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Jeanne d'Arc, Jeanne Darc ou autre chose ?

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Seb » 02 Oct 2004 16:54

Bonjour,

Tout est dans le titre. :D

J'ai lu dans un livre que l'on ne connaissait pas le véritable nom de Jeanne d'Arc.

Qu'en est-il ? Quelles sont les pistes que les étymologistes suivent ?

Seb
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...

Messagede An1000.org » 04 Oct 2004 14:05

Bonjour,

Il semblerait que la seule chose dont les spécialiste soit sur, est son prénom; Jeanne.

Le "D'Arc" a été ajouté bien plus tard.
En général, un nom de ce type signifie que la personne vient d'un endroit nommé Arc. Or, il existe près de Domrémy, village "supposé" de naissance de Jeanne d'Arc un endroit nommé Arc en Barrois.

Ceci pourrait expliquer cela, mais...

A l'époque, on utiliser pratiquement jamais l'apostrophe. Donc, le nom de la pucelle d'Orléan aurait pu être à l'époque Jeanne Darc.
Dés lors, sans apostrophe, le Darc peut ne plus signifier du tout un lieu, mais un nom de famille tout simplement.

Une dernière chose... Comment à été transmis, au départ le nom de Jeanne ? Par écrit, par oral ?
Comment dissocier D'Arc à Darc en langage parlé ?
Tout comme comment cofirmer une écriture ou un "c" peut rapidement se transformer en "e" ou "o".

Bref, n'étant pas spécialiste, je laisse la parole si un d'entre eux passe par là. :wink:
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Messagede Seb » 05 Oct 2004 11:10

En cherchant sur le web, j'ai trouvé cette page :
http://perso.wanadoo.fr/musee.jeannedarc/nom.htm

Il semble donc en effet y avoir de grosse incertitude sur l'écriture correct et donc sur le véritable de nom de Jeanne la Pucelle.

Il y est d'ailleurs dit qu'à l'époque on la connaissait sous le nom de Jeanne et que le "d'Arc" était le patronyme de son père Jaques d'Arc.

Merci pour vos infos :wink:
Seb
 

Messagede Foulques » 01 Avr 2005 19:57

Je viens de lire sous la plume de Régine Pernoud dans "la femme au temps des cathédrales":

"... si son père se nomme Jacques Dart ou Tard dont nous avons fait Jacques d'Arc..." (page 344 de l'édition du livre de poche).

R. Pernoud a dirigé le centre Jeanne d'Arc à Orléans. Ses bouquins sont passionnants et remarquablement clairs pour une historienne authentique.


Sinon, d'une manière générale, il faut avoir en mémoire que l'orthographe des patronymes n'avait aucune importance dans les temps anciens.

Même au XIXe siècle, il est courant de trouver le même patronyme orthographié différemment de plusieurs façons sous la plume de l'officier d'état-civil. A croire qu'il avait déjà fêté le mariage !
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Messagede Jehan » 17 Jan 2006 18:13

Ce qui est sûr, c'est qu'on emploie pas l'apostrophe. La mode des particules me semble plus récente que le Moyen Age. La particule pourrait venir de la possession d'une terre en seigneurie. Du moins c'est que qui me paraît logique. En tout cas, aux XIV et XV siècles, que je connais un peu moins mal, une bonne partie des nobles de ma province natale, le Bourbonnais, n'en porte pas ; ex : Brandon, Chastellet, etc. Ceux qui portent une particule ont des noms de lieux dits : de Murat, de Chasteaubodeau, de Ronnet, etc...

Pour "LA" Jeanne, si d'Arc il y a eu, on acrivait DARC.
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Messagede Smaragde » 17 Jan 2006 21:33

Je vous fais un copier/coller d'une discussion qui a eu lieu en son temps sur le forum des Guerriers du Moyen Age, il y a pas mal d'histoires intéressantes sur la donzelle:

alors en ce qui concerne la mort de jeanne d'arc .

elle devai bien etre bruler par les anglais mais jeanne (comme toute personne je pense face a la mort) a negocier son evasion discrete en couchant avec son jolier. Seulement , ca ferai tache dans l'histoire de france de dire que jeanne d'arc c'est servi de son cul afin de sauver sa vie donc , c'est comprhensible qu'on est dit qu'elle est morte bruler par les anglais. Elle s'est donc evader de sa prison pour finir ses jours dans un chateaux de lorraine (qui existe toujours) . Ses descendant on des traces qu'elle est bien morte chez elle , dans son lit tranquilement en vielle dame. Hélas je ne me souviend plus du nom du chateaux (il faut que je redemande a mon papy qui connais l'histoire et qui a lu le livre que ses descendant ont ecrit. Soit dit au passage , le livre a ete interdit peu de temps apres sa difusion et est donc tres tres rare).

voila voila ...

Apres , chacun est libre de penser ce qu'il veut , mais pour moi , c'est une des version les plus logique. Car comment une femme aurait'elle pue commander l'armée francaise a une epoque ou une femme general etait inconcevable. c'est qu'elle avai des arguments de poids si vous voyez ce que je veut dire .


Jeanne d'Arc,
princesse de sang royal?
L'exemple-type d'une fausse démystification
par Paul-Eric Blanrue

Nous sommes dans le premier tiers du XVème siècle, en pleine Guerre de Cent Ans. Sous le règne de Charles VI, surnommé le "roi fou", la France vit des heures tragiques. Il y a d'un côté les partisans du duc Louis d'Orléans, les Armagnacs, défenseurs des droits de la dynastie capétienne et de l'autre, ceux de Jean Sans Peur, les Bourguignons, qui soutiennent les intérêts du duché de Bourgogne. L'Angleterre a profité de la guerre civile pour prendre pied dans le royaume des Lys. En 1415, Azincourt a été pour la France une défaite catastrophique qui a décapité la noblesse et provoqué l'installation dans le nord des troupes d'Henri V, lequel ne songe qu'à reconquérir les territoires perdus depuis 1360. Les Bourguignons, qui se sont peu à peu liés aux Anglais, se sentent pousser des ailes.

Dans leur lutte acharnée, les deux factions rivalisent d'atrocités. Le duc d'Orléans est assassiné en 1407 et le commanditaire de son meurtre, Jean Sans Peur, qui s'apprêtait à ceindre la couronne royale, l'est à son tour, lors d'une entrevue avec le Dauphin, en 1419.

Par peur ou par ambition, après avoir favorisé le parti armagnac, la reine Isabeau de Bavière, mise à la tête du conseil de régence, se rallie aux Bourguignons et, en 1420, concède aux Anglais le fameux "traité de Troyes". Dans cet acte, elle laisse planer le doute sur la paternité du Dauphin qu'elle déshérite au profit d'Henri V, à qui elle donne sa fille Catherine de Valois en mariage et qu'elle fait reconnaître comme "héritier de France".

Apparition miraculeuse d'une héroïne

Mais la fusion des deux royaumes ne se réalise pas. La mort, à quelques semaines d'intervalle, d'Henri V puis de Charles VI, laisse face à face deux "prétendants" d'un genre un peu particulier : "Henri VI", un bébé de la dynastie des Lancastre qui ne marche pas encore mais qui est reconnu par la moitié nord du royaume, sous occupation anglaise, dont la prestigieuse Université de Paris, les grands seigneurs et les prélats ; le Dauphin Charles, théoriquement "Charles VII", reconnu avec peine dans la partie méridionale du pays -un garçon indolent sinon apathique, peu sûr de sa légitimité depuis les sous-entendus du traité de Troyes.

A peser les forces en présence, les Anglais semblent promis à un glorieux avenir dans les délais les plus brefs. Le duc de Bedford, tuteur d'Henri VI, devient régent du royaume. Ses armées paraissent sur le point d'écraser les rares poches de résistance qui subsistent au nord de la Loire, comme la ville d'Orléans.

Mais le mois de février 1429 va marquer un tournant décisif dans le déroulement du conflit. Le 25, à Chinon, le roi Charles, entouré de 300 courtisans parés de somptueux atours, accorde, dans une salle illuminée de 50 torches, une entrevue à une jeune fille des marches de Lorraine qui se dit inspirée par Dieu.

Elle prétend mener les armées à la victoire. Est-elle folle ? Le Dauphin ne le pense pas.La petite paysanne parvient à gagner sa confiance. Elle obtient assez vite des troupes avec lesquelles elle part sur-le-champ "bouter les Anglais hors de France"... Le plus surprenant, c'est que son apparition coïncidera avec la reconquête progressive des territoires envahis.

L'histoire a enregistré cette adolescente sous le nom de "Jeanne d'Arc". Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Comment expliquer cet incroyable retournement de situation ? En face de "l'histoire officielle" s'est dressée une thèse, sur laquelle les dictionnaires, les encyclopédies, l'enseignement et les médias seraient réputés "faire silence"...

"Bâtardisants" et "Survivistes"



Cette histoire silencieuse recouvre deux courants. Le premier en date fut essentiellement animé par Jean Jacoby (qui en fut le promoteur), Edouard Schneider et Jean Bosler. Pour eux, Jeanne n'était pas la fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée; par sa naissance, elle appartenait à la Maison d'Orléans, ce qui expliquerait son statut, sa connaissance de la Cour et du monde des armes (ce sont les "bâtardisants"). Le second, lancé par Jean Grimod, reprend l'argumentation précédente et lui donne un prolongement insolite. Partant du fait que, princesse royale, Jeanne n'aurait pu être brûlée à Rouen, cet auteur assure qu'on la fît évader et précise qu'on retrouve sa trace quelques années plus tard, mariée à un chevalier lorrain, sous le nom de Jeanne des Armoises.Cette thèse, fusionniste, bénéficie depuis les années 50 d'une certaines popularité parmi des "historiens" qui se baptisent "dissidents", tels que Jean de St Jean, André Guérin, Gérard Pesme, David-Darnac, Pierre de Sermoise, Florence Maquet, Robert Ambelain, Etienne Weil-Reynal ou encore André Brisset ; Yann Grandeau, dans son magnifique ouvrage Jeanne insultée, leur préfère le surnom de "survivistes".

