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La fabrication des lames au Moyen Age

La différence entre une guerre réussie ou non ne dépend pas uniquement de ses troupes, mais aussi de ses ennemis ainsi que de nombreux facteurs extérieurs.

Messagede Rekk » 08 Déc 2004 16:54

Voici deux articles de la Revue de métallurgie sur la fabrication des lames au Moyen Age :

ZSCHOKKE B., "Du damassé et des lames de Damas", Revue de métallurgie, 11, 1924, p. 635-669.

FRANCE-LANORD A., "La fabrication des épées mérovingiennes et carolingiennes", Revue de Métallurgie, 49, 1952, p. 411-422.

J'essayerai de vous faire une brève présentation là-dessus un jour, dès que j'aurai plus de temps.
A peste, fame et bello, libera nos domine ! - « De la maladie, de la famine et de la guerre, délivre-nous, Seigneur ! » (litanie médiévale bien connue)
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Messagede snorri » 08 Déc 2004 19:03

Un des maîtres forgerons qui fabrique encore des épées comme à l'époque: Jean-Luc Soubeyras (http://perso.wanadoo.fr/jean-luc.soubeyras/)
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Messagede An1000.org » 08 Déc 2004 20:50

Fabrique t-il des lames en acier damassé ?
Rod
Les petits ruisseaux font les grandes rivières...
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Messagede snorri » 09 Déc 2004 07:16

Oui...
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Messagede Rekk » 21 Jan 2005 18:35

La forge et le travail du fer au Moyen Age.

1) La forge au Moyen Age

La forge présente une construction assez rudimentaire :

• une calotte de terre réfractaire au-dessus d'une console où le charbon de bois brûle.
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• des soufflets latéraux en général manœuvrés à la main.
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• une enclume, fixée sur un socle de bois enchâssé dans le sol pour travailler le métal chauffé, comprend une surface plane, la table, pour étirer et aplanir ainsi qu'une surface conique, la bigorne, pour courber et arrondir.
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• un baquet d'eau pour la trempe.

• une série d'outils - marteaux et tenailles en tout genres.
Ces éléments tiennent sur 10 ou 15 mètres carrés et une certaine pénombre de l'atelier de forge peut même aider à apprécier la couleur du métal donc sa température.

En général, les ouvriers travaillent à deux ou trois :
• le maître de la forge frappe au marteau sur un billot métallique.
• le valet, tenailles ou pelle en main, présente le métal au four, puis au maître.
• un apprenti, parfois, active la soufflerie.

Pour se protéger des étincelles jaillissantes, les travailleurs portent de longs tabliers de cuir et parfois des gants.

Le forgeage est l'opération pratiquée par le forgeron sur l'enclume pour mettre en forme des objets à partir de lingots ou autres pièces de fer.

La transformation du lingot de fer en objet se fait dans la forge d'élaboration.

2) Quelques spécialités

• armurier, fabricant d'armes et armures
• chaînetier, fabricant de chaînes
• coutelier, fabricant de couteaux et d'instruments tranchants
• haubergier, fabricant de hauberts de mailles
• taillandier, fabricant d'outils propre à couper, tailler (cisailles)
• ...

3) Exemple d'une lame feuilletée et ouvragée faite par un coutelier dans une forge d'élaboration

a) L'écrouissage : étirage à froid de lingots de fer pur sur l'enclume par martelage de façon à former une barre de fer pur.

b) La cémentation : chauffe pendant cinq ou six heures d'une partie des barres dans le foyer au sein du charbon de bois en combustion. A terme, le cément, carbone contenu dans le charbon de bois, a diffusé dans la masse du lingot (cémentation à cœur). De la carburation du fer résulte des barres d'acier.

c) Le damassage par assemblage :
• préparation adéquate des surfaces à travailler à l'aide d'un fondant désoxydant comme les cendres qui éliminent tout risque d'oxydation nocive des surfaces durant le soudage.
• réalisation à blanc soudant - les forgerons déterminent la température d'un métal à sa couleur - d'une structure composite comprenant une superposition alternant 4 barres d'acier et 3 bandes de fer pur appelé lopin.
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• afin d'obtenir une bande feuilletée dont la section présente une superposition de fer et d'acier, le lopin est :

-> martelé,
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-> tranché,
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-> plié sur lui-même en "accordéon" à plusieurs reprises,
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-> aplanis sur l'enclume au marteau et amenés à l'épaisseur de l'ébauche de la lame.

