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Gilles de rais

Ensemble des croyances, des dogmes, des pratiques et des rites définissant le rapport de l'humain avec le sacré durant le Moyen Âge.

Messagede armoisine » 07 Juil 2006 07:07

Jacques HEERS, Gilles de Rais, vérités et légendes Perrin.

La guerre de Cent Ans fait rage. Le symbole d’une résistance populaire s’affirme dans les traits d’une jeune femme aujourd’hui sanctifiée. Gilles de Rais combat ; on lui prête des faits d’armes prestigieux, en le liant à Jeanne d’Arc. L’image d’un héros s’esquisse, contrebalançant ainsi celle du meurtrier sanguinaire, associant en un homme, les extrémités de la nature humaine.
Le personnage de Gilles de Rais est nimbé d’une aura mystique renforcée par un intérêt démesuré au XIXe siècle pour l’ésotérisme. L’obscurité des siècles a voilé son existence pour le faire réapparaître comme l’un des compagnons de Jeanne d’Arc, guerrier héroïque, criminel sanguinaire d’une quarantaine d’enfants, invocateur des démons, alchimiste, dépensier extravagant, ou innocente victime d’un procès truqué. La littérature s’empare de la légende, et son nom, évoqué dans " Là-bas " de Huysmans, devient l’objet de biographies mystificatrices.

Jacques Heers démonte définitivement, avec la rigueur de l’historien, les mythologies et rumeurs en analysant les sources existantes. Les pièces du procès, les chroniques de l’époque ou les documents familiaux, comme " Le mémoire " des parents, servent de base objective à l’élaboration d’une biographie historique précise. Grâce à des démonstrations intelligentes, l’historien rétablit la vérité, esquissant un portrait juste et réaliste d’un homme et de son époque. L’image du guerrier courageux est morcelée, et sans tomber dans l’indélicatesse scandaleuse, souvent associée aux recherches autour de Gilles de Rais, il dépeint les crimes éhontés commis par l’homme, comme un fait existant renforcé par les actes d’accusation et les témoignages des contemporains.
L’historien, épris de vérité, éclaire la vie d’un homme du XVe siècle séparé de nous par des siècles d’obscurité, et livre une biographie passionnante par son rythmé acéré et son investigation objective.
Un ouvrage mené admirablement par la rigueur d’un grand médiéviste.

Alexandra Morardet

http://www.arte-tv.com/fr/art-musique/selection-livres/De_20A_20_C3_A0_20Z/G-I/831956.html
Dernière édition par armoisine le 07 Juil 2006 07:28, édité 3 fois.
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Messagede armoisine » 07 Juil 2006 07:27

George BATAILLE, Le Procès de Gilles de Rais.

Je ne connaissais pas bien cet auteur. En jetant un coup d'oeil à son parcours et à ses écrits, il aparait plus proche de l'anthropologie historique et de la psychanalyse, voire de la philosophie.
A mon sens il faut prendre avec précaution ses écrits qui peut être dissertent d'un évènement, personnage historique comme support à une réflexion, et non comme objet en lui même. Enfin, comme je ne l'ai jamais lu, faut voir.

Quelques résumés sur son bouquin,

Bataille voit dans la vie de Gilles de Rais une véritable tragédie. Considérant, à la suite de Sade, que le crime est «le fait de l'espèce humaine», «le fait de cette seule espèce», Bataille pense que Gilles de Rais est un criminel tragique : «le principe de la tragédie est le crime, et ce criminel fut, plus qu'un autre, peut-être que tout autre, un personnage de tragédie». Sa tragédie est celle d'un Faust, mais d'un Faust enfantin et idiot, passionné de théâtre et de faste, de pompe et de luxe, se livrant aux manifestations publiques les plus somptueuses, sans aucun souci somptuaire, comme si l'ignominie de ses crimes était rachetée par l'étalage spectaculaire de ses richesses.

