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HARO ! SUS ! SUS !

Les sources médiévales, difficilement lisibles, sont une aubaine pour les historiens. Elles permettent de donner des indications précises sur la société de l'époque.

Messagede Foulques » 25 Oct 2005 21:32

Cris d’armes, cris de guerre

Pour rallier leurs troupes et vassaux dans la mêlée des combats, identifier les parties en présence ou pour défier l’adversaire avant la charge, les nobles usent de cris propres à leurs maisons.

Il a existé des centaines de ces formules, témoins de la richesse de l’imagination de l’époque, de la virulence de leurs auteurs, parfois cocasses et mêmes amusantes.

Dans les plus pittoresques, on relève :

- Les comtes de Flandre : Flandre au lyon!
- Les seigneurs de Bar: Au feu! Au feu!
- le sire du Blaton crie : Blaton à force !
- le prince de Graves : Graves au chapelet !
- La maison de Vaudenay : Au bruit!
- le sire de Buves : Buves tost assis ! (buvez tous assis)
- les Butet de Savoie : La vertu mon but est !
- Bertrand Guesclin : Saint-Yves Guesclin!
- Les Gascons : Bordeaux!
- les sires de Chauvigny : Chevaliers pleuvent !
- le sire de Villers-sire-Nicole : Barbenchon !
- les Heinaërt (boiteux) de Flandre : Marche droit Heinaërt !
- les seigneurs de Du Blé, en bourgogne : En tous temps du blé !
- les Lyobard, en Bugey (devise de tournoi) :
Pensez-y, belle, fiez-vous-y !
- Les comtes de Champagne et de Sancerre :
Passavant li meillor!
- Les seigneurs de Vilain, descendants des châtelains de Gand (Belgique) : Gand à Vilain sans reproche!
- La maison de Waudripont (Hainaut), qui porte dans son écu deux lions adossés : Cul à cul, Waudripont!


La devise de notre bonne ville de Morlaix, en bretagne, a-t’elle servie de cri de guerre ? Elle aurait bien pu l’être :
- S’ils te mordent, mords-les !

L’origine de ces cris sont très divers, beaucoup sont formés sur l’invocation à "Notre-Dame" ou le simple nom de la maisonnée, d’une ville, d’une forteresse ou du saint consacré. Ils peuvent aussi rappeler un fait d’armes (comme celui de Chauvigny qui rappelle un exploit en terre sainte), d’autres sont équivoques aux noms. Il peut s’agir aussi de formules de circonstances inventées le temps d’un tournoi ou d’une campagne militaire.
Mais saura-t’on l’origine de tous, comme ce mystérieux ‘Barbenchon’ ?

Ces cris, indispensables pour s’enhardir avant l’assaut, plongent leurs racines dans l’antiquité, peut-être la plus lointaine. On dit que les soldats Romains avaient un barritus (penser à ‘barrissement’) consistant à crier "Feri ! "(frappe !). Ces cris serviront ensuite à s’identifier dans la bataille, probablement avant la création du langage héraldique.
Ils ne faut pas les confondre avec les devises familiales, même si certaines d’entre elles y trouvent leur origine.

L’un des cris les plus connus restant bien sûr : Montjoie Saint Denis ! Cri de l’ost royal des vassaux de la couronne de France en 1124 contre les troupes de l’envahisseur Henri V, empereur d’Allemagne.
Groupées exceptionnellement derrière leur roi et l’oriflamme rouge de Saint Denis, c’est une réaction notable d’unité nationale, dans les plus anciennes.

Le Littré nous explique l’étymologie de cette formule :
Mont, et joie. La Mont-joie Saint-Denis, ou, simplement la Mont-joie, était le nom de la colline près Paris où saint Denis subit le martyre ; ainsi dite, parce qu'un lieu de martyre était un lieu de joie pour le saint qui recevait sa récompense. La Mont-joie Saint-Denis signifie la Mont-joie de saint Denis, selon l'ancienne règle qui rendait le génitif latin par le cas oblique. Le nom de mont-joie s'étendit à tous les monceaux, et se prit même figurément. D'un autre côté les Français prirent pour cri de guerre Mont-joie Saint-Denis ou, simplement, Mont-joie […].

Connaissez-vous d’autres cris de guerre ?

Sources : Pierre Naudin, le Littré et internet dont un lien qui commençait par
http://encyclopedie.info/index.php?name
mais l'article est un peu ancien et l'adresse a bougé depuis, désolé !
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Messagede An1000.org » 25 Oct 2005 21:58

"Que trépasse si je faibli" Sir Godefroy de Montmiraille :med04:




Excellent en tout cas :wink:
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Messagede armoisine » 26 Oct 2005 10:20

J'adore! Malheureusement je n'ai aucune contribution à faire...
Certains cris sont vraiment étranges: "Buvez tous assis" c'est un jeu de mot avec Buves?
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
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Messagede Foulques » 26 Oct 2005 17:51

Merci !

Oui, c'est clair que le jeu de mots est exploité à fond ! On dit en l'occurence que ce sont des devises "équivoques au nom". Il y a aussi
pour Vaudrey (Bourgogne) : J'ay valu, va et vaudray
pour Henris (Forez) : Toujours en ris, jamais en pleurs

ça vient du lien internet que j'ai égaré mais je ne sais plus si ce sont des cris de guerre ou des devises familiales.

Dans mon imagination débordante, je vois bien le sergent d'armes donner le signal de l'attaque en criant par exemple "Cul à cul !" et ses hommes chargent illico vers l'ennemi en hurlant "Waudripoooooooont !" !
Avec les armes, les haches et tout l'harnachement...

