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La promotion sociale au moyen âge

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Foulques » 02 Jan 2006 00:11

Dans le livre de Jacques Heers consacré à Jacques Cœur, on trouve entre autres ce passage très intéressant :

"Cette société dite "médiévale", que ceux qui parlent volontiers de "classes" ou d’ "ordres" et ânonnent les leçons apprises, présentent rigide, durement compartimentée, comme sclérosée et fermée à tous les mérites comme à toutes les audaces, était, à l’inverse, d’une remarquable souplesse et fluidité.
Communément, l’homme chargé d’office achetait terres et seigneuries, se faisait reconnaître comme noble par le roi ou, plus ordinairement, sans que soit promulguée une quelconque décision formelle, par une sorte de consensus tacite.
Si bien que définir la noblesse et tous les états d’approche n’était pas aisé : temps des incertitudes et des ambiguïtés. En tous cas, du petit négoce aux offices et ensuite aux grandes charges publiques et à la noblesse, en trois générations, de spectaculaires fortunes politiques et sociales pouvaient s’affirmer.
Isoler, dans ce contexte, le destin de Jacques Cœur serait pur artifice tant il est aisé d’en évoquer d’autres et non des moindres
."

S’ensuit effectivement nombre d’exemples de gens venant de peu ayant acquis de hautes charges.
Heers parle là de bourgeois enrichis du XVe siècle. Mais auparavant et en général, la société médiévale était-elle une société de castes dont nul ne pouvait sortir ?

Nous avons au moins deux exemples illustres qui semblent s’inscrire en faux : Suger, fils de serfs, devenu le quasi-premier ministre de Louis VI (ils avaient fréquenté la même école, je crois) et Gerbert d’Aurillac, devenu pape sous le nom de Silvestre II, sorti probablement d’un milieu très modeste.
Des exemples ne suffisent pas, certes, mais en l’absence de stats exhaustives, on prend ce qu’on a.

On sait que la situation financière précaire de beaucoup de nobles faisait qu’on pouvait les considérer comme des "seigneurs-paysans". Discrètement derrière la charrue et mi-navrés mi-fiers par les charges qui leurs incombaient spécifiquement, qui les ruinaient encore un peu plus tout en les rehaussant socialement.
Frappés par une spectaculaire conversion, si nombreuses à l’époque, ou à l’âge de la retraite, ces nobles rejoignaient des paysans au sein de monastères pour une vie commune. On a vu des nobles se dépouiller volontairement pour prêcher, même des chevaliers renier leurs épées, se laisser pousser barbe et cheveux et fonder des communautés parmi les humbles.

Mais peut-être pourrait-on dire qu’aucune condition sociale n’était monolithique, et que comme l’on conçoit très bien aujourd’hui des marchands très riches et d’autres très modestes, le cas était le même pour les nobles et les paysans.

J’ai l’impression que l’obscurité des temps anciens a jeté un voile pudique sur l’ascension sociale de nombre de lignées nobles d’extraction modeste. Et que, encore, c’est dans les temps classiques qu’on a durci la condition nobiliaire pour exiger des preuves de quartiers de noblesse qui n’étaient pas exigibles ni même pensables au moyen âge.

Si la naissance prédispose l’individu, si le groupe social prend le pas sur lui et si l’inégalité des conditions est l’une des bases de cette société, il reste que son compartimentage n’est pas étanche mais poreux.

Il reste que je devine le poids du groupe social sur l’individu qui cherche à sortir de sa condition… A une époque où le charivari sanctionne les écarts, où ceux qui se prennent des airs se font surnommer "Le pape" ou "Le Comte", le fait devait quand même relever de l’exploit.