Pour Bataille, la volupté éprouvée par Gilles de Rais au cours de ses cérémonies secrètes n'est pas l'essentiel; c'est plutôt que dans le crime, il demeure essentiellement «une possibilité théâtrale, exigeant que le criminel soit démasqué, dont le criminel ne jouit que démasqué»; ainsi les crimes de Gilles de Rais n'ont-ils rien des sacrifices tout aussi cruels, au sommet des pyramides, des Aztèques. Héros tragique, héros shakespearien, ce monstre est prodigue, selon ses héritiers; il est même chrétien. Parfois appelé Barbe-Bleue ou confondu avec lui, Gilles de Rais est un «monstre sacré»; sa «monstruosité souveraine» connaîtra un dénouement de tragédie : la condamnation à mort. «Il y a dans l'évidence de la monstruosité une grandeur souveraine, que ne contredit pas l'humilité du malheureux criant l'horreur du crime».

Pervers polymorphe, tel un enfant, mais un enfant dont l'enfantillage est comblé par la fortune et la gloire et ainsi poussé à de «tragiques possibilités», Gilles de Rais s'a(ban)donne à son «indifférence souveraine», la souveraineté ayant l'équivalence du crime. Sa «niaiserie», son idiotie, «atteint, dans le sang, la grandeur tragique»; c'est la grandeur d'une monstruosité enfantine. Mais c'est aussi la tragédie de la féodalité de la noblesse, classe libérée du monde du travail et aux prises avec le monde des armes, monde dont la grossièreté est encore enrobée de la délicatesse de l'amour courtois, selon Bataille : de Rais est la vérité de la féodalité, la paresse et la dépense, poussée jusqu'à ses plus tragiques conséquences...

L'étouffement qui finit par marquer la tragédie de Gilles de Rais, son déclin, tient d'une véritable «hallucination théâtrale»; pour poursuivre ce qui est pour lui un monstrueux jeu, il lui faut dépenser, détruire ses biens, se ruiner dans la «magnificence funèbre». Les nobles ne comptent pas, ne calculent pas, ne mesurent pas, la démesure étant «le principe des guerres» dont se nourrit le monde féodal. La «source impure» de la vie de Gilles de Rais n'a d'égal que celle de la tragédie : «La tragédie est nécessairement impure, elle est d'autant plus vraie qu'elle est impure»; «sans la noblesse, sans le refus de calculer et de réfléchir (qui en est l'essence), il n'y aurait pas de tragédie, il n'y aurait que réflexion et calcul». Ce refus de calculer et de réfléchir chez Gilles de Rais est sa «profonde niaiserie», commandant le «refus brutal», sans lequel il n'y aurait pas de tragédie... Cette souveraineté est donc au principe du jeu tragique; elle «n'est pas seulement le principe des tragédies grecques, mais de la Tragédie personnifiée. La Tragédie est l'impuissance de la Raison» [en italiques dans le texte]. C'est donc dire que la violence humaine est tragique!

Selon Bataille, «[l]es crimes de Gilles de Rais sont ceux du monde où il les commit». Dans sa «brusquerie tragique», la ruine théâtrale joue un rôle obsédant, tragico-comique; c'est un jeu excessif : excès, dépense ostentatoire, gaspillage avec jactance ou potlatch, qui serait une valeur souveraine et «le principe de l'humanité primitive». Dans une sorte d'«hallucination tragique», Gilles de Rais est victime de sa jobardise; c'est un niais et un naïf, mais un «naïf démoniaque». Victime da sa décadence publique et politique de chef de guerre, il multiplie les victimes, vend son âme au diable et s'entoure de charlatans : «Une formule rend compte d'un mouvement qui est la tragédie personnifiée : la tête baissée dans l'impossible!»

L'événement ou le mouvement tragique aboutit à la mort spectaculaire (la pendaison, puis les flammes mais pas jusqu'aux cendres) de Gilles de Rais -- et son comportement, mais dans une moindre (dé)mesure, a peut-être été celui d'autres féodaux jusqu'au XVIIe siècle [cf. Fléchier] -- à une époque où la torture et le supplice étaient encore «un spectacle proposé au divertissement et à l'angoisse de la foule», tout supplice devant alors être spectaculaire et exemplaire : «La mort du supplicié était alors, au même titre que l'est, sur la scène, la tragédie, un moment exaltant et significatif de la vie humaine»; à la foule, «était promis comme l'est, sur l'affiche théâtrale, un spectacle de choix»... Dans des larmes de sang et dans un appel à Dieu, Gilles de Rais avait fini par avouer son insoutenable et insupportable turpitude, ses multiples turpitudes, non sans quelque désir de fasciner et de faire trembler, dans l'horreur, ses juges : «L'exhibitionnisme des criminels, compensant un souci de dissimulation, a généralement cet aspect : c'est par là que l'aveu est la tentation du coupable, qui, toujours, à partir du désastre qu'est le crime a la possibilité d'une flambée, désastreuse elle-même» [en italiques dans le texte].