Je m'imagine face à une telle charge, ouh là là ! Bonne mère ! Les coucougnettes ! :D
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Messagede Thom.S » 28 Oct 2005 16:58

C'est très marrrant :-)

J'ai une préférence pour le "Marche droit Heinaërt !" du clan boiteux ! :-))
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Messagede Thom.S » 28 Oct 2005 17:06

J'ai juste quelques infos générales sur les devises (et proverbes), issues d'un site canadien :


Origines de la devise :

Les cris de guerre médiévaux permettant l'identification des combattants au visage caché par le heaume. Sentences accompagnant les emblèmes héraldiques. La mode des devises date des guerres d'Italie : imitant la noblesse, écrivains et imprimeurs signèrent leurs oeuvres de formules plus ou moins emblématiques ou anagrammatiques, de Clément Marot ("La mort n'y mord") à Maurice Scève ("Non si non là"). Tourné en dérision par du Bellay (Défense et Illustration de la langue française, II, 11), l'usage de la devise disparut après 1565.


Les proverbes :

- Les proverbes sont omniprésents dans la culture du Moyen Age. Ils reflètent les rapports de forces, les tensions et les conflits de la société féodale ("L'argent ard gens") ou évoquent des rivalités anciennes entre régions ("Niais de Sologne qui ne se trompe qu'à son profit"). Ce sont des proverbes malléables. Les clercs qui les utilisent les réélaborent sans cesse. Ils faisaient autorité, à côté de la Bible, dans les sermons. Se sont constitués à l'usage des prédicateurs des recueils de proverbes : Hic incipiunt proverbia in gallico, Principia quorundam sermonum qui démontrent pratiquement comment l'on peut prendre des proverbes comme point de départ de sermons. Les proverbes sont appuyés de citations bibliques. On ne trouve pas de recueils similaires dans d'autres pays européens (ni en Allemagne ni en Espagne).

- C'est au XIIIe siècle que le mot proverbe apparaît en France, dans les fables de Marie de France.
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Messagede Foulques » 15 Nov 2005 20:10

Merci pour ces infos intéressantes, Thom. S, il faudra reparler de Marie de France, cette femme si intéressante.

Je viens de retrouver ce que chantait les Grecs de l'antiquité avant le combat, c'était le péan, un chant d'action de grâce dédié à Apollon. Ils devaient sans doute avoir un cri de guerre pour la charge mais je ne mets pas la main dessus.

Très étonnant, en revanche, est le comportement des milices Suisses du MA : ils restaient muets pendant la charge !
Ce silence -qui dénote un sang-froid remarquable- contribuait à déstabiliser leurs adversaires qui, eux, s'époumonaient...

Il faut dire que les Suisses ont été historiquement parmi les meilleurs guerriers du monde. La France en sait quelque chose puisqu'elle a puisé dans ce pays des troupes d'élite pendant tout l'ancien régime, et au-delà dans la Légion Etrangère. Le courage, la discipline, le sang-froid et l'absolue fidélité étaient les belles qualités de ces guerriers.
Le paradoxe de la neutralité Suisse en regard est amusant, une belle leçon et un objet de réflexion.
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Messagede Guigues VIII » 17 Nov 2005 21:14

Foulques a écrit:Il faut dire que les Suisses ont été historiquement parmi les meilleurs guerriers du monde. La France en sait quelque chose puisqu'elle a puisé dans ce pays des troupes d'élite pendant tout l'ancien régime, et au-delà dans la Légion Etrangère. Le courage, la discipline, le sang-froid et l'absolue fidélité étaient les belles qualités de ces guerriers.
Le paradoxe de la neutralité Suisse en regard est amusant, une belle leçon et un objet de réflexion.


Petite rectification: les Suisses étaient des mercenaires et ont été la meilleure infanterie du monde du milieu du XVe siècle à ... 1515.

Et oui ! Marignan, c'est beaucoup plus que Bayard qui arme le roi à la fin de la bataille : François Ier obtient des vaincus du jour, des Suisses à la solde du duc de Milan, l'arrêt de leur mercenariat auprès de toutes les cours européennes. La neutralité suisse a donc démarré ce jour.

A une seule exception, qui dure encore de nos jours : les Gardes Suisses du Vatican !
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Messagede Jehan » 15 Fév 2006 19:49

L'Armorial de Guillaume Revel donne, outre les armes (blasons) quand il a eu le temps de les peindre, les cris de guerre, la plupart sont seulement le nom du seigneur du fief :
- Henris de Fontenay crie Fontenay
- Pierre de Grassay crie Grassay
- Anthoine de Saint taubin (pour St Aubin !) crie saint Taubin
- Phelippes de Murat crie Murat

mais il y a parfois des variants :
- Gilbert Seguyn crie Saint George
- Jehan du Peschin crie Le Brun au Peschin
- Jehan de La Faye crie La faye de Menant
- Gilbert Brandon crie Nostre Dame à Brandon
- Chatard de Bramon crie Sainte Cristine
- Phelippes de Mons crie Sallevert
- Jehan de Loursse crie Le Betz (je le connais bien celui là, et sa famille : la seigneurie de l'Ours était possédée par la famille du Betz dont un, sous Charles VII fut un seigneur brigand - beau texte d'enquête aux archives du Puy de Dôme)
-Jean de Pssac crie Vielhe Vigne
- Huhues Lambert crie Pierregort (c'est le nom de son fief)
- Rolin Bertrand crie Paslière (c'est également le nom d'un de ses fiefs : Jehan dit Rolin Bertrand, chevalier, seigneur de Paslière et Chauvière, châtellenie d'Hérisson)
- Pierre de Cresanci crie Nostre dame à Lévrier
- Loys de Monmorillon crie Chasteau de Montaigne
- Jacques de La Gaede crie La Garde auxChevaulx
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