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La grande peur de l'An Mil

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Wild » 23 Nov 2005 19:47

je ne sais pas s'il y a eu de peur de l'an "mille" mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu la peur de l'an 1500 et de l'an 2000!

Peu avant l'an 2000, les sectes apocalyptiques se sont déchainées ! :?
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Messagede Foulques » 23 Nov 2005 20:06

Je me suis renseigné un peu. Il est de fait que le XIe s. connaît plusieurs cas d'hérésie avec :

- les chanoines d'Orléans (1022, dix religieux condamnés au bûcher)
- Arras en 1025 (dissidents sermonnés, je n'ai pas le nombre)
- Leutard de Vertus en Champagne (tout seul, il se suicide)
- les patarins de Monforte à Milan en 1027 (?)
- Cambrai en 1078 (un certain Ramirdhus brûlé)

Ce ne sont pas des mouvements d'ampleur mais ils suffisent pour que certains parlent de "réveil des hérésies". Dans l'ensemble ce sont des prédicateurs qui recherchent un christianisme plus authentique, plus dénudé et rigoriste et qui entraînent des adeptes.

Le cas des chanoines d'Orléans est particulièrement intéressant car c'est la première fois apparemment qu'on va brûler des hérétiques. Voir :
http://www.loiret.com/cgloiret/index.ph ... 54_buchers
Mais il faut voir aussi qu'il y avait un enjeu politique, ça explique peut-être le zèle...

En tous cas par rapport au Xe s., ces affaires paraissent donc plus nombreuses mais cela est aussi dans l'air du temps car l'Eglise va essayer de se réformer, d'avoir une emprise beaucoup plus grande sur le corps social et d'échapper à l'influence des princes.

Mais pour en revenir au sujet, ces affaires sont manifestement sans lien avec l'an Mil. c'est sur les dogmes et les principes que la dissidence apparaît et la date n'est jamais évoquée.

Le Millénarisme (Millénium du règne de Jésus sur terre) n'a aucun rapport avec la date de l'an Mil. Et on le voit bien sur ton lien, Armoisine.
Ce qui confirme ce que je lis par ailleurs dans le dictionnaire Mourre qui évoque une doctrine chrétienne "hétérodoxe" (je traduis donc par non-orthodoxe, j'ai bon ?), inspirée des conceptions juives sur le Messie où l'on retrouve, seul sujet qui nous intéresse ici, la fameuse durée de mille ans.
Le millénarisme, d'après Mourre, aurait été très répandu dans les premiers siècles de notre ère, et pas seulement dans des sectes isolées mais aussi chez des pères de l'Eglise.
Vivement combattue, elle disparaît vers le Ve s. pour réapparaître vers la Réforme (on la trouverait actuellement chez les Mormons et les Adventistes).

Voir aussi que dans l'Apocalype de St-Jean, les mille ans sont bien une durée et non une date. L'ange ne descend pas à la mort du Christ ou a sa naissance.

mais donc, les inquiétudes de Glaber et Chabannes (simples chroniqueurs, rappelons-le) ont pu être influencées aussi par ces affaires. Seulement on n'en trouve le lien que chez eux.
Le seul écho concret c'est ce que relate le moine de l'abbaye de Saint benoit sur Loire. Ce qui prouve qu'à cette époque aussi... Ils avaient des Paco Rabanne ! :D
et déjà à Paris, dites-donc...

La terreur supposée a été récemment encore démontée dans le livre de Sylvain Gouguenheim "les fausses terreurs de l'an Mil" chez Picard en 99, qui semble faire autorité.

Tu écris de mieux en mieux, Barberousse ! :)
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Messagede Foulques » 23 Nov 2005 20:07

Je le mets ici à titre récréatif….

On a une relation par le chroniqueur Landolf Senior de l'interrogatoire de l'hérésiarque Girard de Monforte par l'archevêque Aribert (Milan, 1027).

La profession de foi de Monforte est "Nous louons par-dessus tout la virginité". Il aurait dit :
"Aucun de nous n'use charnellement de son épouse, mais il lui donne son affection comme à une mère ou à une sœur"
- Mais comment se reproduira la genre humain ? s'enquiert Aribert
- "Comme les abeilles !"

:shock: :? 8)
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Messagede Barberousse » 24 Nov 2005 17:00

Vous de même cher foulques!
Il faut féconder le passé pour enfanter l'avenir.
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Messagede Jehan » 04 Jan 2006 13:38

L'an mil ! Et ses terreurs ? Combien de personnes savaient quelle était l'année ? La fin des temps est proche ! Je verrais, sauf erreur, les tentations millénaristes à la suite de Joachim de Flore.
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Messagede Foulques » 16 Jan 2006 21:29

Je viens de découvrir le film "le déclin de l'empire américain", que je n'avais pas encore vu (très bon d'ailleurs).

Dans certaines circonstances, une accorte jeune fille parle longuement des terreurs de l'an mil dans un salon de massage...

Pour ma part, j'aurais été le mec, j'aurai choisi la finition buccale pour échapper à ce flot de stupidités historiques !! :lol:

Hum... pardon ! :oops:
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Messagede armoisine » 17 Jan 2006 09:23

Tsss Tsss Tsss :evil: Solution facile.