Dans une «lumière souveraine», la tragédie exige «la souveraineté du criminel» : «en même temps qu'il est proposé à l'horreur, le criminel l'est à la sympathie terrifiée, à la compassion de ceux qui le regardent pleurer, qui pleurent avec lui». «Ce qui étreint, dans la mort de Gilles de Rais, c'est la compassion»; «sa mort fut l'occasion d'un faste théâtral» : après que son corps a été retiré du brasier et placé dans un cercueil par des «femmes de haut lignage», du château où on l'avait jugé jusqu'à l'église de l'office funèbre, «la procession d'une foule immense, que rythmaient les prières et les chants, conduisit le misérable, qui avait porté au dernier degré le mépris de ce menu peuple, qui le suivait, et qui, maintenant, pour lui, suppliait Dieu»...

http://www.ucs.mun.ca/~lemelin/EVENEMENT.html

http://cabanel.jennifer.free.fr/reserve_2/dissertations_sur_lerotisme.doc
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hmm...

Messagede ugbashkylar » 07 Juil 2006 14:32

Bon soyons clair, aujourd'hui Gilles de Rais aurait eu un non-lieu (ce qui ne veut pas dire qu'iln'est pas coupable... mais qu'on ne peut le prouver indiscutablement).
Pour moi les preuves apportées par Reinach dépassent de loin les dires de ceux qui plaident pour sa culpabilité, et le fait qu'il soit (presque) seul ne veut pas dire qu'il ai tort. Quand aux livres pseudo-historico-romancés, c'est hallucinant de lire un style si "ampoulé" sur un tel sujet. J'ai rien contre Bataille mais là franchement...

Attendez : "Gilles de Rais avait fini par avouer son insoutenable et insupportable turpitude, ses multiples turpitudes, non sans quelque désir de fasciner et de faire trembler, dans l'horreur, ses juges : «L'exhibitionnisme des criminels, compensant un souci de dissimulation, a généralement cet aspect : c'est par là que l'aveu est la tentation du coupable, qui, toujours, à partir du désastre qu'est le crime a la possibilité d'une flambée, désastreuse elle-même» [en italiques dans le texte].

Pardon mais ça ne veut pas dire grand chose. Personnellement je cherche à confronter la très clair démonstration de Reinach avec une démonstration contraire, mais aussi bien documenté et s'en tenant au fait. Jacques Heers peut-être... si quelqu'un l'ayant lu pouvait participer...

Des aveux : excusez moi mais des aveux au moyen-age, sous la torture, depuis quand ça a de la valeur?
Des témoins crédibles : a bon?
Des ennemis dans les jurés : attendez, je parle là des juges eux même!!

écoutez, je vais reprendre le bouquin de Reinach et vous donner un compte rendu de son texte, ce seras plus probant. Point par point.
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Messagede Foulques » 07 Juil 2006 19:22

Merci pour ces présentations intéressantes, Armoisine.
Ouch ! C'est vrai que ça décoiffe le résumé du bouquin de Bataille ! Moi qui suis un gros paysan je n'irai sûrement pas lire un truc pareil. Allergique aux lacaneries… :?

Par contre Heers est effectivement un grand médiéviste et c'est très important pour moi car ça signifie qu'il connaît bien le contexte, l'antériorité, les mœurs, la façon de penser….
Seul un spécialiste comme ça peut flairer l'anomalie. Malheureusement je n'ai pas lu ce livre-là.

A contrario, j'ai plus de distance avec les auteurs qui n'ont qu'une approche unique sur un fait passé, qui fondent sur un sujet alors que leur connaissance du contexte n'est pas avérée. Ainsi :
Le personnage de Gilles de Rais est nimbé d’une aura mystique renforcée par un intérêt démesuré au XIXe siècle pour l’ésotérisme.

