J'ai vu un texte qui m'a paru bien fait et équilibré sur un forum internet, écrit par un certain Christian Navis. Il y aurait des choses à discuter mais c'est une bonne base de départ, je pense. Je le cite donc ce qui m'évite d'écrire un article (je ne mets pas en rouge ou en citation pour ne pas gêner la lecture):
"1/ Lorsqu'elle est envahie, l'Andalousie est presque déserte.Et la densité de population reste faible malgré l'afflux d'arrivants.Donc, peu de causes de disputes avec les autochtones.
2/ Un peu plus tard, des survivants de la dynastie Ommeyade fuyant Damas instaurent un califat en Andalousie. Ces gens là sont des musulmans pragmatiques, aux pratiques peu orthodoxes.
Non seulement on les accuse d'avoir éliminé les descendants du prophète, mais en plus d'aimer la vin, la poésie, la musique,de ne pas faire leurs 5 prières tlj et de se soucier peu de convertir les populations conquises.
3/ Malgré leur tolérance, poussés par des séditions de religieux qui embraseront régulièrement l'exception andalouse, les califes obligeront quand même bon nombre de chrétiens à se convertir.
Lesquels, au début de la reconquista seront pris entre deux feux et n'en sortiront pas indemnes (l'affaire des martyrs de Cordoue estle plus connu de ces drâmes)
4/ Les juifs ont un sort à peine meilleur parce qu'ils parlent arabe,ne mangent pas de porc et pratiquent le prêt d'argent interdit par l'islam.
Les califes les autorisent à apprendre la grammaire et la calligraphie arabes, interdites aux infidèles partout ailleurs, et même à s'instruire pour les soigner, leur traduire la philosophie et la science de l'antiquité,leur écrire des contes et des poèmes, et leur jouer de la musique.
De nombreux "savants arabes" de cette époque sont des juifs qui ont changé de nom. Et parfois aussi de religion en apparence.
5/ Mais cette coexistence pacifique ne doit pas faire oublier que la règle générale, c'est la dhimmitude: Les juifs et les chrétiens
doivent accepter un statut inférieur, par exemple leur témoignage vaut celui d'une femme (sans autre commentaire...)Ils doivent payer plus d'impôts pour être protégés, en d'autres termes c'est du rackett.
Les métiers nobles, en particulier ceux des armes, leur sont interdits. Et, dans la rue, ils doivent s'effacer et baisser les yeux pour ne pas croiser le regard d'un musulman. Il leur est même interdit de posséder un cheval.
6/ Parfois, ça s'arrange un peu, parce qu'un calife a besoin de discrets fournisseurs en vin, ou de prêteurs d'argent très patients...remboursés avec un poste de wizir par exemple!
Ou plus prosaïquement, parce qu'il a besoin d'un allié chrétien dont en contrepartie il ménagera les semblables.Soit pour se débarrasser d'un rival arabe, cas le plus fréquent, soit pour éloigner la menace berbère.
Ainsi, au début du XIème, les Berbères détruisent m'dina az zahra dans un véritable raid commando.
Abd el rahman III appelle alors des chrétiens à son secours!
En ces périodes médiévales, la notion de nation n'existait pas et si la religion les opposait, des intérêts communs pouvaient réunir ponctuellement des chefs de guerre.Paradoxalement, c'est par ces alliances guerrières que se faisait le mieux l'interpénétration(très relative des cultures!
7/ D'autres fois, un sectaire atrabilaire gouverne, et la dhimmitude au quotidien est entrecoupée de mises en esclavage et de pogroms
contre les infidèles. Surtout quand arriveront les premières nouvelles des croisades, les dhimmis andalous faisant alors d'excellents otages ou des boucs émissaires de choix selon le moment et l'humeur.
Bref, des situations très différentes selon la ville et l'époque, mais globalement la servitude pour tous, l'incertitude pour quelques uns,et de rares cas de favoritisme en faveur des dhimmis jugés utiles.
On est quand même loin du grand amour...
8/ Le mythe de l'âge d'or andalou est né plus tard, sous la plume des protestants, puis des philosophes des lumières sauf Voltaire,puis des anticléricaux, pour finir sur les gondoles de la supérette
du prêt-à-penser de notre temps.
Leurs arguments, spécieux, reposent sur le fait que l'islam d'alors aurait été plus tolérant que le christianisme. Ce qui est faux. Les chrétiens
s'alliaient volontiers aux musulmans, le pape Léon X a même eu pour éminence grise un certain Hassan al wazan diplomate andalou-marocain, ce qui ne l'empêchait pas de combattre ses hérétiques avec férocité.
Les Maures ne faisaient pas autrement avec leurs propres dissidents.
N'oublions pas non plus Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui fit un voyage en Andalousie en1142 alors que la reconquista reprenait son cours.
Fasciné par les théologiens islamistes, et après avoir vainement cherché à établir un pont entre les évangiles et le coran, il conclut avec les
ulémas une alliance objective contre les toutes premières tentatives de résurgence de la pensée rationaliste.
Ce n'est pas un hasard si, à ce même moment, des deux côtés des Pyrénées fut condamné Ibn El Rushd (Averroés) pour avoir tenté de concilier foi et raison dans son fameux commentaire d'Aristote."
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