet armoisine

Je ne pense pas que la femme et la religion doit commencer ou finir au moyen-âge.

Depuis que la bible existe, et dès qu'on commence l'ancien testament, on a déjà envie de refermer "le livre", tellement la femme est la moins que rien sur terre.

Pour moi, la bible, c'est un livre qui est adulé par les gens de sectes qui ont réussi, avec des interpretations differentes pour les catholiques, islam, juif, protestants, etc, Tous sont à mettre dans le même panier.

C'est un livre qui a été écrit suivant les connaissances de l'époque.

Comme un livre de médecine, un livre doit évoluer. Imaginez la médecine d'aujourd'hui sans évolution!!! Mais la bible n'a pas évoluée!

C'est un "torchon" qu'il faudrait completement reprendre, et surtout, qui ne doit pas être sacralisé, adulé.

Il faudrait donner un grand coup de pied dedans, déchirer les pages, réécrire tout cela, avec des laïcs, en respectant chaque être, qu'il soit homme, femme, enfant, et tous les êtres vivants
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Messagede An1000.org » 18 Nov 2005 23:18

Wild a écrit:Je n'ai pas tout lu sur le topic, mais je suis étonné par tant de connaissance sur le sujet armoisine


Elle va faire l'ignorante... Mais c'est un pointure qu'il ne faur absoluement pas négliger.
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Messagede armoisine » 19 Nov 2005 08:39

Tout d'abord merci tout plein :wink: .

Wild a écrit:Je ne pense pas que la femme et la religion doit commencer ou finir au moyen-âge.

Depuis que la bible existe, et dès qu'on commence l'ancien testament, on a déjà envie de refermer "le livre", tellement la femme est la moins que rien sur terre.

Pour moi, la bible, c'est un livre qui est adulé par les gens de sectes qui ont réussi, avec des interpretations differentes pour les catholiques, islam, juif, protestants, etc, Tous sont à mettre dans le même panier.


En effet la Bible est soumise à des appréciation diverses. La plupart relèvent d'un jugement personnel (sauf quand on l'inculque à coup d'encensoir).
En fait l'intérêt historique est d'observer de quelle façon le livre a été utilisé. Selon ce que l'on choisi de justifier par le texte, cela donne un indice sur les mentalités de l'époque.
C'est ici ce que j'essaie de faire. Toutefois, au MA, on théorise tellement, impulsion grégorienne oblige, que la Bible n'est plus vraiment "la base".
Les textes périphériques et les nouvelles réflexions structurent une société moralisée à la mode chrétienne. De ce qui peut être considéré comme des dérives découle à la Renaissance le protestantisme et autre qui revendiquent un retour au livre (qu'ils publient en langue vernaculaire et autorise à la lecture pour tous).

En fait le texte (Bible, Coran, Thora...) s'il justifie la religion ne suffit jamais et chaque culte produit des textes théologiques qui orientent son interprétation. C'est cela qui au XII-XIIIè, entre autre, est assez intéressant.
(A ce propos mettre la réforme grégorienne et la réforme tridentine en parallèle est édifiant.)
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Messagede armoisine » 23 Jan 2006 22:07

Avis!
Je poursuis (enfin) mon fil.
Ok, faites pas semblant de l'avoir attendu...... :wink:

Donc, comme d'hab, il s'agit d'un condensé de cours et de lectures, à augmenter, à comprendre en nuance, à débattre quoi. (Parfois j'emploie sciemment des raccourcis pour rendre la chose plus digeste)

Le XIIIè.