Et justement, l'approche de Salomon Reinach (1858-1932 ; sûrement un grand esprit par ailleurs) semble être d'abord religieuse, mystique, sans intérêt marqué pour l'histoire du moyen âge. Il a fait un autre bouquin sur l'inquisition. Le rapport saute aux yeux.

http://www.bouquins.tm.fr/livre.asp?code=2-221-07348-7

Par ailleurs, est-ce lui qui affirme que Gilles de Rais a été torturé ? Cela m'étonnerai beaucoup qu'on ait torturé des seigneurs lors de procès… Et tu as raison sur un point : l'aveu donné sous la torture avait si peu de valeur qu'il devait être réitéré librement pour être pris en compte. J'ai fais un petit sujet là-dessus ici.

ugbashkylar a écrit:écoutez, je vais reprendre le bouquin de Reinach et vous donner un compte rendu de son texte, ce sera plus probant. Point par point.

Oui, merci, parce que vraiment je n'ai pas compris l'argumentation en faveur de la réhabilitation.
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la plaidoierie Reinach

Messagede ugbashkylar » 09 Juil 2006 12:42

Non, Reinach ne s'intéresse pas qu'a l'aspect mythologique. Ce gros volume, intitulé "culte, mythes et religions", regroupe en fait de nombreuses études, ainsi que des discours faites devant publique, et s'intéressant à de nombreux thèmes. Ce travail sur Gilles de Rais est un mémoire pour l'académie.

Alors, voici la "plaidoirie" de Salomon Reinach :

Gilles de Rais, Après avoir guerroyer de nombreuses années, reviens dans les terres familiales s'occuper de ses vastes propriétés (en Bretagne, Anjou et Maine). Maître d'une immense fortune territoriale, encore accrue, dés 1420, par son mariage avec la riche héritière Catherine de Thouars, il mena dés lors une vie fastueuse de grand seigneur, ami des lettres, des magnificences du luxe et de l'art. On sait q"uau cours d'une visite à Orléans, il dépensa en quelques mois 80 000 couronnes d'or (deux cents cavaliers, serviteurs, pages, prêtres et bouffons). Gilles dépensait bine au delà de ses revenus et se trouva bientôt obligé de recourir aux emprunts. Sa femme et son frère, s'alarmant de ses prodigalités, firent même appel à Charles VII qui fit publier un ordre avec défense d'aliéner ses biens et interdiction àa toutes personne d'en acquérir... Le duc Jean V refusa de le publier en Bretagne (tiens, tiens...)

Gilles, comme plus d'un pape, s'adonna à l'alchimie. Ou plutôt s'enticha d'un alchimiste Florentin, Francesco Prelati, qu'il installa luxueusement chez lui, croyant dur comme fer (comme la plupart de ses contemporains) que bientôt l'alchimiste lui apporterai le moyen de transformer les métaux en or. Ce Prélati est un escroc, comme il sera prouvé plus loin. Il jouera un rôle décisif dans le procès de Gilles de Rais.

Là commence notre affaire.

Fait 1) 1438 : Gilles de Rais à besoin d'argent et vend des terres et utilise un système particulier : il vend à bas prix quelques très belles terres, mais se réserve le droit de les racheter au même prix pendant six ans. Les contre-lettre des acquéreurs existe toujours, et l'un des acquéreurs n'est autre que le Duc de Bretagne Jean V (tiens, tiens....). Jean V était secondé, dans sa politique, par Jean de Malestroit, chancelier de Bretagne et évêque de Nantes. Lui aussi avait acquis des biens de Rais, soit directement, soit par personne interposé.

Fait 2) Malestroit, personnage influent, avait d'autres raison de haïr Gilles de Rais : En 1426, Malestroit, alors allié des Anglais et à leur solde, participa à la déroute Saint-Jean-de-Beuvrons, où Gilles, servant le connétable de Richemont, dut fuir devant les Anglais. Malestroit fut arrêté et recouvra difficilement sa liberté. Un contentieux existait donc entre les deux hommes.

Fait 3) Début 1440 : Gilles se brouille avec les hommes d'église : ses gens d'armes avaient portés la mains sur un clerc et s'étaient emparé d'un château vendu à un prête-nom du duc de Bretagne. Le duc reprit le château par la force. Pourtant, au mois de Juillet, les choses s'étaient arrangé et Gilles alla rendre visite au duc de Bretagne qui le reçu très cordialement. Dés le 30 Juillet, sans doute avec l'autorisation du duc, Malestroit commence l'instruction qui devait perdre Gilles. Il répand dans le pays un monitoire et recueil, selon lui, certains bruits très graves mettant en cause Gilles de Rais. En fait huit témoignage, émanant du bas peuple, dont sept femme demeurant à Nantes, se plaignant d'avoir perdue leur enfants et accusant Gilles.