Sur quoi les uns et les autres fondent-ils leur démonstration ? Sur une série de faits apparemment troublants, qui, à les en croire, forment un "faisceau de présomptions" difficilement contestable. En voici les plus marquants, répartis en 11 points.

Un état civil bien suspect...

1. Tout d'abord, de son vivant, Jeanne n'a jamais porté le nom "d'Arc". "Personne, de son temps, ne l'a nommée : Jeanne d'Arc ; nom pastiche, fabrication tardive...", écrit Henri Guillemin.

"Lors de son procès de Rouen, précise A. Brisset, on lui demande intentionnellement son nom et son surnom. Elle ne donne ni l'un ni l'autre. Elle déclare s'appeler Jehanne en France et Jehannette à Domrémy : ce sont là des prénoms (...). Toutes lettres de Jehanne, sans exception, commencent ainsi "Moi, Jehanne la Pucelle". Il faut noter une même absence au procés de réhabilitation en 1456. N'est-ce pas curieux ? Pour quelles obscures raisons Jeanne elle-même, son entourage et ses juges chercheraient-ils à taire le véritable nom de la Pucelle ?

2. Autre extravagance alléguée : la date de naissance de Jeanne. Incertaine, elle aussi, brouillée comme à dessein.

"Jeanne, elle même, est très réservée sur cette question, assure J. Jacoby; à son procés elle déclare qu'elle a 19 ans ou environ, à ce qu'elle croit (ce qui la ferait naître en 1412, comme la thèse "classique" le soutient). Voici une réponse bien vague (...). Or, poursuit le "dissident", il n'existe aucun document concernant la naissance de Jeanne...". Il faut donc, pour davantage de précision, s'en remettre aux témoignages qui ont été recueillis lors des procés de 1431 et 1456. Et si l'on se réfère à celui d'Hauviette de Sionne, qui a 45 ans en 1456, que lit-on ? "Bien souvent, j'ai été avec Jehanne chez son père (...). Jehanne était plus âgée que moi de trois ou quatre ans.".

Comme Hauviette est née en 1411, cela fait naître Jehanne "en 1407-1408" et non en 1412! Un autre témoignage, extérieur aux procés, viendrait confirmer cette datation : celui de Béroalde de Verville. Ainsi pour G. Pesme "on ne peut discuter ni mettre en doute le témoignage de la dame Béroalde de Verville qui raconte qu'elle entendit, à Chinon, en mars 1428, lors de sa réception, Jehanne répondre au roi (qui le lui demandait) que "son âge se comptait par trois fois sept", "soit, calcule Pierre de Sermoise, " vingt et un an au début de l'année 1429". Cela nous ramène une nouvelle fois aux alentours de l'année 1407, ce qui serait donc l'année réelle de la naissance de Jehanne. "L'histoire officielle" l'aurait rajeuni ? Pourquoi? Y-aurait-il anguille sous roche ?

#

# Une lettre contemporaine des événements est censée nous aider à percer le "mystère" : celle de Perceval de Boulainvilliers, chambellan de Charles VII, qui fut adressée le 21 juin 1429 à Philippe-Marie Visconti, duc de Milan et frère de la veuve du duc d'Orléans. A. Brisset en a résumé le contenu : "Dans la nuit, une petite troupe de cavaliers venant de Paris et accompagnant une haquenée sur laquelle était une femme portant un bébé chaudement enveloppé dans des couvertures s'arrêta devant la porte de Jacques d'Arc (...). Ils frappèrent à la porte à coups redoublés, réveillant les foules. Le tintamarre réveilla aussi les gens de Domrémy très étonnés par ce remue-ménage. "A. Brisset cite alors Perceval "mot à mot" : "ignorant la naissance de la Pucelle, ils allaient çà et là, s'informant de ce qui était arrivé".

Notre enquêteur ajoute qu'on s'aperçoit, après une lecture attentive, que "la fin de la lettre n'a aucun rapport avec le début". Quel serait en effet le lien entre l'arrivée des cavaliers et la naissance de la Pucelle? Ce lien lui paraît évident si l'on remplace "naissance" par "venue". Il faut donc comprendre que les habitants de Domrémy "ignorant la venue de la Pucelle allaient çà et là, s'informant de ce qui était arrivé". P. de Sermoise y voit l'oeuvre de "porteurs de flambeaux". Comme ceux-ci seraient réservés à l'escorte des personnalités royales, il ne reste qu'à plus conclure que Jeanne d'Arc n'est pas née à Domrémy, qu'elle y a été amenée, dans le plus grand secret, lors d'une froide nuit d'hiver, par une escorte officielle, en "1407-1408".

Les amours coupables d'Isabeau et de Louis
# Que s'est-il donc passé au cours de cette année 1407 pour que "l'histoire officielle" évite scrupuleusement d'y faire allusion ? Un événement serait-il survenu cette année-là serait-il susceptible de concorder avec les faits relatés par Perceval de Boulainvilliers que tout le monde chercherait à camoufler ?

Il se trouve, pour son malheur, qu'Isabeau de Bavière, l'infortunée épouse du "roi fou", était réputée pour la légèreté de ses moeurs. Les libelles la surnommaient "Vénus", ce qui est tout un programme. On lui prêtaient de nombreux amants, dont le trés galant Louis d'Orléans, qui de son côté était connu pour être ce qu'il est convenu d'appeler "un chaud lapin". Il aurait un jour pris de force, derrière une tapisserie, la femme de Jean de Nevers, la comtesse Marguerite, ce qui en dit long sur son tempérament. De Mariette d'Enghiens, il avait d'ailleurs eu un bâtard que l'on se plaisait à surnommer "le beau Dunois".

Rien de très original, en fait, à ceci près que selon l'école "bâtardisante" des amours adultérines de la reine de France et du duc d'Orléans serait né un enfant, à l'Hôtel Barbette, dans la nuit du 10 novembre 1407.

Selon la Chronique des religieux de St Denis, ce nouveau-né se prénommerait Philippe et aurait succombé quelques heures après sa venue au monde. Il aurait été enterré dans la basilique royale. Mais faut-il la croire?

Dans son Histoire de France en 30 volumes, l'abbé Claude Villaret mentionne également cette naissance illégitime, mais dans la seconde édition, précise P. de Sermoise, "subitement, sans nous en donner la raison, l'abbé Villaret (...) change Philippe en Jehanne". Cette correction sera maintenue dans les éditions suivantes, "montrant qu'il est absolument sûr de ce qu'il a fait imprimer". Pourquoi ce changement subit ? Quels documents secrets l'abbé a-t-il compulsé pour avoir une telle assurance ? Nul ne le sait. Mais ce "rectificatif n'est-il pas d'une portée étrangement suggestive pour nous? ". Ne serait-on pas en droit d'identifier le bébé né le 10 novembre 1407 des couches royales avec celui apporté à Domrémy par une intrigante escorte? Isabeau ne devait-elle pas agir face à cette naissance "inavouable", ce "vivant souvenir de la faute commise" qui "provoquait un scandale" à la cour -d'autant plus que l'Orléans se fit assassiner seulement deux semaines après son accouchement? Une solution s'offrait à elle : déclarer l'enfant sous un autre sexe, enregistrer faussement sa mort et l'emmener discrètement en lieu sûr, loin des regards et des malveillances. A Domrémy, dans la famille d'Arc, par exemple.

"Ces circonstances à elles seules expliquent la falsification de l'état civil", conclut Jean de St Jean.



4.
Et voilà que tout s'éclaire!

5. Cette subtile substitution serait d'ailleurs confirmée par un certain nombre d'étrangetés, émergeant de la vie de Jeanne, et qui prendraient toute leur saveur à la lumière de cette thèse. Comment se fait-il, par exemple, que celle qu'on nous présente comme une petite paysanne de Lorraine réponde à ses juges dans un français limpide, alors que sa langue prétendument natale, "seule parlée dans son pays", est "un dialecte proche du Champenois" ? Comment sait-elle monter à cheval, cette "bergère" qui "franchit sans difficulté les 600 kms qui séparent Vaucouleurs de Chinon"?

Par qui connaît-elle l'art de la guerre, cette "pucelle" qui fut, nous dit-on, si brillant capitaine? Il a bien fallu qu'on lui enseigne toutes ces choses! Pour être un "parfait cavalier" n'est-il pas reconnu "qu'un entraînement de huit années est nécessaire"?. Quelqu'un a donc dû donner des "leçons particulières" à la future héroïne. C'est incompréhensible si nous avons affaire à une vulgaire manante.

Ce sont sans doute ses étranges précepteurs qui l'informeront sur ses origines dans lesquelles "sa nature généreuse et passionnée ne pouvait manquer de voir (...) l'indication d'un grand devoir à accomplir".

Peut-être même sont-ce là ses énigmatiques "voix" ?

Le secret trahi

6. Jeanne elle-même trahira son secret. Un jour de 1429, alors qu'elle se trouve en compagnie de Charles VII, le duc d'Alençon vient à pénétrer dans la pièce. En 1456, il se souviendra avec précision des paroles que la Pucelle eut à cette occasion. Transportée par la joie, la Pucelle lui aurait déclaré la bienvenue en ces termes : "Plus on sera ensemble du sang du roi de France, mieux cela sera", ce qui signifie "sans contestation possible", note A. Brisset, qu'elle l'est, elle aussi, de "sang royal".
7. L'étude des armoiries de Jeanne confirmerait le fait. Le roi, en effet, confère à sa protégée un blason. "Quel est ce blason ? " demande Jacoby. Citant les pièces du procés il précise : "d'azur à deux fleurs de lys d'or et une épée d'argent, à la garde dorée, la pointe en haut, férue en une couronne d'or".