C'est un siècle de bouleversement, notamment par l'émergence du monde des villes, d'aspirations à une foi plus individuelle mais également plus concrète.
C'est l'âge d'or de l'urbanisation au Moyen Age, favorisé par un essor démographique. Les villes sont attrayantes et se concentre alors une population aux fortes disparités sociales. La concentration humaine attire également les prédicateurs, et celle-ci cible les plus pauvres rendus plus vulnérables dans un milieu où la subsistance est garantie uniquement par la charité (peu de travail, "absence" de solidarité communautaire..).
Le message catholique s'enrichit en ce sens: développement de l'iconographie autour de Saint Martin qui donne son manteau aux pauvres, multiplication des écoles de paroisse dans les villes et bourgs ruraux pour garçons et filles (en théorie), création des ordres mendiants.....
L'accés à une meilleure éducation, l'émulation auprès des élites urbaines, la baisse du prix du livre (accessible aux bourgeois) développe également un esprit "critique", qui peut assouvir une foi plus adaptée aux réalités du temps.
Au milieu de tout ça, les femmes sont en bonne place. L'éducation des plus privilégiées permet un accés aux livres, à un rôle plus établi au sein de la famille.


Le XIIIè offre donc un contexte "favorable", où on peut constater une "meilleure" expression de la foi féminine.
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Messagede armoisine » 23 Jan 2006 22:28

Les ordres mendiants.

De la lutte contre le catharisme naissent les dominicains. Saint Dominique pense pouvoir privilégier le dialogue, la diffusion de la pure doctrine pour rallier les "âmes perdues". Pendant sa prédication, il fondeune communauté mendiante de femmes avec des parfaites converties rejetées par leur famille. Effectivement, le catharisme acceptait plus facilement l'expression de la foi féminine, mais vu qu'il y a des spécialistes dans le coin, je leur laisse le loisir de développer;
En 1206il s'installe dans la commune de Fanjeaux, où les femmes doivent aider les prédicateurs dans la prière et dans le monde matériel. Toutefois, elles mêmes n'ont pas droit à la prédication.
En 1215, il fonde une branche masculine, laquelle devient prioritaire avec en france, 58 couvents fin XIIIè dont 3 de femmes. De plus, comme d'hab, la règle est plsu dure envers les femmes (immobilité....).

En 1207, saint françois d'Assise se converti après avoir été malade.Il fonde l'Ordre des frères mineurs masculins qui vit dans la pauvreté totale.
En 1212, arrive Claire, née en 1193 à Assise dans une famille aristocratique. Elle veut se soustraire à l'autorité familiale qui est contre son engagement religieux. Elle colle, elle et sa soeur, sa mère venues la rejoindre, à la doctrine de Saint François. Toutefois, on leur refuse le dorit de mendier. Elle obtient du pape le droit de vivre sans ressources fixes.
Les rumeurs montent entre les deux protagonistes et les contacts se font rares. Claire obtient la reconnaissance papale en 1227. Elle doit se battre contre l'imposition de la règle bénédictine qui autorise à avoir du bien contre la doctrine de pauvreté totale. Il s'agit de la première règle monastique écrite par une femme. Toutefois elle est interdite d'application.
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Messagede armoisine » 08 Fév 2006 18:07

Toujours sur le même site très intéressant:
http://clio.revues.org/document323.html

Ici, une sorte d'état des lieux des recherches sur la femme au Moyen Age.
Quelle a été la place des femmes dans la vie religieuse au Moyen Âge, quand on sait que le millénaire médiéval est imprégné de christianisme, que la femme est par essence inférieure à l’homme et sa sujette, donc d’abord écartée du sacerdoce ? Les images qui surgissent sont fortement contradictoires. L’ombre de grandes figures surgit. Les unes « s’élevant au dessus de leur sexe » : martyres, prophétesses, mystiques, fondatrices, savantes ; d’autres en incarnant les pires tares : les hérétiques et les sorcières. Mais qu’en est-il de l’immense troupeau discret qui cherche son salut dans des monastères toujours trop peu nombreux, les béguinages ou les tiers ordres qu’invente le bas Moyen Âge sans jamais combler, semble-t-il, ni les aspirations spirituelles ni les besoins sociaux, économiques et culturels auxquels sont censées répondre les structures d’encadrement de la vie religieuse ?
Paulette L’HERMITE LECLERCQ