Fait 4) Le 13 septembre, l'évêque invita Gilles à comparaître devant lui le 19. Dans la sommation, il évoque pour la première fois tous les crimes indiqués par la suite, ajoutant, sans préciser, que "certains crimes ayant saveur d'hérésie". Il y'a là une indication forte pour la suite : Malestroit est évêque, il n'a aucune autorité pour juger les crimes de personne, il ne peut que juger les crimes contre la foi, avec le concours d'un inquisiteur. En parlant d'hérésie, l'évêque de réserve déjà une porte d'entrés pour un procès d'inquisition, ou l'accusé n'a, rappelons le, pas le droit à un avocat. Malestroit envoi ainsi un signe fort aux commères, à tout ceux qui aiment les scandales et les histoires sombres. L'affaire est lancé.

Fait 5) Gilles se rend le 19 à la comparution. Il entend se justifier de l'accusation d'hérésie. Ce faisant, il se piège lui même : dés lors le procès devient inquisitorial.

Fait 6) Le 28, les huit témoins se lamentent de la disparition de leur enfants, enlevé, selon eux, par une femme au service de Gilles de Rais, surnommé la Meffraye (!!). On la décrit comme habillée en noire, portant chapeau et voile noire. L'aspect "légende" est ici flagrante. Et pour enlever des enfants, les attirer, avoir l'apparence d'une sorcière est un peu idiot... cette personne, on n'en entendra plus parler par la suite!

Fait 7) Le 13 Octobre, nouvelle audience : les accusations mises par écrit forment un bottin de 49 articles. On y apprend (selon des témoignages (de Prelati en particulier) que des enfants on été brûlés, démembrés, souillés... Gilles s'emporte, malmène les juges et conteste la compétence des juges. Il est excommunié et on lui donne 48 heure pour préparer sa défense. L'excommunication est la pire sentence pour quelqu'un de l'époque, très croyant. Gilles va par la suite chercher à la réconciliation à tout prix.

Fait 8 ) Prelati fait sa déposition, un ramassis d'horreur, et affirme avoir fait apparaître le diable dix ou douze fois (!). Chose troublante, de nombreux aveux de Gilles reprenne mot pour mot ceux de Prelati. A penser qu'ils sont calquée, il n'y a qu'un pas. Les dépositions les plus écrasantes, celles de Henriet et de Poitous, serviteurs, concordent jusque dans les moindres détails, aucune contradictions, aucune omissions. C' est le signe soit d'une entente entre les témoins (ils on répétés leur histoire), soit les gens chargés de relever les aveux on calqués les dires pour qu'ils concordent. Rappelons que les aveux sont obtenus soit sur la torture, soit avec la peur de la torture, et de l'excommunication.

Fait 9) Les accusations des crimes affreux sont en fait des "classiques" (viol, meurtres d'enfant, rituels...). Les païens accusaient les chrétiens des même crimes, dont les chrétiens accusaient les protestants, dont on accusa les templiers, les Vaudois, les Fraticelli, les sorcières, les Juifs et dont les Chinois accusaient les Européens.

Fait 10) Gilles entretenait de nombreux et beaux enfants dans sa chapelle, en même temps qu'une troupe de jeunes pages. Pas un d'eux ne se plaignit, ni accusa son patron. Les "témoins" des crimes ne sont ni les chapelains de Gilles, ni ses chanoines, ni ses écuyers, ni ses acteurs, ni ses hommes d'armes, ni le seigneur de Gautelon qui vivait dans son intimité, ni le prieur de Chéméré. Ce sont les aventuriers intégrés au château, qu'on à jetés en prison, qu'on accuse des même crimes, qui s'en accuse eux même, qu'on à torturé.

Le 20 octobre, Gilles est déjà perdu : il ne peut ni citer des témoins à décharge (l'inquisiteur ne l'aurait pas permis) ni nier, car on l'aurait aussitôt soumis à la torture. Néanmoins amené devant les chevalets de torture, Gilles demande un délais pour faire ses aveux, mais on lui refuse. Finalement Gilles donne sa confession. Plus que tout Gilles demande l'absolution spirituelle et on lui accorde un confesseur, énorme irrégularité dans un procès pour hérésie, l'hérétique étant excommunié ipso facto et ne pouvant réintégré l'église qu'en abjurant. Aucune abjuration ne fût demandé à Gilles de Rais... Le tribunal civil suivit le procès d'inquisitions et Gilles avoua tout à nouveau, avec la promesse d'une indulgence. Le lendemain il était brûlé.