Revenons à Joachim de Flore, l'idée est bonne mais chronologiquement fausse.
Joachim de Flore dont les dates sont 1132-1202 débarque après l'an Mil.

Quelques principes issu d'un site, pas le temps de détailler et puis ce sera mieux fait que par mes soins:

La doctrine
Aspects conservateurs
Par certains aspects, la doctrine de Joachim de Flore est assez conservatrice. Il se méfie des intellectuels qui rationalisent trop la foi (comme le font Abélard puis Thomas d'Aquin). Pour Joachim, tout se trouve dans les Écritures. Son refus de la raison, dirigé contre Aristote, est dans la grande lignée de la condamnation d'Abélard par S. Bernard.
Il se méfie également des laïcs. Ceux-ci sont censés obéir aux prêtres. Sa vision du salut est très monastique. Il préfère la contemplation à l'apostolat actif. Sa vision des choses est très éloignée de celle des ordres mendiants qui seront fondés peu après sa mort. En ce sens, il est étrange que ce soit sa pensée qui ait joué un rôle majeur dans l'élaboration de la doctrine des spirituels franciscains.
Enfin, il est très préoccupé par le développement de l'hérésie. Lui aussi diabolise les hérétiques, tout comme les autres religions : pour lui Saladin, vainqueur des croisés en 1187, est la figure de l'Antéchrist. Les hérétiques ont partie liée avec les Sarrasins : ils veulent saper de l'intérieur les défenses de l'Église. Pour lui, les hérésies sont comme les sauterelles de l'Apocalypse (9:1), qui apparaissent après la sonnerie de la cinquième trompette et envahissent la terre — signes avant-coureurs de la grande catastrophe finale.

La réflexion sur la Trinité
Mais la pensée de Joachim de Flore comporte une grande originalité : contrairement au reste du Moyen Âge, il ne pense pas que le monde vieillit, s'écartant d'autant de la pureté des premiers chrétiens. Il n'adopte pas le pessimisme de S. Augustin : pour lui, le monde va connaître quelque chose d'enthousiasmant avant la fin des temps.
C'est là qu'intervient sa réflexion sur la Trinité. Pour l'Église catholique, il y a trois personnes divines ne faisant qu'un (« trinité » : unité de trois) : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Joachim de Flore revisite le dogme à la lumière des messages prophétiques de la Bible, et plus particulièrement de l'Apocalypse. Il réintroduit l'espérance millénariste, mais pas au sens comptable : il ne promet pas mille ans de bonheur à proprement parler, mais quelques dizaines d'années. Pour lui, il y a espoir d'un changement heureux sur terre, et pour tous. Ce changement ne sera pas dû à l'action des hommes, mais par une intervention purement divine. Joachim de Flore est indifférent à la notion de progrès humain. Sa pensée reste traditionaliste et théocratique.
Pour Joachim, l'histoire humaine, du début jusqu'à son terme est toute résumée dans l'Apocalypse, et elle est découpée en trois âges.

l'âge du Père, le Créateur. C'est l'âge de la Loi donnée aux hommes, du Dieu qui punit et qui est craint, du peuplement de la terre.
l'âge du Fils. C'est l'âge de la Révélation de la sagesse cachée au cours des âges, du Dieu qui enseigne et qui aime, du Nouveau Testament donné aux hommes, de l'institution de l'Église pour annoncer la bonne nouvelle à tous.
l'âge du Saint-Esprit, qui donne la compréhension vraie du message du Christ à tous.
Avant l'avènement de l'âge du Saint-Esprit, le monde connaîtra des tribulations terribles, avec un déchaînement des puissances du Mal pour empêcher l'accomplissement de la volonté divine. Mais ce sera en vain, et la grande révélation aura lieu : tout le monde comprendra « l'Évangile éternel » (Ap 14:6). Dès lors, il n'y aura plus besoin d'Église ni d'institutions. Cette période durera peu de temps, elle sera suivie du retour du Christ et de la fin des temps.

Joachim ne souscrit pas aux millénarismes populaires qui espèrent l'avènement d'un paradis terrestre. Pas d'hédonisme chez lui, ce n'est ni la justice sociale ni le bonheur terrestre qui lui importent. L'âge du Saint-Esprit est pour lui un âge essentiellement spirituel, qui voit le triomphe des moins et des contemplatifs sur les hommes charnels. Il annonce deux ordres monastiques nouveaux, l'un contemplatif et l'autre actif. Le Pape, lui, sera un Pape angélique.
Joachim de Flore s'est lancé dans de savants calculs pour prédire l'avènement de cet âge. Il se fonde sur les chiffres du livre de Daniel (l'apocalypse juive, écrite vers 165 av. J.-C.) et le décompte des générations dans l'Évangile de Matthieu, pour en déduire que les temps qu'il vit (fin XIIe-début XIIIe s.) sont celles des atrocités prévues au changement d'âge : échec des croisades, extension des hérésies. Il compare la situation de l'époque à ce qu'avait été pour le peuple juif la captivité de Babylone, dans l'âge précédent. En tout cas, pour lui tout doit se passer d'ici 1260, qui verra la fin du monde (42 générations, en comptant 30 ans par génération). Ce sera alors l'ouverture du septième sceau, avec l'avènement de l'Antéchrist puis le sabbat attendu ici-bas, puis la fin des temps.