Il poursuit : "on sait quelle était, à cette époque, l'importance de l'art héraldique" et on sait aussi que les bâtards possédaient les "privilèges de la noblesse jusqu'à celui de porter les armes de leur Maison, mais ceci avec une certaine différence qu'on appelait une brisure. Cette brisure prenait ordinairement la forme d'une barre, qu'on posait sur le blason, mais parfois elle consistait en une modification de l'une des armoiries (...)".

Les armoiries de Jeanne, dans lesquelles la troisième fleur de lys est remplacée par une épée n'étaient donc simplement que celles de France, avec une brisure. G. Pesme peut s'exclamer : "réclamer le blason de la Maison de France mais cela ne serait jamais venu à l'idée d'une paysanne ! ".

Charles VII était complice

8. Dés lors, l'objet de la rencontre entre Jeanne et le roi est évident. Lisons P. de Sermoise : "Le point essentiel est la confiance. Charles l'avait perdue ; Jeanne la lui redonne; En moins de deux heures elle a retourné la situation, transmuté la légitimité discutable en une vérité imprescrïptible" de par Dieu" (...) : il était bien le fils de Charles VI", c'est sa propre soeur qui le lui affirmait, mise au courant par les précepteurs que lui avait détaché sa mère.
9. Les "bâtardisants" évoquent alors avec délectation le mystère (encore un!) de la disparition du "Livre de Poitiers". Ce livre, qui était un condensé des conclusions de la commission franciscaine qui examina Jeanne sur ordre du roi, a disparu depuis le XVe siècle sans qu'on sache où il a atterri. Or Edouard Schneider, ami de Pie XI et citoyen d'honneur du Vatican, l'aurait vu de ses propres yeux "enfoui dans les fonds secret de la bibliothèque du Vatican". Cet ouvrage, caché au fond d'archives inaccessibles, ne contiendrait-il pas la "preuve formelle de la filiation réelle de Jehanne"? Sinon, pourquoi l'aurait-on soustrait aux yeux du public?
10. Il serait évidemment inconcevable que le roi ait pu laissé brûler sa demi-soeur sans réagir. Le procés de Rouen fut donc tronqué et Mgr "Cauchon était de connivence pour monter cette énorme mystification". Jeanne sera déclarée hérétique, puis relapse au cours d'une parodie de procés. Les prisons médiévales regorgeaient de sorcières condamnées à mort. La bâtarde royale s'échappa vraisemblablement par un "souterrain du château", tandis qu'on amenait au-devant de la populace une autre suppliciée, qui, selon Perceval de Cagny dont P. de Sermoise cite la Chronique, "fut amenée du chastel le visage embronché au lieu-dit où le feu était prêt". Embroncher qui "signifie très exactement : couvrir, voiler, pencher en avant avec l'idée d'assombrir ou de cacher -Conclusion : "un chaperon rabattu embronchait un visage et le dissimulait " pour que personne ne se rende compte de la comédie d'exécution à laquelle les autorités se livraient.

Jeanne des Armoises et Jeanne d'Arc ne sont qu'une

11. Nous voici donc en plein "survivisme", avec une Pucelle dans la nature. Pendant quelques années on perd sa trace. Elle n'est pas bien loin. Le 20 mai 1436, comme le rapporte la Chronique du Doyen de St Thiébault de Metz, la voilà qui réapparaît à la Grange-aux-Ormes. "La reconnurent ses deux frères Pierre et Jean" : c'est donc une information solide.

Puis la Pucelle se rend au Luxembourg, où elle fait la rencontre du chevalier Robert des Armoises, qu'elle épouse le 2 septembre à Arlon. Elle s'appelle désormais Jeanne des Armoises. Un mois plus tard, elle court à Tiffauges porter secours à son ancien compagnon d'armes, Gilles de Rais, qui combat les "écorcheuses". Après quelques autres campagnes, elle retourne en juillet 1439 sur les lieux de sa première victoire : Orléans. "Les notables de la ville et de nombreux gens du peuple qui l'avaient approché en 1429", auxquels selon certains il faut ajouter sa propre mère et Charles VII, la reconnurent "tous et sans exception". A. Brisset relève d'ailleurs que sur les comptes d'Orléans "figure un don de deux millions" pour le bien qu'elle a fait à la ville durant le siège.

"Puis elle rejoint son époux dans le château de Jaulny (...). Elle cesse de faire la guerre et demeure en son château où elle meurt en 1449 ou 1450."

La somme de tant d'arguments convergents laisserait groggy le plus sceptique des rationalistes. On le serait à moins : tout semble se tenir. Tous les faits s'éclairent et semblent, pour une fois, s'enchaîner logiquement. Mais pourtant, de ce bel édifice, de ces déductions si fines... rien ne subsistera, aprèsconfrontation avec les faits.

L'absence de nom?

Il est parfaitement exact que Jeanne n'ait pas porté le nom "d'Arc" de son vivant. Mais c'est pour une raison fort simple. A son époque, la coutume veut que l'on accole à son prénom le nom du lieu de résidence ou d'origine (Jehannette de Domrémy, par exemple), ou encore un surnom qui évoque une activité particulière (la mère de Jeanne s'appelait Romée, en raison d'un pèlerinage qu'elle avait effectué en la ville de Rome).


De plus, dans le royaume de France, il faudra attendre le XVIIe siècle pour que les femmes portent le nom de leur mari et les filles celui de leur père. En ce XVe siècle, rien de définitif n'a encore été décidé par les autorités et chaque village a ses coutumes. Il est ahurissant que les "bâtardisants", raisonnant comme si le procés se déroulait à l'époque moderne, feignent de l'ignorer pour en tirer des conclusions tendancieuses. A moins qu'ils l'ignorent vraiment, ce qui ne constitue pas une circonstance atténuante.

Contrairement à ce qu'ils disent, Jeanne ne cherche pas un seul instant à cacher ses origines. Le 21 février 1431, elle confie au juge, sous serment et sans le moindre embarras, qu'elle est née au village de Domrémy, ajoutant que son père "s'appelle Jacques d'Arc et (sa) mère Isabelle." Inutile de se torturer l'esprit sur ce point.

Jeanne d'Arc ne s'est pas rajeunie!

Sur cette question, les "bâtardisants", qui n'ont pas saisi précédemment que les progrès de l'état civil ont suivi les luttes entreprises par le roi de France contre les particularismes locaux, font à nouveau les frais de leur ignorance de l'arrière-plan historique. Si Jeanne ne donne pas son âge avec la précision d'une administrée modèle, il n'y faut point chercher malice : c'est tout simplement qu'elle l'ignore avec exactitude, comme toutes les personnes de son temps. Quiconque a eu un jour accès aux archives médiévales sait combien les âges et les précisions de cet ordre demeurent incertains pour cette période, où les registres de baptêmes ou d'état civil ne sont tenus qu'exceptionnellement. Nos détectives se sont certainement passés d'une telle visite, qu'ils ont dû juger inopportune pour des gens de leur valeur!

Ce qui aurait tout de même dû leur mettre la puce à l'oreille, c'est que la plupart des témoins des procès prononcent cet "environ" ou cet "à peu près" qui fait naître leur soupçon. Ils auraient pu se demander pourquoi. Mais ils préfèrent affirmer ex cathedra. Affirmer par exemple qu'Hauviette de Sionne a 45 ans en 1456. Comment peuvent-ils en être si sûrs?

Est-ce d'ailleurs par pur hasard que le témoignage de cette Hauviette est si souvent invoqué? Sans doute pas, car les 115 autres dépositions et notamment celles des parrains et marraines de l'accusée (celles et ceux qui l'ont donc portée sur les fonds baptismaux) confirment unanimement l'âge donné par "l'histoire officielle".

Il y aurait encore la "dame Béroalde de Verville"? A son propos, Yann Grandeau remarque avec amusement que "si cette dame, qui d'ailleurs était un homme (la bévue est plaisante) assista à l'entrevue de Charles VII et de Jeanne d'Arc (...) ce dut être dans une vie antérieure ; François Béroalde ou Berval (...) ; naquit en 1558."

En se reportant au texte, on s'aperçoit en outre que dans l'esprit du chanoine l'âge de Jeanne "se compte par sept" et non comme indiqué plus haut par "trois fois sept"... Tout à l'avenant.

Quelle "escorte royale"?

L'escorte et le bébé, voilà au moins du sérieux !

Eh bien non... Faisons bénéficier les "bâtardisants" de la traduction littérale du passage dont ils se font forts de nous restituer la "substantifique moelle" (sans jamais le citer en entier) : "Dans cette nuit de l'Epiphanie du seigneur, lorsque les peuples ont coutume de se souvenir plus joyeusement des actes du Christ, elle (Jeanne) entra dans cette lumière des mortels et, chose admirable, tous les habitants du lieu sont pénétrés d'une grande joie, et, ignorant la naissance de l'enfant, vont çà et là demandant ce qu'il est arrivé de nouveau. Tous les coeurs partagent cette allégresse. Que dire de plus ? Les coqs comme des hérauts de la nouvelle allégresse font entendre, au lieu de leur chant habituel, des chants inaccoutumés et, battant des ailes pendant deux heures, semblent annoncer un événement nouveau."