La suite de l'histoire plaident en faveur de Gilles également :

- Les biens de Gilles sont confisqués par le duc de Bretagne.
- Sa veuve, au bout d'une année, épousa Jean de Vendôme, vidame de Chartres. (donc sa femme n'a pas souffert de la réputation de son mari, et elle n'a jamais accusé Gilles).
- Sa fille épousa un maréchal et amiral de France.(elle non plus)
- Les héritiers arrivèrent à récupéré une partie des biens par compromis.
- Roger de Briqueville, ami de Gilles qui s'était enfui dés le début du procès (ce qui aggrave les soupçons sur Gilles) obtint de Charles VII des lettres de rémission. La fille de Gilles fût l'ami dévoué de ses enfants.
- Sa famille réclama plusieurs fois la révision du procès (comme pour celui de Jeanne d'arc).
- On a apprit tardivement que Gilles en avait appelé après son arrestation, au roi et au parlement.
- Prelati fut condamné à la prison perpétuelle (!!) Il réussit à s'échapper et, sous le nom de François de Montcatin, gagna les bonnes grâces de René d'Anjou, qui recherchait la transmutation des métaux (encore...). Il enleva par la suite un trésorier de France et demanda une rançon. Il fut condamné à mort et exécuté en 1446.

Voila ce n'est qu'un résumé, il y'a d'autres petits détail que je n'est pas noté, mais qui plaident encore en la faveur de Gilles de Rais. Reste à étudier la théorie de Heers, ce que je vais faire au plus tôt.
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Messagede armoisine » 10 Juil 2006 19:27

Voilà un autre forum d'histoire où on discute du sujet, autour d'un autre ouvrage, "Gilles de Rais ou la gueule du loup", de Gilbert Prouteau:
http://www.forum.roi-president.com/ftopic961.html
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Messagede Foulques » 10 Juil 2006 20:05

Intéressant ! Merci pour ce boulot, ugbashkylar.

Franchement j'aurais pas le temps de lire Heers mais la confrontation des arguments en intéressera plus d'un. On attend le résultat de ta lecture.

4 choses :

- Est-ce que vraiment on n'a jamais retrouvé de squelettes ? Sur l'autre fil on parle juste d'une chemise d'enfant ensanglantée, un autre évoque les restes de 80 enfants...

- La déclaration finale de Rais, avant son éxécution, est bien de demander pardon aux parents des enfants assassinés ? S'il se sentait injustement condamné, je ne vois pas l'intérêt d'une telle déclaration même s'il craignait que l'on ne retire pas son cadavre du bûcher (pour mourir chrétiennement).

- Charles VII n'a pas bougé. Bon d'accord, ce n'était pas un modèle de reconnaissance humaine mais quand même, il a dû sentir le souffre... Dans sa bio, Philippe Erlanger ne dit rien à propos de l'arrestation de Rais et comment le souverain l'a pris.

- Le fait d'avoir des ennemis devait être le lot de tous les personnages un peu puissants dans le contexte. Encore une fois je ne pense pas que cela remette en cause le fond du dossier. Si les fausses accusations étaient un moyen de l'époque pour se débarasser des gens, force est de reconnaître que c'est un cas unique.

Je n'ai pas trouvé de bio de Rais qui me paraisse satisfaisante sur le Net. Je me méfie pas mal des sites comme hérésie.com, qui mettent en avant le côté sensationnel.
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Messagede ugbashkylar » 13 Juil 2006 00:38

alors :

1) franchement, si on avait retrouvé 80 cadavres de gosses dans son chateau, serions nous en train de débattre de sa culpabilité?! encore une fois on confond les "temoignages" et la réalité. Absolument rien n'a été retrouvé chez de Rais : ni chemise, ni squelettes, ni anti-chambre d'invocation, ni même le fameux livre de Suetone (comportant des gravures "scabreuses"), pure invention.