La bande feuilletée forme la partie centrale, ou l'âme, de la lame.
• les tranchants sont alors soudés à chaud en chevron pour augmenter la surface de soudure et par là, la dureté.
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d) Mordançage : des effets décoratifs sont obtenus par une attaque de la surface à l'aide de bains d'acides.

e) Le damasquinage : apposition de la signature du fabricant ou des filets décoratifs d'or ou d'argent, qu'il incruste au marteau dans des motifs qu'il a préalablement incisés.
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f) La trempe : la lame est trempée dans un baquet d'eau disposé à cet effet pour la refroidir rapidement et obtenir une structure stable à chaud - métastabilité - et, à température ambiante, un acier dur mais cassant, la martensite.

g) Le revenu : la lame trempée est réchauffée, mais à une température inférieure à celle de transformation, puis refroidit lentement à température ambiante, en vue de détruire l'état de faux équilibre dû à la trempe.
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h) Les finitions : il ne reste qu'à meuler la lame sur de grandes meules de pierres et à la polir sur un établi. Les poignées et manches sont réalisés en bois, os, corne ou cuir.
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g) La réparation et le remploi : uUn objet en fer usé ou endommagé était soit recyclé pour sa matière, soit réparé quand son degré de dégradation n'était pas rédhibitoire, ou encore, transformé en un nouvel objet. Ainsi, il est possible de redresser des clous arrachés ou de réaliser des charnières de portes à partir de lames de faux usagées.
• La réparation de petits ustensiles se fait par brasure, c'est-à-dire par apport d'un métal fusible - qui peut être fondu - pour réaliser la liaison.
• La réparation de plus gros objets se fera par soudure.
Il pourront être aussi réaffutés, certaines parties usées ou cassées remplacées.
_________________
Bibliographie

• AGRICOLA Georgius (traduit de l'édition originale latine de 1556 par Albert France-Lanord), De Re Metallica, éditeur Gérard-Klopps, Paris, 1992.
• ARNOUX M., Mineurs, férons, et maîtres de forges : études sur la production du fer dans la Normandie du Moyen Age, XIe-XVe siècles, CTHS, Paris, 1993.
• FINO J. F., « Notes sur la production du fer et la fabrication des armes en France au Moyen Age », Gladius, 1963-1964, p. 47-66.
• FOSSIER R., Le Travail au Moyen Age, "La vie quotidienne", Hachette Littératures, Paris, 2000, p. 229
• FRANCE-LANORD A., « La fabrication des épées mérovingiennes et carolingiennes », Revue de Métallurgie, 49, 1952, p. 411-422.
• MANGIN M. et alii, Forgerons et paysans des campagnes d'Alésia (Haut-Auxois, Côte d'Or) : la terre, le fer, la route en pays mondubien (Ier s. av. -VIIIe s. ap. J.-C.), CNRS, Paris, 2000, p. 385-386.
• MANGIN M., Le fer, "Archéologiques", Errances, Paris, 2004.
• ZSCHOKKE B., « Du damassé et des lames de Damas », Revue de Métallurgie, 21, 1924, p. 635-669.
_________________
Sitographie

• Pour la forge : http://www.projects.yrdsb.edu.on.ca/pio ... rgeron.htm
• Pour le forgeage : http://www.reverdy.com/frame.htm
Dernière édition par Rekk le 07 Avr 2005 08:00, édité 7 fois.
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Messagede MasteRaveN » 21 Jan 2005 23:28

Est-il possible que le forgeron utilise un sabot de cheval à une quelconque étape de la forge de l'épée ?
Dans mes souvenirs, cela servait à oxygéner la lame et à y incruster le carbone en faible quantité, nécessaire à la formation de l'acier.

PS : merci pour ta bibliographie, c'est béton, et ca va me permettre de coincer mon prof. de Pays-Bas Bourguigons sur la question de la forge des épées... on a en ce moment un léger différent !
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Je suis le seigneur de Coucy"
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Messagede An1000.org » 21 Jan 2005 23:50

MasteRaveN a écrit:Est-il possible que le forgeron utilise un sabot de cheval à une quelconque étape de la forge de l'épée ?
Dans mes souvenirs, cela servait à oxygéner la lame et à y incruster le carbone en faible quantité, nécessaire à la formation de l'acier.


Exact...
Sabot, corne, os... Toute matière organique qui "fond" au contact du chaud, mais sans carboniser.

Il me semble que cela était fait à la fin de la chauffe... Pas sur le métal brut non frappé.La lame est chauffé, et on applique le carbone afin de créer une pélicule sur la lame pour la rigidifier...
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Messagede Rekk » 22 Jan 2005 14:18

Oui, c'est probable comme le confirme An1000.org, car ce sont des éléments naturellement riches en carbone. Parfois, l'agent de cémentation utilisé était constitué en partie d'excréments d'oies, produit facile à trouver et riche en carbone. (1)
_________________
(1) FRANCE-LANORD A., "La fabrication des épées mérovingiennes et carolingiennes", Revue de Métallurgie, 49, 1952, p. 412.
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Messagede Rekk » 07 Avr 2005 08:01

J'ai remis à jour l'article sur la forge et le travail du fer au Moyen Age.
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Messagede snorri » 07 Avr 2005 11:24

Il ne faut pas oublier qu'un outils ayant un fil de coupe (couteau, épée, ...) est trempé et non sémanté ...
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