Voila, c’est juste une base de discussion !
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Messagede armoisine » 03 Jan 2006 20:52

C'est vrai on a parfois tendance à vouloir simplifier les shémas sociaux pour une meilleure compréhension mais au détriment des nuances historiques.
Toutefois, en étudiant la société médiévale italienne, on constate une forte promotion sociale du fait du développement et de l'émancipation des communes. Mais cela au début du mouvement. Puis il y a une fermeture des "classes", et notamment de la classe supérieure (la dégradation sociale est asssez marginale somme toute). Et ce dés la mi XIIIè.
Janus pourra peut être nous éclairez également là dessus.

Tout ça pour dire que je me demande si une étude détaillée existe à ce sujet en France ou s'il faut se contenter de quelques exemples. Y a-t-il eu également fermeture vers la fin du Moyen Age?

Je constate simplement que les grandes caractéristiques sociales et culturelles sont cycliques. Je m'explique.
De même que la ferveur religieuse a ses périodes de doute et de grandes rigueur, l'ascension ou la possibilité sociale va et vient.
Pour la religion, disons une ferveur toute médiévale puis une déliquescence, une remise en cause profonde à la Renaissance. Retour de la ferveur (obscurantisme au choix) avec le siècle dévôt, le XVIIè. Et là on repart dans la contestation avec le siècle des lumières, le libertinage (à savoir les libres penseurs). Et un siècle à nouveau austère, le XIXè qui consacre la France au Sacré Coeur. Et puis nous r'voilà r'partis, la chute de la ferveur religieuse tout au long du XXè... Et aujourd'hui, recherche de repères. On veut croire mais à quoi? Mondialisation oblige, ce n'est plus le traditionnel christianisme qui revient mais l'exotisme (bouddhisme, islam etc) voire le puritain (évangélistes etc).

Alors question ascension sociale? Je préfère partir de la période moderne que je connais mieux: possibles carrières dans la robe ou la cuirasse pour les non nobles au XVIIè, puis vers la fermeture au XVIIIè (la révolution fut d'abord nobiliaire), l'ouverture sous Napoléon pour des hommes sortis du rang ou des lycées. Puis exclusivité sociale du retour à l'ordre moral(quoique Balzac et autres réalistes montrent l'ascension de jeunes loups mais à quel prix?). Et aujourd'hui?

Voilà, je voudrais essayer de voir si ce genre de concept cyclique s'applique aussi au domaine social.
Désolée pour le pavé indigeste!
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Messagede Janus » 04 Jan 2006 12:04

armoisine a écrit:Toutefois, en étudiant la société médiévale italienne, on constate une forte promotion sociale du fait du développement et de l'émancipation des communes. Mais cela au début du mouvement. Puis il y a une fermeture des "classes", et notamment de la classe supérieure (la dégradation sociale est asssez marginale somme toute). Et ce dés la mi XIIIè.Janus pourra peut être nous éclairez également là dessus.

Oui, c'est vrai! Il y a un "lutte de pouvoir" qui se developpe entre l'ancienne aristocratie "rurale" et la nouvelle classe sociale des marchants (en simplifiant beaucoup) de la ville.
Cette nouvelle classe sociale était constituée par les "nouveaux riches" qui provenaient de la classe moyenne mais aussi de la petite aristocratie!
Les Medici de Florence c'étaient, au début, des nobles qui venaient de la campagne et qui ont utilisé leur argent pour devenir banquiers!
Un noble qui devient bourgeois pour mieux s'enrichir ... et par consequence prendre le pouvoir! c'est drole!
Une fois que ces "nouveaux riches" ont pris le pouvoir, il y a un periode plus "statique" du point de vue social ... et ça va changer seulement avec la crise de cette societé!

armoisine a écrit:Je constate simplement que les grandes caractéristiques sociales et culturelles sont cycliques.

Oui! c'est tres vrai! chaque societé a une vie ... et une mort!
Quand le pouvoir et le controle politique et economique commence à se faiblir, on commence un nouveau cycle: bien sur que ces cycles sont tres differentes entre un pays et l'autre ... et meme la longueur de chaque cycle c'est tres differente ...

En revenant au sujet du topic: il y avait 3 possibilités pour s'élever du point de vue social: à travers la vie ecclesiasiastique (voir les exemples de Foulques) mais aussi avec la guerre et le commerce ...