2) Aprés avoir demandé pardon aux famille et supplia l'eglise de lui accordé le pardon (ce qu'elle feras sans difficulté, ne lui demandant même pas d'abjuration) ce qui est assez incroyable quand on affaire avec un soit disant "monstre sanguinaire". Sa dernière phrase fut pour l'alchimiste : "Adieu, François, mon ami, je prie dieu qu'il vous donne bonne patience (...)soyez certains que, pourvu que vous ayez bonne patience et espérance en Dieu, nous nous entreverrons en la grande joie du paradis." Drôle de parole pour un criminel...

3) Il reste deux lettre royale dans lesquel Charles VII, en 1442, signifie au duc François premier-successeur de Jean de bretagne mort en 1441- vouloir donner suite au recour au parlement qu'avait demandé Gilles mais resté sans réponse (le requete n'est semble t'il jamais arrivée). L'autre lettre est adressé au président et conseillers du parlement du bailli de Touraine pour ouvrir une enquète sur les circonstances de la comdamnation de Gilles "pour ce que (...) le dit feu Gilles... avait été fait mourir indûment et plusieur autres attentats avoir été faits". (!!!). Ces lettres, découvertes dans le capulaire de Thouard, n'ont jamais étaient envoyées par le roi, certainement pas peur du scandale. Mais il les à tout de même fait rédiger. Ce qui indique quand même quelque chose, moins de trois ans aprés la mort de Gilles...

4) Attend là faut pas pousser! déjà qu'un tribunal d'inquisition, ça n'avait rien d'un tribunal justement, puisque les réponses aux questions n'avaient aucunes importance, entendu que l'accusé était de toute façon coupable. Si en plus les principaux juges sont vos ennemis et on de gros interet à votre perte, là y'a maldonne!! Et quand tu dit que ce procé fait exception, là tu as la mémoire courte : un certains Jacques Coeur en feras les frais, entre autre...
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Messagede The Banshee » 13 Juil 2006 20:47

J ai le livre de Georges Bataille sur toute la retranscription du procès... la plupart du livre est en ancien Français avec des explication de Georges Bataille...

Gilles De Rais est accusé entre autre d avoir assassiner plus de 140 enfants, et il est bien marqué dans le livre que les personnes chargés de l affaire a l époque et plusieurs témoins on retrouvés dans les tours du château de Tiffauges de Machecoul et de Champtocé ( châteaux appartenant a Gilles), plusieurs dizaine de squelettes d enfants enfouis dans le sols....

il faut l inventé ça quand même.... :roll:


Je site:
" Sans doute rien ne justifie jusqu au bout le sentiment de la foule accourue a son supplice. Gilles De Rais n etait qu un homme de guerre brutal, un grand seigneur sans retenue, sans scrupules. Rien ne le designait a la sympathie finale de cette foule. Sa violence du moins justifie l etonnement qu une passion sans calcul, et comme eperdue, provoqua. A la violence malade du vice, qui porta le criminel a tant de meurtres, repondit en effet a la violence du remords. L emotion populaire fut le contrecoup de l exès qui avait commandé un destin que jamais le calcul ne domina. Gilles De Rais est un criminel tragique: le principe de la tragedie est le crime, et ce criminel fut, plus qu un autre, peut etre que tout autre, un personnage de tragedie. "
Georges Batailles ( extrait de l avant propos du livre du procés de Gilles De Rais )
www.thebanshee.skyblog.com ( IRLANDE )

"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre."
(Karl Marx / 1818-1883)
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Messagede The Banshee » 13 Juil 2006 21:07

ugbashkylar a écrit:alors :



2) Aprés avoir demandé pardon aux famille et supplia l'eglise de lui accordé le pardon (ce qu'elle feras sans difficulté, ne lui demandant même pas d'abjuration) ce qui est assez incroyable quand on affaire avec un soit disant "monstre sanguinaire". Sa dernière phrase fut pour l'alchimiste : "Adieu, François, mon ami, je prie dieu qu'il vous donne bonne patience (...)soyez certains que, pourvu que vous ayez bonne patience et espérance en Dieu, nous nous entreverrons en la grande joie du paradis." Drôle de parole pour un criminel...





Gilles De Rais etait connu comme etant un homme tres pieux, tres croyant...

va comprendre....

et quel homme puissant au Moyen-Age n avait pas d ennemis...?????? no one
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