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Héloïse et Abélard

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Foulques » 14 Oct 2006 06:37

Je tâchais de trouver un lien pour répondre à Aliénor.
Mais je ne vois que la même version sur internet pour l'histoire d'Abélard et Héloïse. Comme sur Wiki :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ab%C3%A9lard

Régine Pernoud a consacré un livre à ce sujet. La connaissant il est certain qu'elle doit nous y offrir la relation à la fois la plus brillante et la plus historique de ce qui s'est réellement passé. Mais je ne l'ai pas lu.

Je ne connais que la courte relation qu'en fait Jacques Le Goff, un de nos plus grands médiévistes, dans "Les intellectuels du MA".
A l'en croire, il semblerait que la vision moderne ait été romancée ensuite. Abélard ne s'étant pas montré si blanc-blanc que ça…
Fulbert (l'oncle d'Héloïse donc) aurait parfaitement accepté le mariage de la jeune fille avec le prestigieux théologien et il aurait même assisté à la bénédiction nuptiale. Abélard aurait ensuite cherché "à se débarrasser" d'Héloïse en la dépêchant dans un couvent… D'où vengeance de Fulbert qui se croit joué alors qu'il voulait faire connaître ce mariage publiquement.

Bon, je ne sais plus trop quoi en penser, l'authenticité de la correspondance entre les deux "tourtereaux" étant au cœur de l'affaire. Le Goff s'appuie sur les travaux d'Etienne Gilson.

Quelqu'un a-t-il lu quelque chose de sérieux sur cette histoire ?

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Messagede Aliénor » 14 Oct 2006 17:54

Merci Foulques! Je m'endormirai moins bête.;)
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Messagede Foulques » 09 Déc 2006 00:25

Mais ma chère, bête tu ne l'es déjà pas au coucher alors que présager du réveil ? :wink:

J'ai vu un livre qui traitait de la question, dans l'optique de Le Goff et Gilson : "Héloïse & Abelard - L'amour souverain" par Annie Cazenave, Perrin, 2006.

"Des relations amoureuses du couple mythique, ce sont les problèmes psychologiques profonds, sans doute ignorés des intéressés eux-mêmes le plus souvent, qui ont mobilisé l’attention de l’auteur. À partir des rares sources émanant des deux amants, A. Cazenave part à la recherche des ressorts qui les ont conduits à dire et écrire les propos et réflexions tenus. Et même si, à l’occasion et au cours de l’ouvrage, les faits sont rappelés, ce n’est pas une histoire proprement dite de la vie des deux personnages qui fait le sujet du livre. Les événements sont en fait supposés connus du lecteur ; ils ne seront rapportés que dans le cadre de la thèse défendue. Les sources ici exploitées placent d’emblée le lecteur dans l’«après» : les époux sont à jamais séparés ; lui est revenu à ses chères études (et à son enseignement) et elle, devenue supérieure d’une communauté de moniales, est à jamais retirée du monde.

Dès les premières pages, Abélard est présenté comme un clerc vivant dans, par et pour une société d’hommes. Il convient donc de mettre en doute sa sincérité, alors que Héloïse, son épouse devenue religieuse par soumission, reste avant tout une grande et fidèle amoureuse. Si tout désir amoureux a quitté le premier, physiquement bien sûr par la force des choses, mais aussi sentimentalement, la seconde ne cessera jamais de brûler d’amour pour l’époux dont elle est à jamais séparée. Une réalité dont cet égoïste d’Abélard, imbu de sa supériorité, refuse, en toute bonne conscience sans doute et en tous cas volontairement, de tenir compte dans leurs échanges épistoliers et les écrits qu’il consacre à l’aventure. Disons, pour adopter une expression moderne, que l’homme, dans cette affaire, se conduit comme un vrai mufle, alors que la femme demeure éperdue d’admiration et de dévouement envers celui qu’elle persiste à aimer. La liaison, l’amour, pour lui, c’est du passé ; la blessure physique qui lui a été infligée, c’est un châtiment envoyé par Dieu pour le ramener dans le droit chemin qu’il n’aurait jamais dû quitter, et c’est très bien ainsi. Héloïse, pour sa part, ne vit que dans le présent ; et sa vie n’est plus que souffrance de la séparation. Or c’est le silence qui s’est installé entre eux, les questions affligées d’Héloïse restent désespérément sans réponse, le clerc adoptant désormais la seule posture de conseiller et de guide spirituel.

Annie Cazenave prend à bras le corps la délicate question de savoir si la correspondance – quelques lettres dont les originaux sont perdus – échangée par les deux héros, est authentique. Elle plaide vigoureusement pour l’affirmative, voyant dans les différences de tons qui s’y expriment un argument supplémentaire pour leur vraisemblance. Elle utilise aussi largement l’autobiographie rédigée par Abélard, dont le titre même, Historia calamitatum, lui semble bien rendre compte de l’état d’esprit de son auteur. Replaçant la vie des deux personnages dans leur milieu, celui que Jacques Le Goff a qualifié de «naissance des intellectuels», elle scrute (et dénonce) les ressorts qui font agir Abélard : théologien de haut bord, précurseur dans l’art du langage et de la dialectique, maître à succès, persuadé qu’il a reçu un «don» qu’il doit (et se complaît à) mettre en valeur, sa vraie place est parmi ses confrères. Dommage que les nombreuses citations dont le but est d’exposer les positions du théologien ne soient pas vraiment référencées.

L’ouvrage d’une femme déplorant le sort malheureux d’une autre femme ? Plutôt le résultat d’une exploitation nouvelle, par une historienne, de sources par ailleurs déjà connues. Au fil des pages défilent les grands noms du monde politique, ecclésiastique et intellectuel du XIIe siècle, auxquels la vie de Héloïse et Abélard a été mêlée : Suger, Bernard de Clairvaux, Anselme de Laon, Pierre Lombard, Pierre le Vénérable, etc. Et si un index des noms propres aurait été le bienvenu, on appréciera la bibliographie, raisonnée et choisie, qui termine l’ouvrage. Un livre dépourvu de toute note, ce qui ne nuit en rien à son érudition, et dont la lecture reste fluide et accessible à toute personne cultivée, spécialiste ou non de la période. Gageons que les psychologues feront leur miel des décryptages proposés par Annie Cazenave qui livre ici une appréciation originale de l’histoire des deux amants.

Jacqueline Martin-Bagnaudez
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