Si les Medici de Florence sont un exemple de ce dernier cas, les Sforza de Milan doivent leur pouvoir à la guerre...
Le premier Sforza c'était Muzio Attendolo (Sforza c'était un surnom ... ça veut dire Efforce) c'était le chef des troupes du Seigneur de Milan ( il y avait les Visconti) et il avait des humbles origines (soldat de fortune ...) Avec la mort du dernier Visconti il a pris le pouvoir et il a creé une des familles plus puissantes de l'Italie de la fin du MA !
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Messagede armoisine » 25 Jan 2006 20:35

Je m'avance peut être en fesant une monstrueuse généralité, mais j'ai pu constater en comparant l'histoire "française" de l'histoire médiévale "italienne", que la dimension commerciale n'a quasiment jamais quittée le contexte social italien. L'héritage romain y est sans doute pour beaucoup.


Pourtant, je me rappelle de mesures, notamment sous la République, qui interdisaient à l'ordre équestre, qui prenait de plus en plus d'importance par le commerce, d'intégrer le Sénat. Bien sûr, la puissance de l'ordre équestre a permis plus tard une véritable reconnaissance et sous l'Empire c'est eux qui dominent.
Ainsi la dimension "sacrée" de l'exercice politique s'est trés tôt méfiée de la pratique du commerce, mais la limite a vite été poreuse.

Et durant l'époque médiévale, le commerce a permis l'avancée et le progrés des territoires italiens, sans déshonneur lié au travail. Au contraire cela a facilité l'ascencion sociale de certains.
En gros, l'essor de la vie urbaine a permis trés tôt l'émergence d'une "bourgeoisie", là où en France, le pouvoir restait une question de principe féodal et de hiérarchie de serments.

En cela peut-on dire que la culture commerciale de l'Italie a permis une certaine modernité tandis qu'il lui manquait la stabilité d'un Etat "uni" et indépendant comme la France pour conserver ce "progrès"?
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Messagede Janus » 25 Jan 2006 22:32

armoisine a écrit:En gros, l'essor de la vie urbaine a permis trés tôt l'émergence d'une "bourgeoisie", là où en France, le pouvoir restait une question de principe féodal et de hiérarchie de serments.

Oui! pour le Nord de l'Italie c'est bien vrai, tandis qu'au Sud la feodalité n'a été jamais mise en discussion ...
En effet, en Italie l' haute-bourgeoisie a su "se transformer" en noblesse ..
Mais c'est vrai aussi le contraire: les nobles souvent se dediaient aux activités de l'haute-bourgeoisie ( banquiers, marchands etc.)

Ces "deux visages" del la noblesse, coexistent souvent dans la meme famille: les Fieschi de Genes, par example, ( la famille du Pape Innocent IV) c'étaient des nobles qui vivaient sur les montagnes à l'est de Genes ...
Au début, leur pouvoir c'etait lié aux privileges feodaux et à la rente agricole ...
La politique de Genes c'était d' "englober" ces fiefs agricoles en "transformant en bourgeois" leurs seigneurs!
    Les Fieschi ont laissé leurs fiefs à Genes ...
    Les Fieschi se sont transformés en marchands ...
    La famille des Fieschi est devenue une des plus puissantes de la ville!

En ce cas ... soit Genes que les Fieschi ont eu des avantages.


Beaucoup plus souvent,
    les seigneurs foedales vendaient leurs territoires à Genes,
    ils venaient vivre dans la ville,
    ils vivaient dans le luxe ... et enfin ils se ruinaient!

armoisine a écrit:En cela peut-on dire que la culture commerciale de l'Italie a permis une certaine modernité

Sur la culture commerciale ... oui, c'est possible!

armoisine a écrit:tandis qu'il lui manquait la stabilité d'un Etat "uni" et indépendant comme la France pour conserver ce "progrès"?