L'axiome « tout va changer sur terre » explique le sentiment d'urgence du XIIIe s. :
des aspirations nouvelles à la vita apostolica si peu réalisée dans l'« Église charnelle »
le développement inouï de la pastorale
le succès rencontré par les ordres mendiants
les missions en direction de la Caspienne, des portes de Fer (derrière lesquelles on croyait qu'Alexandre le Grand avait enfermé les peuples bibliques de Gog et Magog)
l'Inquisition

Joachim de Flore n'était pas le seul à croire à l'imminence de la fin du monde. D'autres intellectuels le rejoignaient sur ce sujet : Guillaume de Saint-Amour dans son Tractatus de periculis novissimorum temporum (Périls des temps nouveaux), Vincent de Beauvais ou encore le grand scientifique Roger Bacon, qui observe dans le ciel les signes qui annoncent la fin des temps. L'idée de Joachim de Flore rencontre donc un succès fulgurant, mais le bon père n'a pas vu qu'elle est lourde de menaces pour les institutions en place : il prédit un temps où l'Église sera inutile, où « l'Église de Jean remplacera celle de Pierre ». Ceci ne fait pas du tout l'affaire de la papauté, qui campe ferme sur ses positions augustiniennes et refuse tout progrès de l'Histoire.


http://www.eleves.ens.fr/home/mlnguyen/hist/med/joachim.html
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Messagede Galeswinthe » 28 Mar 2006 13:27

Le dernier livre du Nouveau Testament "l'Apocalypse" ou "Revelation", de st Jean contient l'annonce sur le mode visionnaire, de la fin des temps qui surviendra au bout d'une periode de milles années consécutives à la naissance du Christ, ce dernier revenant alors pour instaurer son règne et juger les vivants et les morts. Ce temps doit s'ouvrir tjs selon la prophetie, par une série de tourments s'abattant sur la terre et les actions malfaisantes des ennemis de l'Eglise infligeant des souffrances aux croyants.
[...]
C'est le chroniqueurs bourguignon Raoul Glaber qui, le premier, associe l'an Mil à la date de la fin des temps.
Aux yeux des historiens, depuis le XIXe siècle, il est ainsi veritablement devenu le "pere" du millénarisme et les extraits tirés de sa chronique ont veritablement forgés le mythe des terreurs de l'an Mil.
Dans ses "histoires" redigées entre 1031 et 1047, ce moine appartenant à l'ordre de Cluny releve les faits etranges et insolites s'etant produits entre 1000 et 1033: eclipses, seismes, famines.
Cependant on peut considerer que ses préocupations sont principalement eschatologiques et non millenaristes. Il ne dit pas que l'an Mil marque la fin des temps.
[...]
De plus, la plupart des gens ne savait pas qu'ils étaient en l'an 1000!
[...]
Le mythe des terreurs de l'an Mil ne correspond donc à aucune réalité établie: il a été forgé au début du XIXe siècle par le mouvement litteraire romantique qui voulait voir dans le christianisme medieval un temps de ferveur religieuse et de passion.
Repris et popularisé par des historiens comme Jules Michelet, il est peu à peu devenu l'une des images symboliques du Moyen Age, une période longtemps considérée comme incapable de controler ses emotions.

Source: Idées Reçues: Le Moyen Age
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Messagede Galeswinthe » 28 Mar 2006 13:41

Je rajoute aussi que si terreur il y a eu au Moyen Age concernant la fin du monde, elle a eu lieu vers la fin du XVe début XVIe après l'épidemie des Grandes Pestes qui ont decimé plus d' 1/3 de la population occidentale.
Cela a engendré au XVIe siècle (plutot debut renaissance que Moyen age je vous l'accorde) un climat eschatologique enorme, une peur et une angoisse de la mort absolue, reussir sa mort et gagner son salut était une des préocupations majeures. Dailleurs l'art de cette époque le montre bien avec les fresques des danses macabres, les transits sur les tombes (representation du mort en etat de décomposition).

Les historiens qualifient souvent cette période de "flambée du macabre" dans le "christianisme flamboyant".
Certitude que dieu et satan sont partout, qu'il faut etre très prudent, c'est dailleurs là que l'angoisse face aux sorciers s'amplifie.
Il ya une culture de la fin des temps, une possibilité de millenarisme, une certitude que le monde est vieux et qu'il va sur sa fin.
Le developpement de l'astrologie n'arrange rien car au moindre mouvement suspect des planêtes, c'est le flip total.

C'est une période assez sombre le fin XV debut XVIe.
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Messagede armoisine » 28 Mar 2006 16:01

Exact, je suis tout à fait d'accord.

C'est d'ailleurs dans ce climat qu'on a cherché une religion plus proche du message du christ, plus individualiste et rassurante quant au salut. D'où une relecture des écritures et la réforme.
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