Nul n’a, à ma connaissance, remis sérieusement en question les apports récents de la synthèse dirigée par Georges Duby et Michelle Perrot sur plusieurs points capitaux. J’en retiens quatre.
1. Le monde médiéval, dominé par les hommes et surtout par les clercs, considère la femme comme une essence. Dieu l’a ontologiquement voulue inférieure à l’homme et elle a aggravé son cas, puisqu’elle est responsable de la Faute. Elle doit donc vivre sujette. [...] Ceci rappelé, est-ce à dire qu’ils ont atteint la Vérité une fois pour toutes ? G. Duby revendiquait publiquement le droit à l’histoire subjective. Observant le passé, nous n’écrivons jamais que l’histoire de notre temps, ce qui ramène à la modestie.

2. La religion chrétienne a imposé un système de valeurs nouveau. [...] Une des nouveautés de la fin du Moyen Âge a été de permettre l’accès à une vie spirituelle plus riche - voire à la sainteté - d’une proportion plus grande de femmes laïques, mais la supériorité de la virginité et de la vie consacrée reste indiscutée - elle l’est toujours aujourd’hui dans l’Église romaine.

3. Cela dit, comment s’interroger sur la vie religieuse des femmes sans poser la question cruciale de leur liberté ? [...] On l’a dit, les rapports entre les sexes sont réglés essentiellement par l’Église. Signalons pourtant que, au nom même de ses valeurs, celle-ci peut se faire l’alliée des rebelles. Saint Ambroise déjà posait que le défi contre l’autorité masculine était louable seulement si la fille voulait sauver sa virginité5. De siècle en siècle, les sources hagiographiques brandissent l’exemple des vierges fuyant ce que Serlo de Bayeux au XIIe siècle appelle « la loi d’airain » du mariage, qui fait de la vierge une femme corrupta, une peccatrix comme le sont ces épouses esseulées pour qui est fondé le prieuré féminin de Marcigny en 1055. [...] Dans l’état de mariage donc, quel sens donner aux termes si fréquents de chasteté, de continence ? Vie sexuelle réduite à l’étiage grâce au respect de tous les interdits ou absolument nulle ? Une enquête systématique sur ce que recouvrent ces notions manque et rend opaques les rapports des conjoints, notamment à partir du XIIIe siècle, où bien des femmes restent dans le siècle mais veulent mener une vie dévote.

4. On ne peut observer cette époque sans empathie pour ces femmes et sans traquer fébrilement les signes d’un progrès. Puisque misogynie il y a, peut-on au moins sur le long terme déceler une évolution à défaut des statistiques impossibles ? [...] Quelles retombées sur leur vie attendre des grands bouleversements : désagrégation de l’empire carolingien, développement de la féodalité, formidable expansion à partir de l’an mil, drames accumulés des XIVe-XVe siècles ? Ou encore de la naissance de l’amour courtois, du développement de la culture à partir du XIIe siècle ? Et de l’explosion du culte de Marie ou de la Madeleine ?


La suite sur le lien.....

Et de conclure:
J’espère avoir montré qu’à la recherche de « l’histoire perdue de la chrétienté féminine36 » il reste beaucoup à faire. Au XVIIe siècle encore saint François de Sales pouvait dire aux femmes : « Vostre sexe veut être conduit et jamais, en aucune entreprise, il ne réussit que par la soumission37. » L’homme, le saint, n’avait pas plus d’état d’âme que saint Paul ou Thomas d’Aquin. Dès lors, comment eût-il résisté à ce qui était la volonté des femmes elles-mêmes, inquiètes de réussir, puisque telle était d’abord celle de Dieu ? Ce qui intéresse l’historien n’est pas ce pieux consensus qu’il est loin de vérifier toujours. Il essaie de retrouver chez les femmes l’adhésion enthousiaste ou raisonnée, la passivité moutonnière, la faculté d’initiative ou de révolte, la force d’inertie ou l’escapisme.
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