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Impôts, taxes ou redevances

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Foulques » 04 Juin 2008 07:31

J'ai vu une chose surprenante :

"D’où vient le terme de "main-morte" :
Lorsqu'un Seigneur ne pouvait rien récupérer dans l'habitation de son serf, on coupait la main droite du défunt et on la présentait au
Seigneur pour signifier que ce serf ne le servirait plus. (A t’on d’autres faits prouvant ce « barbarisme »)".

http://www.optique-prost-tournier.com/g ... morte.html

Est-ce vrai ?
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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Messagede Le serf » 04 Juin 2008 09:17

Voici ce qu'en disait Voltaire:

Vient de ce qu'autrefois, lorsqu'un de ces serfs décédait sans laisser d'effets mobiliers que son seigneur pût s'approprier, on apportait au seigneur la main droite du mort ; digne origine de cette dénomination. " Cette étymologie, qui provient peut-être de quelque légende, est fausse. Manus a déjà en droit romain et a conservé en vieux droit français le sens de puissance, domaine. Ici main veut dire le droit de transmettre et d'aliéner : gens de mainmorte, ceux qui, soit comme serfs, soit comme appartenant à des corps et communautés, ne peuvent transmettre et aliéner ; biens de mainmorte, biens qui ne peuvent être transmis ni aliénés, soit ceux des serfs qui appartiennent au seigneur, soit ceux des corps et communautés, qui sont immobilisés et inaliénables. Quant au sens de mort en ce mot, il est le même que dans le verbe amortir, et signifie éteint, sans force.



Sa définition me paraît excellente, et il n'y a rien à rajouter.
Vivat Rex in aeternum.
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Messagede Jehan » 02 Aoû 2008 13:47

En réponse à Foulques, et pour compléter la réponse voltérienne de "Le Serf :
D'après le "Dictionnaire de Fiefs et des Droits Seigneuriaux utiles et honorifiques", Paris, 1765, à l'article Main-morte : "Ce terme signifie deux choses,
1°. toutes sortes de corps & communautés qui étant perpétuelles par la subrogation des personnes dont elles sont composées, ne produisent aucune mutation par mort, ni par conséquent aucun droit seigneurial ; c'est pourquoi les gens de main-morte ne peuvent acquérir d'immeubles sans la permission expresse du prince, pour laquelle ils sont obligés de lui payer une certaine finance qu'on appelle droit d'amortissement, & le droit d'indemnité au seigneur de qui lesdits immeubles sont mouvans...
2°. Main-morte signifie des hommes sefs, c'est à dire de condition servile envers leur seigneur, qui seul a droit de leur succéder en tous biens. Ces hommes de main-morte sont encore appellés main-mortables, & dans le droit adscripti seu glebae addicti. Cette espèce de servitude étoit autrefois établie dans presque toutes les coutumes de France, mais aujourd'hui elle est peu connue. Voici ce qu'il convient d'observer à ce sujet :
- que les gens de main-morte ou serfs de naissance peuvent être poursuivis partout pour le paiement de la taille qu'ils doivent à leur seigneur, quand même ils voudroient abandonner les héritages serviles : ce qui fait qu'ils sont appellés gens de poursuite ; au lieu que ceux qui ne sont serfs qu'à cause de l'héritage servile qu'ils possèdent par l'acquisition qu'ils en ont faite, peuvent s'en affranchir en abandonnant ledit héritage ;
- que les gens de main-morte ne peuvent se marier avec des personnes de condition franche, ni avec les serfs d'un autre seigneur ;
- que les gens de main-morte ne peuvent vendre l'héritage servile qu'à des serfs du même seigneur. Voyez l'article 18 du titre des servitudes de la coutume de nivernois ;
- qu'ils n'ont pas la faculté de tester, parce qu'ils sont réputés comme morts : Vivunt enim ut liberi, moriuntur ut servi ;

La première définition de la main-morte concerne essentiellement les communautés religieuses, selon l'adage "L'Eglise ne meurt jamais." la seconde est relative aux serfs dits "d'orine." Cependant, selon les coutumes, la condition servile n'est pas aussi absolue que la définition donné par Me Renaudon, avocat au baillage d'Issoudin, auteur du dictionnaire cité. Dans la coutume de Bourbonnais, ma province d'origine, où le servage personnel et la servitude réelle, c'est à dire celle qui est liée à la condition servile de la terre donnée en exploitation, étaient répandues l'une et l'autre et s'est maintenue jusqu'à l'abolition du servage sous Louis XVI, les serfs de servitude personnelle conservent leurs héritages s'ils sont communs en biens. D'où l'importance des communautés paysannes dans cette province. Ils peuvent se marier avec une personne serve d'un autre seigneur s'il y sont autorisés, sans doute moyennat finance. D'où l'existence de la pratique du partage des serfs. Notion qu'il faut prendre au sens juridique, et d'ailleurs souvent réclamé par les serfs eux-mêmes quand les receveur des deux seigneurs tentent l'un et l'autre de demander le versement de la taille servile, et non au sens que les polémiques du XIX° ont essayé d'accréditer d'une véritable division des familles.
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