Que dire de plus, en effet ? Où sont passés la haquenée, ses couvertures l'escorte, les flambeaux et le précieux bébé ? Disparus, évaporés! Désinvolture ou escroquerie?

Le statut des bâtards n'était pas celui qu'on croit

Il est toujours cocasse de lire les affirmations péremptoires de quelques historiens, ou se prétendant tels, relatives à la vie privée des célébrités du passé. Est-il utile de limiter leurs propos en insistant sur le fait qu'ils ne reposent bien souvent que sur les ragots d'une époque ?

Il en va ainsi des relations étroites qui auraient unis Isabeau de Bavière et le duc d'Orléans. On les sait tout deux assez torturés par leur "démon intérieur" ; on relève la fréquence des visites de l'Orléans au domicile de la reine -c'est suffisant pour les coucher dans le même lit. Remarquons tout de même que les documents sont inexistants et que les chroniqueurs les plus sérieux n'ont pas pour habitude d'écrire sous la couche de leur maître. Que le douzième et dernier enfant d'Isabeau lui ait été fait par le roi, par un amant inconnu ou supposé, nul n'en saura jamais rien et il faut s'y résoudre.

Passons. Car le fait d'être bâtard, en ces temps révolus, quoiqu'on en pense aujourd'hui, n'était pas perçu comme une infamie, comme en témoigne d'ailleurs la vie du bâtard d'Orléans, le "beau Dunois". Les chroniques royales sont remplies de bâtards royaux, sans qu'aucune censure ne sévisse ; rois et reines les promènent sans complexe et ils ont leur place à la cour ; la société n'est pas choquée, pas plus que l'Eglise, qui entre deux sermons moralisateurs, n'hésite pas à en canoniser certains.

De quoi voudrait donc se cacher la reine? Et de qui surtout ? Comme le prouve la Chronique incriminée, l'accouchement n'a pas été clandestin. D'autres auteurs en font mention, comme le héraut Berry ou Jean Raoulet, sans être le moins du monde inquiétés. La réalité de l'adultère n'était pas anéanti par la substitution imaginée, la grossesse la dévoilait assez. Et si adultère il y avait on ne voit pas ce qu'un changement de sexe ou de prénom y changeait.

Cette légende de la bâtarde ne provient que de l'Histoire de France en 30 volumes.. Un peu comme la "dame de Béroalde", c'est en effet une source autorisée... du XVIIIe siècle. Soit de trois siècle postérieures aux événements.

Le "perspicace" Villaret, comme l'écrit Jacoby, n'est d'ailleurs pas responsable de la modification puisqu'il est mort en 1766 et que le changement intervient dans l'édition de 1770. L'apparition d'une énigmatique "Jehanne" n'est due qu'à une regrettable erreur du typographe. On ne comprendrait pas, sinon, la raison pour laquelle les éditeurs auraient laissé subsister, comme c'est le cas dans la première édition de 1764, la précision que les douze enfants de la reine sont "en nombre égal des deux sexes", soit 6 mâles et 6 femelles, alors que l'apparition motivée d'une nouvelle fille aurait dû leur faire remarquer que la répartition des sexes avait changé (respectivement 5 et 7). Dans l'édition de 1770, on peut d'ailleurs signaler d'autres erreurs, telle cette "Jeanne, duchesse de Bretagne", qui a été confondue avec une duchesse d'Orléans.

La relecture de cet ouvrage fut hâtive, sa publication défectueuse : autant de raisons pour que les "bâtardisants" le propulsent "source" et en déduisent un chapelet d'élucubrations. Or le héraut Berry et Jean Raoulet, qui écrivaient, eux, au XVe siècle, confirment l'accouchement d'un fils prénommé Philippe, mort le jour même.

Le "stratagène"

Jeanne était loin d'être un "parfait cavalier", contrairement à ce que supposent les bâtardisants. La route lui fut pénible et fatigante et sa chevauchée nécessita de nombreuses étapes. Un médecin délégué par Cauchon fit état de ses parties inférieures abîmées par l'équitation et le manque d'entraînement.

Néanmoins, il est fort probable qu'elle n'attendit pas sa rencontre avec le sieur de Baudricourt pour s'exercer à l'équitation. Ses parents avaient un "gagnage", autrement dit une ferme dans laquelle étaient employés pour l'exploitation un certain nombre de chevaux (à la différence du simple "conduit", qui n'en comptait pas). Elle a dû les monter plus d'une fois. C'est méconnaître profondément les usages de la campagne que d'y voir un prodige.

Rien de merveilleux non plus dans la langue parlée par Jeanne. La langue dite "française" (= originaire d'Ile-de-France) ne fut sans nul doute imposée qu'avec beaucoup de difficultés; au XVe siècle la multiplicité des idiomes rendait encore délicat le dialogue entre des provinces éloignées. Mais à cette même époque, le dialecte champeno-lorrain, que l'on employait entre autres dans le coin de Domrémy, était un des plus proches de celui parlé en Ile-de France. Il avantageait donc notre héroïne plutôt qu'il ne l'handicapait et elle n'eut aucun mal à s'exprimer devant le roi comme devant ses soldats ou ses juges.

Quant à la pratique guerrière, je vois mal ce qui aurait prédisposé une princesse de sang royal à devenir un capitaine victorieux... L'atavisme ? Le "stratagène" est encore inconnu !

Quand la fausse érudition se met au service d'une mystification

Jeanne était-elle "de sang royal"?

La citation de G. Pesme, par lui traduite du latin, est tronquée. Jeanne n'a jamais prononcé les paroles qu'il lui prête. Correctement transposée en français, l'expression exacte est : "Tant plus seront ensemble du sang royal de France, mieux ce sera ". Le sens en est différent, du tout au tout. Au cours de sa rencontre avec le duc d'Alençon, Jehanne déclare seulement sa satisfaction de voir réunis avant la bataille le roi de France et son cousin. Elle ne prétend pas faire partie de la famille. La version latine ne profite pas aux "bâtardisants"!

Jacoby et consorts n'ont rien compris non plus aux règles de l'héraldique qui, comme celles du latin, sont contraignantes :

1. La "brisure" revendiquée n'est pas un signe de bâtardise, mais le moyen de distinguer la branche aînée de la branche cadette, ce qui est sensiblement différent.
2. La bâtardise ne s'effectue jamais par une pièce principale telle qu'une épée, mais par une barre ou un bâton péri placé en barre.
3. La fleur de lys n'est pas l'exclusivité de la famille royale. En remerciements pour services rendus, le roi autorisait souvent l'incrustation de ces "meubles de concession" dans le blason de ses preux chevaliers. Tel fut, par exemple, le cas de Gilles de Rais.
4. Si le blason de Jeanne évoque sa bâtardise, pourquoi ses frères l'ont-ils également arboré ? Se livrait-on à un trafic d'enfants entre l'Hôtel Barbette et Domrémy?
5. Les héraldistes sont d'accord sur la signification à accorder à cet écu : "l'épée posée en pal couronnée rappelle le relèvement de la fortune de la couronne de France (que J eanne) obtint l'épée à la main", écrit avec élégance Moreau de la Meuse.

Nul n'est besoin d'entretenir des sous-entendus biscornus. Tout est clair : le blason de Jeanne évoque le rôle de la jeune fille (l'épée) dans la "reconquête" du royaume (les lys) et non pas son appartenance à la famille d'Orléans.

L'argument du "secret de famille" n'est guère plus probant. Imaginons un instant la scène que décrivent les "bâtardisants", Jeanne divulguant à Charles VII, dans l'embrasure d'une fenêtre, qu'elle est sa demi-soeur... A qui peut-on faire croire que cette soudaine révélation ait brusquement plongé le roi dans une indicible joie et lui ait rendu la confiance en lui qu'il avait perdue ? Lui qui doutait de l'identité de son père, cela l'aurait au contraire achevé! Sauf à considérer qu'une femme soit limitée par la nature à n'accoucher que d'un seul enfant adultérin, ce qui, les "bâtardisants" en conviendront, est encore loin d'être un fait établi... Exit, cet argument fallacieux.

Quant au "Livre de Poitiers" caché au fond Vatican, il ne vaut guère mieux. Il est dommage que les lettres d'Edouard Schneider, qui sont censées contenir cette révélation, ne fassent pas une seule fois référence à ce rapport, comme il l'a été démontré le 21 mai 1964 lors d'une confrontation publique à Orléans entre G. Pesme et quelques historiens sceptiques.

Les probabilités d'une évasion

Cauchon était-il de mèche ? Jeanne aurait alors été au coeur d'une vaste conspiration, dont tous les témoins, et en particulier les habitants de Domrémy, auraient nécessairement complices, avec une conscience professionnelle dans le parjure qui étonne en ces temps d'Inquisition féroce et qui doit s'expliquer... par le microclimat de la région!

Seulement, si tout le monde fut tenu dans la confidence du secret, peut-on encore objectivement considérer que c'en fût un? Et, si ne n'en fut pas un, le silence des archives ne lasse pas d'étonner. Quant aux fouilles effectuées à l'emplacement de l'ancien château de Bouvreuil, elles n'ont guère mis à jour de fantasmagorique souterrain.

Alors, pourquoi avoir masqué le visage de la victime? C'est trés simple : le visage de Jeanne n'a pas été masqué ! Perceval de Cagny, qui soit dit en passant n'assistait pas à la scène, de son propre aveu, fait effectivement référence à un visage "embronché", mais ce mot est traduit de façon erronée. Comme l'indiquent les manuels de linguistique, "embronché", qui peut signifier certes "caché", veut d'abord dire : "mis de travers". Or, une macabre coutume voulait justement que les hérétiques soient conduits au bûcher en portant une mitre que leur bourreau, avec un raffinement sadique se plaisait à placer "de travers". Ce qui fut précisément le cas pour Jeanne.