Je ne sais pas ... peut etre aussi le contraire!
Peut etre aussi que la fragmentation et l'instabilité soient les causes de cette modernité ... c'était pas la meme chose aux Pays Bas? :?:
Là où il y a un pouvoir "fort" feodale cette "modernité" ne peut pas se developper ...
Quand le pouvoir central devient plus faible, tout c'est plus facile! :)
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Messagede armoisine » 26 Jan 2006 10:39

Voilà, en fait ce que je voulais dire c'est qu'il n'y a pas vraiment de démarquation entre spère politique (et prestige) et sphère commerciale en Italie. Que ce soit de la part des nobles ou des grands bourgeois. Chose qui n'a pas eu cours en France et dont on dit que c'est un des élèments de l'échec impérialiste français (là où à la différence des anglais etc, la France n'a pas réussi à établir un empire colonial efficace).

Janus a écrit:Peut etre aussi que la fragmentation et l'instabilité soient les causes de cette modernité ... c'était pas la meme chose aux Pays Bas? :?:
Là où il y a un pouvoir "fort" feodale cette "modernité" ne peut pas se developper ...
Quand le pouvoir central devient plus faible, tout c'est plus facile! :)


C'est vrai aussi que la fragmentation permet l'émancipation.
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Messagede Janus » 26 Jan 2006 11:28

armoisine a écrit:Voilà, en fait ce que je voulais dire c'est qu'il n'y a pas vraiment de démarquation entre spère politique (et prestige) et sphère commerciale en Italie. Que ce soit de la part des nobles ou des grands bourgeois.

Oui ... c'est bien vrai tout ça! :wink:

armoisine a écrit:Chose qui n'a pas eu cours en France et dont on dit que c'est un des élèments de l'échec impérialiste français (là où à la différence des anglais etc, la France n'a pas réussi à établir un empire colonial efficace).

Tandis qu'en Italie on voit pendant le MA, la naissance des empires coloniaux (liés encore un fois aux commerces) de Genes, Pise et Venice ...

Avec la fin du MA (et de la puissance commerciale italienne) ces colonies sont toutes disparues ...
et ça a coincidé avec le passages à un systeme politique plus rigide et autoritaire ...
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Messagede Gautier » 31 Aoû 2009 00:51

Bonjour,
Une question très intéressante.
Avant de prendre part au débat de manière plus précise, je me contente d'indiquer les principaux facteurs d'ascension sociale au Moyen Age, à mon sens :
- le mariage, facteur le plus courant, mais souvent le plus puissant : on peut par exemple hériter d'une seigneurie très importante, même d'un royaume
- l'enrichissement (le plus souvent par le commerce et les finances) : il permet par exemple à un bourgeois d'acheter des fiefs et seigneuries, lui permettant de s'immiscer peu à peu dans la noblesse
- l'éducation (qui a une place beaucoup moins importante que de nos jours comme "ascenseur social", mais de plus en plus) : elle permet, par des études de théologie, de devenir clerc, ce qui peut mener à une place d'évêque voire de pape, ou par des études de droit de devenir homme de loi (avocat, juge, notaire, serviteur de l'Etat sur le plan local, comme bailli par exemple, ou central, comme conseiller au Parlement par exemple)
- le service de l'Etat, en l'occurence du roi ou du prince, qu'il soit judiciaire, administratif ou financier (qui est tributaire de l'éducation, et parfois de la richesse, du moins pour les offices financiers) :il donne puissance et richesse (pour les offices importants, je ne parle pas des simples gardes des sceaux de prévôté, par exemple) et permet même d'être anobli
- la guerre : il faut par exemple avoir combattu pour être reconnu pour noble, et les expéditions lointaines comme la conquête de l'Angleterre par les Normands ou les croisades ont permis à bien des petits nobles de se tailler des seigneuries et exercer des fonctions politiques.
Bien entendu, tous ces facteurs d'ascension sociale se combinent parfois. C'est particulièrement le cas pour passer de la roture à la noblesse.
Gautier
 
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