Il n'y a pas à se demander ce qui est le plus voilé, du visage de la condamnée ou de la bonne foi de ceux qui tordent les textes à leur convenance.

Les paroles de ceux qui ont assisté à l'horrible scène, Pierre Cusquel, Guillaume de la Chambre, les notaires Guillaume Manchon, Guillaume Colles, Nicolas Taquel et de nombreux autres sont, quant à elles, sans détour et irréfutables. Et l'on n'a jamais retrouvé aucun témoignage de l'évasion, évidemment.

La dame des Armoises, vraie Pucelle d'Orléans...ou "impostrice"?

D'abord une évidence : si Jeanne ne s'est pas échappée de ses geôles, comme les actes officiels et les propos des témoins faits sous serments l'attestent, si elle est morte dans les flammes allumées par le bras séculier et si ses cendres ont bien été jetées à la Seine, Jeanne des Armoises est obligatoirement une "impostrice". L'épaisseur des "preuves survivistes" tenant du papier à cigarettes, nous pourrions en l'occurence nous abstenir d'étayer notre réponse.

Il n'empêche. Jeanne des Armoises a bien existé, c'est un point que nous ne marchanderons pas. Il est également incontestable qu'elle s'est présentée comme "Pucelle d'Orléans" (il est d'ailleurs piquant qu'elle ait continué à se prévaloir de ce titre après son mariage!). Mais notons d'emblée qu'elle ne fut pas la seule à revendiquer cette identité. Rien qu'en Anjou, les chroniques ne répertorient pas moins de trois!

Qu'est-ce qui faisait courir ces "Pucelles"? Le goût de l'aventure, certainement ; l'appât du gain, sans aucun doute ; certaines d'entre elles étaient peut-être aussi de grandes malades. Lorsque Jeanne des Armoises se rend à Orléans c'est en tout cas par besoin, puisque son mari vient de mourir (douteux aussi, celui-là, puisque ses biens ont été confisqués, et qu'il vivait en proscrit à Metz et au Luxembourg -et qu'il continuait à porter le titre de seigneur de Tichemont qui lui avait été retiré).

La ville lui baille, c'est vrai, une importante somme d'argent de 210 livres parisis -mais pas les "deux millions" des survivites. Elle n'y rencontre ni sa mère, qui n'y résidera qu'un an plus tard, ni Charles VII (il est drôle, ce Pesme qui nous dit avec l'humilité qui le caractérise : "J'affirme que le roi était à Orléans dés ce moment..." ; comme s'il suffisait "d'affirmer"...). Elle cherche, au contraire, à éviter tout contact avec le roi et quitte la ville dès que l'arrivée de celui-ci est annoncée.

Il n'est pas inintéressant de noter qu'au cours de sa courte et prudente visite, elle ne rencontre que des "seconds couteaux" qui ne sont pas plus qualifiés pour répondre de sa véritable identité. Sa ressemblance leur suffit ; son aplomb fait le reste. Le moyen âge est trés friand de ses réapparitions miraculeuses, qui ne surprennent guère un peuple vivant au rythme de la "légende dorée". Jeanne, au demeurant, ne parle que par "paraboles", un exercice qui demande beaucoup d'astuce et une certaine agilité d'esprit, mais qui a pour effet de faciliter grandement l'approximation des réponses. L'aide qu'elle apporte en Vendée à Gilles de Rais, devenu depuis 1438 un nécromancien de la pire espèce, sacrifiant au démon des centaines de jeunes enfants sur lesquels il a auparavant assouvi ses fantasmes sodomiques, ne plaide guère en sa faveur.

Et les frères?

Les "survivistes", jamais à cours, soutiennent qu'il est totalement impossible qu'elle ait également réussi à berner ses deux frères. Mais s'agit-il bien de ses deux frères? Si Jeanne des Armoises est parvienue à tromper son monde, pourquoi ne se serait-elle pas entourée d'acolytes tenant le rôle de ses frères?

Admettons que ce soit bien les authentiques frères de l'authentique Jeanne. Qui dit qu'ils furent dupes? Peut-être ont-ils opportunément exploité l'événement. On sait que Jean avait sensiblement profité de l'entreprise de sa soeur et qu'il ne se privait jamais de demander des fonds aux villes parcourues. L'impostrice lui servit peut-être quelque temps. Par la suite, il s'en serait écarté.

Ce qui est sûr, de toutes façons, c'est que c'est la famille de Jeanne d'Arc, Pierre d'Arc et Isabelle Romée en tête, qui introduisit la cause de réhabilitation quelques dix années plus tard. Pour éclairer cette aventure, il est toutefois indispensable d'insister sur un fait survenu en août 1440, curieusement absent de la démonstration "surviviste" : à savoir l'aveu de l'escroquerie par Jeanne des Armoises, en personne, devant l'Université et le Parlement de Paris! Pierre Sala ajoute qu'elle se confessa devant le roi.

Après le récit de son subterfuge, plus personne n'entendit parler d'elle. Elle s'enfonça à nouveau dans les brumes de l'histoire d'où elle n'était sortie que par l'inadvertance de quelques chroniqueurs, plus prudents cependant que les survivistes ont cherché à le faire croire.

Après ces quelques précisions élémentaires, que reste-t-il de l'hypothèse en 11 points ?

La réponse est aisée : un gros zéro tout rond !

Les rêves de M. le sous-préfet

Un dernier point : l'origine des divagations "bâtardisantes".

Elle est à chercher dans les vers du sieur Pierre Caze, sous-préfet de Bergerac sous le Premier Empire. Tortilla-t-il "la soie blonde de ses favoris" en répétant vingt fois "Messieurs et chers administrés..." sans que "la suite de son discours" ne lui vînt ? Alphonse Daudet n'y était pas pour nous le dire.

Ce que l'on sait, en revanche, c'est qu'en 1805 Caze publia le premier ouvrage qui mettait en scène une Jeanne adultérine et royale sous le titre La mort de Jeanne d'Arc ou la Pucelle d'Orléans. Genre du livret : tragédie.

La vraie tragédie, pour le sous-préfet, ce fut que les comédiens sollicités, jugeant le style un peu mièvre et l'intrigue trop décousue refusèrent de jouer la pièce!
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Messagede Smaragde » 17 Jan 2006 21:39

Suite des messages (c'était tellement long que le forum prenait pas tous les caractère, et ça faisait des bugs avec les balises):

source
M. Philippe Contamine
Proche et lointaine, Jeanne d'Arc

Academie des sciences morales et politique
séance du lundi 23 juin 2003



« Je regarde Jeanne d'Arc en proie à l'Université »
(Paul Claudel)



Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire perpétuel, mes chers confrères, Mesdames, Messieurs,



Je suis d'autant plus sensible à cette invitation, la deuxième en dix ans de la part de votre Compagnie, qu'au vu du thème de cette année Jeanne d'Arc est le seul personnage retenu qui soit antérieur au XVIIe siècle. Il est vrai qu'elle appartient aussi à l'histoire contemporaine, depuis le XIXe, dès lors que sa figure et son souvenir n'ont cessé d'intéresser, d'intriguer et de fasciner non seulement les historiens mais aussi les poètes et les dramaturges, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les cinéastes, les politiques (tout récemment encore un ancien Premier ministre), en sorte que son image, vénérée, admirée, critiquée, contestée, raillée, est demeurée présente jusqu'à nos jours, non seulement en France mais aussi dans une grande partie du monde. Assez régulièrement, Jeanne d'Arc suscite des interrogations, des polémiques, voire des « révélations » sensationnelles ou incongrues. Assez régulièrement tel amateur en mal de publicité prétend dénicher son armure, retrouver ses reliques ou encore découvrir une fresque ou une miniature du temps censée la représenter. Pour peu qu'on ne soit pas allergique à une certaine sensibilité que je qualifierais de « catholique et française », des formules qu'elle a prononcées ou dictées ou qui lui ont été attribuées chantent encore dans la tête, démontrant que la « Fille Dieu », la « fille au grand coeur », toute jeune et humble paysanne qu'elle fût, ne sachant, de son propre aveu, ni A ni B, ne manquait pas de style et surtout était imprégnée, comme le constatait Bergson, de la plus authentique spiritualité. A ce titre, pas moins de quatre de ses logia (risquons le mot) figurent dans le dernier catéchisme universel de l'Eglise catholique. C'est dire que, bien qu'à un moindre degré qu'il y a un siècle ou un demi siècle, Jeanne d'Arc fait partie de l'historial toujours vivant et visité de notre mémoire. Peut être la plus belle histoire du monde, disait le philosophe Alain l'une de celles encore que, dans sa vérité et dans sa tragique simplicité, il est profitable et passionnant de raconter aux enfants.



Au sein des multiples aspects de l'histoire de la Pucelle qui retiennent l'attention des spécialistes, six, me semble-t-il, sont notoirement importants :



Comment et pourquoi Jeanne d'Arc a t elle été officiellement acceptée par Charles VII, ce qui présentait, on l'oublie trop souvent, de très gros risques en cas d'échec ?



Jeanne d'Arc en tant que chef de guerre ;



l'échec de l assaut de Paris, le 8 septembre 1429 - un véritable tournant dans son épopée ;



les dimensions et les enjeux exacts du coûteux et exceptionnel procès d Eglise qui lui fut fait, des semaines durant ;



les motifs de l'abandon où Charles VII l'a laissée après sa capture sous les murs de Compiègne le 23 mai 1430 ;



et, plus radicalement encore, le problème de sa crédibilité : ou bien en effet on admet le caractère divin ou surnaturel de ses Voix et alors on a le plus grand mal à accepter, de nos jours, que le Dieu de bonté (qui n'est plus le Dieu des armées) ait cautionné cette guerrière manifestement exaltée et ait pris parti dans une querelle purement dynastique ou politique, ou bien on ne l'admet pas et alors le recours à l'explication par le dérangement mental, sous une forme plus ou moins accentuée ou atténuée, est inévitable, quitte à ce que l'on s'en tire par quelque artifice poétique, telle George Sand lorsqu'elle écrit : « Le paysan n'a d'autre histoire que la tradition et la légende. Son cerveau n'est pas semblable à celui de l'habitant originaire des cités. Il a la faculté de transmettre à ses sens la perception des objets de sa croyance, de sa rêverie ou de sa méditation. C'est ainsi que Jeanne d'Arc entendait bien réellement les voix célestes qui lui parlaient. C'est être impie envers l'humanité que de l'accuser d'imposture. Elle était hallucinée, et pourtant elle n'était pas folle ». On a beaucoup écrit dans ce registre, avec plus ou moins de pertinence.



Faute de pouvoir traiter ici, même succinctement, chacun des six points en question, ma démarche visera à souligner la difficulté que nous éprouvons, de notre point de vue rationnel et désenchanté, à pénétrer au c Sur de la mentalité religieuse et politique du XVe siècle et surtout elle visera à mettre en relief l'étrangeté ou l'altérité de son époque et de son parcours notamment à partir du problème de la prophétie.



Ayant succédé en 1985 à Régine Pernoud en tant que directeur du Centre Jeanne d'Arc d'Orléans et ayant exercé ces fonctions pendant un lustre, j'ai été frappé par deux réactions de la part du public qui le fréquentait à des titres divers : 1° le nombre élevé de ceux qui affirmaient, j'imagine en toute bonne foi, être issus de la famille de Jeanne d'Arc et notamment de son frère Pierre, alors qu'un texte du temps le déclare formellement dépourvu de descendance, et qui me demandaient d'étayer leur conviction (pour l'anecdote, déjà Alfred de Musset avait cette prétention) ; 2° le nombre des habiles ou des semi-habiles, des prétendus réalistes qui refusaient la vérité « officielle » sur Jeanne d'Arc (née à Domremy, peut-être le 6 janvier jour des rois, jour de l'Epiphanie de l'année 1412, du légitime mariage de son père l'honnête laboureur Jacques d'Arc et de sa mère la dévote Isabelle Romée, et morte au bûcher de Rouen le 30 mai 1431), voyant dans cette version « autorisée » une tromperie intéressée à l'intention des naïfs, et qui, développant une thèse apparue pour la première fois pendant le Premier Empire, sous la plume de Pierre Caze, sous-préfet de Bergerac, la voulaient née de l union adultérine d'Isabeau de Bavière, reine de France et épouse du malheureux Charles VI, et du frère de ce dernier Louis, duc d'Orléans. Suivie d'un mystérieux transfert en Lorraine, cette naissance illégitime, qui en faisait une « princesse royale », expliquerait notamment la facilité avec laquelle elle put obtenir une audience publique auprès de son demi-frère Charles VII, dans la grande salle illuminée du château de Chinon, sans doute le 6 mars 1429, et les responsabilités militaires qui lui furent alors confiées (somme toute, comme l'a écrit plaisamment une historienne américaine, il fallait cette bâtarde de la maison de France pour convaincre le dauphin que lui au moins n'était pas bâtard). Mais du même coup, poursuivent mes interlocuteurs, il est impensable que Charles VII l'ait abandonnée à son triste sort, si bien qu'il y aurait eu à point nommé une discrète substitution, avec la complicité bien sûr des Anglais, et qu'une inconnue aurait péri à sa place, le visage dissimulé (« enbronché », comme les pleureurs du tombeau de jean de Berry) sous un capuchon. Aussi bien (et le fait, cette fois, est avéré), pendant quelques années, on la suit à la trace mariage et maternité compris en Lorraine et ailleurs sous le nom de Claude ou de Jeanne-Claude des Armoises. Une parenthèse ici : si, en toute honnêteté, il n'existe pas pour l'historien de métier l'ombre d'une preuve de la naissance royale de Jeanne d'Arc, en revanche, il est de fait que l'apparition d'une soi-disant Pucelle à Cologne puis à Metz en 1437 suscita un fol espoir de la part de nombre de ses anciens partisans (en gros les Français du royaume de Bourges, y compris ses propres frères, sans doute mécontents de l'oubli où ils étaient tombés et qui la reconnurent alors formellement). Ces « bons et loyaux Français » ne pouvaient se résigner à sa condamnation et à sa fin, ignominieuses dans le contexte du temps, et ce sont les adversaires de Jeanne d'Arc (les Anglais et surtout les Bourguignons) qui se gaussèrent de la naïveté des « survivantistes », prompts à prendre leurs désirs ou leurs regrets pour des réalités. L'affaire doit être comprise dans la thématique de la survivance imaginaire des grands personnages, dont on connaît d'assez nombreux exemples dans l'Histoire, tels Alexandre le Grand, Frédéric Barberousse, Baudouin de Flandre et Charles le Téméraire.



Il n'empêche que la réaction de mes interlocuteurs sceptiques ou décillés était en soi éclairante : comment admettre en particulier la facilité d'accès de Jeanne auprès du « gentil dauphin », comment admettre qu'elle se soit montrée si à l'aise, plusieurs mois de suite, à la cour de France, encourageant son « beau duc » jean d'Alençon, rabrouant le terrible Arthur de Richemont, connétable de France, prodiguant des conseils et des avis aux uns et aux autres avec une autorité, je dirais un aplomb susceptible, à bon droit, de dérouter nos contemporains ? Comment l'admettre sinon précisément en essayant d'appréhender les conditions originales de la vie politique à la fin du Moyen Age ? Même les prophètes avaient leur place au sommet du pouvoir, tutoyant au besoin ainsi l'aurait fait Jeanne d'Arc la majesté royale.



L'historien se doit de travailler sur des sources, quelle que soit leur nature, et de les étudier de la façon la plus critique et aussi la plus éclairée possible. Il se doit de n'en laisser de côté aucune et de les mettre en perspective, ce qui n'est pas toujours facile, surtout dans le cas qui nous retient tant il comprend de textes complexes, d'un maniement malaisé, et tant il y a chez lui un caractère d'unicité.



Or, le corpus des documents contemporains sur Jeanne d'Arc parvenus jusqu'à nous, qu'ils aient été produits de son vivant ou bien après sa mort (je m'arrête, par commodité, à la fin du XVe siècle), ne laisse pas d'être impressionnant, toutes proportions gardées : de savants traités en latin, des poèmes en latin et en langue vulgaire, des correspondances, des textes narratifs, des documents de caractère financier ou administratif, quelques images, et surtout les actes des deux procès, celui de condamnation (1431), et celui dit de justification, de réhabilitation, ou de nullité de la condamnation (1455 1456).



Ce corpus, pour ne parler que des sources écrites, a été exhumé, rassemblé et imprimé progressivement. Dès le début du XVIIe siècle, Edmond Richer, docteur en Sorbonne, en connaissait déjà une bonne partie comme en témoigne son recueil longtemps manuscrit Histoire de la Pucelle d'Orléans réunissant une Vie de Jeanne d Arc, le Procès, la Révision du procès et les Témoignages en faveur de la Pucelle. Au milieu du XVIIIe siècle, voici le « laborieux compilateur », doté, je cite, d'une « grande érudition mais de peu de goût et de critique » que fut l'abbé Nicolas Lenglet-Dufresnoy. Puis la Restauration et la Monarchie de juillet enrichirent encore le dossier, grâce à des documents conservés et produits en France mais aussi hors de France, notamment en Allemagne. Cet ensemble se trouve commodément et admirablement rassemblé dans les cinq volumes, d'environ 500 pages chacun, de Jules Quicherat publiés par la Société de l'histoire de France entre 1841 et 1849 sous le titre Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d Arc dite la Pucelle publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale suivis de tous les documents historiques qu'on a pu réunir et accompagnés de notes et d'éclaircissements. A l'évidence, chacun des mots de ce long titre a son importance.



Mais depuis le milieu du XIXe siècle et jusqu'au début du XXe, les découvertes n'ont pas manqué, mineures ou majeures, la plus significative à mes yeux étant les lettres que des marchands vénitiens installés à Bruges et à Avignon expédièrent à l'intention de la Sérénissime au moment même où se déroulait l'épopée johannique. Les échos et les rumeurs qu'ils rapportent sont proprement fascinants. De plus, Quicherat et ses continuateurs étaient surtout attachés aux faits, dans un louable esprit positiviste, en sorte qu'ils négligèrent délibérément, tout en les ayant parcourus, beaucoup des mémoires produits par différents hommes d'Eglise notamment lors du procès de justification au prétexte que ces mémoires étaient essentiellement des réflexions ou des commentaires sur des faits déjà cités dans les procès. Ils étaient dès lors réputés n'apporter rien de neuf. Aujourd'hui, on restitue à ces commentaires toute leur importance, toute leur portée, dès lors qu'on a renoncé à procéder à procéder à la synthèse idéale des documents sur Jeanne d'Arc en vue de parvenir à une biographie parfaite mais qu'on tente de connaître les différentes façons, souvent contradictoires, dont les contemporains ont compris Jeanne d'Arc, leurs réactions à son égard, si bien que chaque source, surtout narrative ou littéraire, compte pour elle même, est porteuse de son propre message. Il faut s'y résigner : tout en demeurant soucieux de vérité objective et factuelle dans de nombreux domaines, l'historien, du moins l'historien de Jeanne d'Arc, se veut surtout un lecteur, un glossateur, un commentateur. D'un siècle à l'autre, ses ambitions se sont réduites.



Suite au travail patient de générations d'érudits, sauf miracle ou exceptionnelle bonne fortune, la probabilité est qu'en fait d'inédit on ne trouvera plus, directement sur Jeanne d Arc, là encore avant 1500, que des broutilles. Notamment, il n'y a pratiquement pas d'espoir de découvrir le fameux registre de Poitiers, auquel la Pucelle fait allusion dans son procès, où étaient transcrites les questions qui lui avaient été posées par une commission ad hoc et les réponses qu'elle avait formulées (mars avril 1429).



Bien sûr, depuis trente ans et plus que je fouille les archives et les bibliothèques, J'aurais aimé apporter ma propre pierre, même modeste, à l'édifice du corpus johannique. Tout ce que J'ai pu faire, c'est de fournir une édition plus complète d'un compte du duché de Bretagne où l'on voit le duc jean V, aux aguets, lui et sa chancellerie, alors qu'il reconnaissait officiellement Henry VI Lancastre comme roi de France et d'Angleterre, envoyer à Reims à l'occasion du couronnement de Charles VII une véritable ambassade, composée d'un grand seigneur de sa cour, de son argentier, de son confesseur, de son héraut d'armes, et offrir en cadeau à la Pucelle, pour l'amadouer, des chevaux d'armes et des haquenées ainsi qu'une dague. Manifestement on savait en Bretagne qu'elle appréciait ce genre de don. J'ai mis également en vedette un passage inédit de la Chronique latine de Jean Chartier (identifiée comme telle par Charles Samaran) où il est dit au sujet de son procès : « Ils [les Anglais] l'anéantirent par le feu sans qu'elle proteste ni ne S'insurge, se montrant au contraire obéissante comme l'agneau à leurs ordres très mauvais [on songe bien sûr à Isaïe 53,7], après qu'ils se furent moqués d'elle très longtemps, tout comme Anne et Caïphe traitèrent le Christ de façon honteuse ». Le rapprochement des deux procès mérite attention.



Mais puisque tout compte quand il s'agit de Jeanne d'Arc, je citerai, communiqué par un collègue anglais, cet acte de Henry, roi de France et d Angleterre, donné à Rouen le 30 août 1430, où il est fait mention, entre autres, de 600 livres que lui avança son grand-oncle le cardinal d Angleterre Henri Beaufort « pour aidier a paier les dix mil livres tournois pour ravoir Jehanne la Pucelle » : ainsi, à cette date, non seulement elle n'est pas encore cette « désordonnée femme, sorcière, idolâtre et hérétique » qu'elle devait bientôt devenir au jugement des Anglais, mais encore, dans ce document à usage interne, elle n'est pas non plus « Jehanne la Pucelle que l'en dit estre sorcière, personne de guerre conduisant les ostz du Daulphin » telle qu'on la présenta aux Normands pour mieux les convaincre de payer l'impôt de 10 000 livres destiné à son achat à jean de Luxembourg. Autre menue découverte d'une historienne d'outre-Manche qui a bien voulu me la communiquer, le compte de John Hotoft, garde de la garde-robe de l'hôtel de Henry VI « A Richard Hidlowe et à 47 garçons et pages de divers offices de l'hôtel du dit roi chevauchant avec le susdit coffrier Jean Bruyse par l'avis du conseil du roi de Rouen en Picardie pour conduire jusqu'à Rouen Jeanne appelée la Pucelle ». C'est donc une robuste escorte anglaise qui réceptionna Jeanne jusqu'alors aux mains des Bourguignons. Manifestement, on craignait un enlèvement de la part des Français.



Je signalerai aussi l'apport, en deux temps (1942 et 1968), grâce au dominicain Antoine Dondaine, complétant un dossier ouvert à la fin du XIXe siècle par Léopold Delisle. Il s'agit du récit d'un autre dominicain Jean Dupuy, évêque de Cahors, qui, installé à Rome, entendit parler de la Pucelle en avril mai 1429. De son texte j'extrais le passage suivant : « La dite Pucelle demanda au roi de France de lui faire un don. Le roi le lui promit. Et elle lui demanda de lui donner son royaume. Etonné, au bout d'un certain temps, le roi le lui donna. Elle l'accepta et voulut que des lettres fussent rédigées par quatre secrétaires du roi et qu'elles fussent lues solennellement. Cela fait, le roi demeura quelque temps dans la stupeur. Et elle dit à l'assistance : « Voici le plus pauvre chevalier de son royaume ! ». Et, après un petit peu de temps, devant les dits notaires, elle même comme donataire du royaume de France le remit au Tout Puissant. Après un autre Intervalle de temps, sur l'ordre de Dieu, elle investit le roi Charles du royaume de France. Et de toutes ces choses, elle voulut que des lettres fussent faites solennellement ». Scène étrange, qui a tout l'air d'une fable. Aussi bien, les lettres ont-elles disparu, si tant est qu'elles ont jamais existé. Mais l'important Ici est que Dupuy ait tenu à raconter l'anecdote, car il la tenait pour vraie et pour édifiante, exprimant non seulement l'extraordinaire ascendant de Jeanne mais aussi l'essence de ce qu'on pourrait appeler sa philosophie politique : le roi (de France) comme un vassal investi par Dieu de son fief, grâce à l'entremise de la Pucelle.



Mais peut-être la plus belle découverte, publiée et traduite en 1996 1998, est-elle due à notre collègue Patrick Gilli. Il s'agit de la lettre à la louange de Jeanne d'Arc écrite en latin par un humaniste italien anonyme, peut-être un clerc milanais à l'automne 1429, avant que ne soit connu au-delà des Alpes l'échec de Jeanne d'Arc sous les murs de Paris. Cette lettre, dont la tonalité est proche celle du fameux Dictié que Christine de Pizan composa à l'extrême fin de sa vie alors qu'elle était retirée en pleine France anglais, au monastère des dominicaines de Poissy, mérite qu'on s'y arrête car elle nous introduit au c Sur de toute une interprétation maximaliste du dessein de Jeanne d'Arc que les historiens ont longtemps négligée, sinon passée sous silence, parce que trop éloignée de nos préoccupations prosaïques.



La Pucelle y est présentée comme une preuve majeure de l'existence de la divine Providence, destinée à remédier aux dissensions humaines. Que tous les peuples, est-il dit en substance, accueillent la Pucelle de France et l'applaudissent. Supérieure à Clélie la Romaine et à Penthésilée, reine des Amazones, elle seule a su restituer un royaume que Dieu protège plus que tout autre. Auparavant, Paris était la ville glorieuse entre toutes, prospère et rayonnante. Les Italiens notamment y étaient bien accueillis. Mais l'orgueil des princes français a été vaincu par les Anglais, le roi de France est tombé sous leur domination, sa fille fut donnée en mariage à l'Anglais [Henry V], et son fils, aujourd'hui roi, fut déclaré adultère par sa mère [telle était la version qui courait, de façon plus ou moins souterraine]. « Alors, vierge heureuse, tu survins », tu as rendu au roi son royaume, sans avoir tremblé en écoutant les voix angéliques qui s'adressaient à toi ». Comme J'aimerais connaître leur message, les secrets qu'ils t'ont révélés. Aussi, Charles, appuie toi sur cette jeune fille, applique toi à satisfaire la volonté divine. Et vous Anglais, déposez les armes. Quant à toi, ô Philippe, duc de Bourgogne, rallie-toi à cette jeune fille, aide ton parent [Charles VII] à retrouver sa dignité.



Tout ce développement est attendu, même s'il ne laisse pas de surprendre de la part d'un neutre, qui aurait pu ou dû davantage prendre ses distances dans cette querelle franco-anglaise et aussi franco-française. Mais le texte va plus loin. Reprenant un thème messianique que l'on peut suivre à travers le XIVe siècle, il fait allusion aux trois choses devant être accomplies (factura) par elle (il n'est pas expressément parlé de prophétie) : chasser les Anglais, agrandir le royaume de France jusqu'à le rendre plus étendu que l'ensemble de la Gaule, constituer de l'Océan aux Indes un seul empire soumis au pouvoir d'un seul homme ou du moins aux lois d'un seul régime. Ainsi l'Italie et l'Eglise de Rome seront fortifiées, les Massagètes [un peuple scythe de l'Antiquité : faut-il comprendre les Tatars, les Turco-Mongols, à la limite l'ensemble des Infidèles ?] seront ramenés à la foi chrétienne, tu restitueras à la paix et à la liberté les monuments asiatiques de notre bienheureux salut [allusion à la délivrance de Jérusalem et de la Terre sainte]. Toi, roi Charles, mets à profit la couronne que te redonne une majesté venue d'en haut, vous Parisiens, recevez votre roi dans toute la gloire de ses ancêtres, accueillez-le avec les fleurs de lis. Et toi, vierge, responsable d'un si grand fait (tanti facti dux), sois heureuse de notre lettre [peut-être celle-ci lui fut-elle donc réellement adressée], tes actions futures rendront célèbres et toi et la lettre. Amen.



Il est probable que Jeanne d'Arc fut mise au courant par son entourage de la mission universelle, de portée presque eschatologique, qui lui était ainsi attribuée et nous savons d'autre part que l'idée de croisade ne lui était pas étrangère. Toutefois, il n'est pas vraisemblable qu'elle ait pris cette mission à son compte, il est encore moins vraisemblable qu'elle ait au départ formulé sa propre mission en ces termes. Son arrivée fulgurante et un temps triomphante sur la scène publique de l'histoire, en mars 1429, fut aussitôt orchestrée par la reprise à son profit de tout un ensemble de prophéties attribuées à la Sibylle (d'où par exemple le surnom de Sibylle française qu'un clerc du diocèse de Spire lui attribua alors), à Bède, à Merlin, mais il semble bien que les prédictions qu'elle exposa à Charles VII, à charge pour elle de les mettre en Suvre et de les réaliser prédictions qui, mystérieusement, emportèrent la conviction du roi aient été beaucoup plus réalistes et accessibles : faire lever le siège d'Orléans (tel devait être son premier « signe »), mener Charles à Reims pour qu'il soit sacré et couronné, délivrer le duc Charles d'Orléans, prisonnier en Angleterre depuis 1415 (par voie d'échange ?), enfin ou bien reprendre Paris ou bien, de façon plus large, « bouter » les Anglais hors d'un royaume qui ne leur appartenait pas. Il y avait donc un décalage entre la propre vision de la Pucelle, qu'elle affirmait tenir de Dieu et de ses messagers, et tout ce qui lui était attribué par la commune et irrationnelle ferveur d'un peuple brusquement passé du désespoir à l'espérance.



Le fait est que les gens d'Eglise qui, sous l'autorité de l'archevêque de Reims et chancelier de France Regnault de Chartres, entouraient Charles VII furent assez embarrassés par cette prophétesse qui risquait de n'être au bout du compte qu'une devineresse exaltée ou déséquilibrée (il n'en manquait pas à l'époque, de tous bords), qu'une illuminée plutôt qu'une inspirée. D'où, alors même qu'Orléans pouvait tomber du jour au lendemain et donc qu'il y avait urgence, le long, pesant et pressant interrogatoire de Poitiers, accompagné par un examen rigoureux et méfiant, par des hommes et par des femmes, de son comportement quotidien, de jour et de nuit. La conclusion des docteurs, au terme de cette « épreuve », de cet « espionnage », prit la forme de ce qu'on pourrait appeler un communiqué de presse largement répandu où il était dit en substance que tout était recommandable chez elle et que le roi pouvait et même devait s'en servir sous peine d'être ingrat envers la Providence. Classiquement, les experts de Poitiers avaient appliqué à son cas la parole de l'Ecriture : « N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophètes mais éprouvez tout et retenez ce qui est bon », « de peur d'être trouvé un jour vous aussi luttant contre Dieu ».



Je ne crois pas que l'on puisse comprendre Jeanne d'Arc, dans son action et avec le rayonnement qui émanait de cette personnalité d'exception si l'on oublie qu'elle était vue (ou plutôt qu'elle se voyait elle même) comme une prophétesse, qu'on lui appliquait avec plus ou moins de bonheur un certain nombre de prophéties qui couraient de par le monde.



Je ne crois pas que l'on puisse comprendre Jeanne d'Arc si l'on oublie que le royaume de France était alors réputé le saint royaume de France (comme on parlait du Saint Empire), que ses rois les rois très chrétiens et son peuple étaient perçus comme protégés par le Ciel, bénéficiant de sa part d'une bienveillance spéciale, et que, pour une grande partie des gens, en France et, nous venons de le voir, hors de France, le traité de Troyes de 1420, qualifié par ses partisans d' « amoureuse, raisonnable et profitable paix », qui prétendait transférer la couronne de France à Henri V et à ses descendants (un seul roi pour deux couronnes et deux royaumes et deux peuples d'égale dignité) n'était qu'un leurre et signifiait en fait le « honteux » asservissement du royaume de France au royaume d'Angleterre et la disparition du patrimoine spirituel qui, de longue date, était attribué ou assigné à la France au sein de la chrétienté.



Je ne crois pas que l'on puisse comprendre l'acceptation par Charles VII et de ses conseillers, quel que soit leur réalisme politique du moment, de la mission dont Jeanne d'Arc se disait porteuse si l'on omet l'angoisse religieuse, eu égard à la « grande pitié du royaume de France », dans laquelle beaucoup vivaient et l'idée que Dieu, après avoir autorisé les Anglais (le thème classique du fléau de Dieu) à châtier son peuple pour ses péchés et les péchés de ses princes, avait apaisé sa colère et était décidé, par des voies mystérieuses ou déroutantes, à le sauver in extremis. Quelque part dans leur tête, l'énigmatique Charles VII et même le cynique Georges de La Trémoille avaient intériorisé ce schéma (le grand mythe médiévale selon Michelet) : après la Passion, la Rédemption, ou plutôt la Rédemption par la Passion.



Or Jeanne d'Arc, par des prophéties pour une fois réconfortantes (car, à travers l'histoire du christianisme, beaucoup de prophètes furent des prophètes de malheur) annonçait les prémisses d'une sorte d'âge d'or. D'où la ferveur dont elle fut un temps entourée, bien au-delà de ses réussites militaires. D'où aussi la terrible désillusion de ses partisans lorsqu'il s'avéra que Paris ne serait pas repris : pourquoi cette fois ses prophéties ne s'étaient-elles pas vérifiées ? N'étaient-elles que des paroles d'encouragement comme tout capitaine en adresse à ses troupes ?



D'où le sort réservé au problème des prophéties lors du procès de condamnation. Au sein des soixante dix chefs d'accusation adressés par le promoteur Jean d'Estivet à l'encontre de Jeanne d'Arc, sept sont relatifs à cet aspect. La conclusion des juges de Rouen fut nette . Elle n'était pas une prophétesse mais une « devineresse », de surcroît « présomptueuse et superstitieuse », avec ce que ces mots impliquaient d'orgueil, d'imposture et de rapport avec la magie.



Tout cela explique aussi que les libelles rédigés lors du procès de sa justification ne purent passer cette dimension sous silence, car elle ne manquait pas d'être embarrassante dès lors qu'à l'évidence plusieurs de ses prophéties ne s'étaient pas réalisées, du moins de son vivant. D'où la mise au point, théologiquement impeccable, du grand inquisiteur de France le dominicain jean Bréhal : de ce que certaines des prédictions de Jeanne ne se réalisèrent pas, on ne doit tirer aucune conclusion négative. Car des distinctions sont ici possibles ou nécessaires : lorsqu'on est mû par l'esprit prophétique, alors la prophétie se réalise infailliblement, mais lorsqu'on est, à son insu, le prisonnier d'un secret instinct, la prophétie est imparfaite. Et d'ailleurs Grégoire le Grand n'a-t-il pas écrit : « Parfois l'esprit de prophétie manque aux prophètes » ? Peut être la Pucelle a t elle prédit des choses qui ne sont pas arrivées ou qui sont arrivées différemment de ce qu'elle avait annoncé, mais il en a été de même pour des saints reconnus et pour d'authentiques prophètes.



J'arrête là mon propos qui vise simplement à mettre en garde contre un certain réductionnisme des historiens, tentés de gommer ces phénomènes extraordinaires, merveilleux, miraculeux, faute de pouvoir les intégrer dans leurs catégories néo-kantiennes puisque presque tous désormais, croyants et non croyants, admettent que « ni le miracle ni l'intervention divine ne sont des causes qui puissent avoir valeur explicative dans le cadre de l'histoire » (Marc Venard). A cet égard le cas de Jeanne d'Arc est exemplaire, déroutant, d'une étrangeté radicale, il nous paraît être issu d'un autre monde, mais il n'est pas unique, tout au long de la période médiévale : après tout, comment comprendre François d'Assise si l'on met de côté sa stigmatisation et bien d'autres miracles rapportés par ses Legendae ?
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Messagede armoisine » 17 Jan 2006 21:49

Bon, je dois dire que l'ensemble est assez rebutant à lire... c'est écrit tout petit.... tu aurais pu fractionner! Aller, je vais m'y atteler avec plus de patience.

Mais d'abord je veux réagir sur la toute première intervention, pleine de bon sens au fond, c'est vrai une femme! Commander une armée! Et je passe sur les arguments qu'une femme doit avoir pour se faire respecter.
Et j'adore l'issue de notre Jeanne qui a réussi à s'échapper, fonder une famille etc.
Mais cette personne oublie de dire qu'elle git aujourd'hui "chryogénisée" du côté de Graceland.....
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Messagede Smaragde » 17 Jan 2006 22:05

J'ai groupé en fonction des interactions des divers protagonistes.

Cela dit, moi-même pour les lire, j'ai copié/collé sous Word, puis imprimé, car c'est 'achement plus facile sur papier que sur écran.

En fait, ces textes-là viennent de ce word :p

Cla dit, elle est plus cryogénisée depuis qu'elle s'est marièe à Elvis à bord de la soucoupe volante, mais chhhhhht!
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Messagede armoisine » 17 Jan 2006 22:05

A vrai dire, j'ai lu en diagonal, je lirai mieux plus tard....

Mais je viens de me rappeller d'une émission que j'avais entendu où un historien fesait part de son hypothèse.
Qui consiste, dans un contexte de crise, à faire de jeanne d'Arc le pion mystique d'un clan, celui d'Isabeau de Bavière, mère du roi. Je crois qu'il s'agissait d'elle.
Tout simplement parce que toutes les mains tendues sur le passage de jeanne appartiennent à ce clan. maintenant, à savoir qu'elle était l'enjeu politique de tout ça, je ne me souviens plus..... :oops:
Enfin, là dedans Jeanne portait une caution divine car une vierge exaltée et mystique, ça courait presque les rues à cette époque. J'exagère mais la dimension religieuse, pieuse et pure de certaines femmes étaient largement respectée. Un concours de circonstance l'a ensuite placée dans l'histoire comme une figure incontournable.
Sans oublier encore une fois que le Moyen Age n'a pas fait si grand cas de ce personnage qui est quasiment tombé dans l'oubli. L'époque contemporaine s'est chargée de réparer tout ça dans un contexte politique différent mais assez proche (lutter contre l'étranger allemand).
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