Données personnelles M'enregistrer Connexion aux pages perso et au forum ! icon

Le droit de cuissage

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Foulques » 17 Avr 2006 20:05

Wild a écrit:Est ce que vous connaissez le "droit de grenouillage?" :lol: :wink:


Je préfère le "droit de prélassement", encore plus drôle : le seigneur étant censé réchauffer ses petits petons dans les entrailles d'un cerf éventré... :shock: :lol:

Je ne sais pas ce qu'avait bu le type qui a inventé ça mais ça devait être de la bonne !
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

Messagede Wild » 19 Avr 2006 18:59

Foulques a écrit:
Wild a écrit:Est ce que vous connaissez le "droit de grenouillage?" :lol: :wink:


Je préfère le "droit de prélassement", encore plus drôle : le seigneur étant censé réchauffer ses petits petons dans les entrailles d'un cerf éventré... :shock: :lol:

Je ne sais pas ce qu'avait bu le type qui a inventé ça mais ça devait être de la bonne !



Lol! je ne connaissais pas :lol:
Avatar de l’utilisateur
Wild
Bon contributeur
Bon contributeur
 
Messages: 223
Inscription: 15 Nov 2005 21:27

Messagede Hermione » 19 Avr 2006 22:29

Toujours dans le même goût, l’ouvrage d’un certain Clerget qui nous apprend que lors de soirées trop fraîches il n’était pas rare que les seigneurs éventrent 2 de leurs serfs pour se réchauffer les pieds ! (comme si un seul n’aurait pas suffit…). C’était ce qu’il appelait le « droit de prélassement »…naturellement le citoyen Clerget ne citait pas ses sources.

En fait notre fameux droit de cuissage serait aussi né d’une confusion par rapport à une expression de droit coutumier ; en effet les mariages étaient interdits en dehors de la seigneurie, il fallait payer une somme d’argent si on tenait à le faire, cette taxe s’appelait « coulage », qui vient du latin cullagium qui signifie collecte, mais certains esprits malicieux on vite faite de transformer coulage en…culage.

Il existait par contre un droit de « jambage », qui consistait à ce que le seigneur mette l’une de ses jambes dans le lit des jeunes mariés (c’est comme ça, vous savez le folklore…) ; en tout cas c’est bien ce droit de jambage qui va se transformer, toujours grâce à l’esprit mal tourné de certains, en droit de « cuissage ».
Ecrire l'Histoire, c'est foutre la pagaille dans la Géographie. [Daniel Pennac]
Avatar de l’utilisateur
Hermione
Bon contributeur
Bon contributeur
 
Messages: 264
Inscription: 08 Jan 2006 00:42

Messagede armoisine » 20 Avr 2006 09:03

Il me semble qu'henri IV, ne pouvant honorer sa dame lors de la nuite de noce, passa une jambe dans le lit conjugal pour marquer l'union comme consommée. Je crois que c'était avec Marguerite de Valois, soit qu'elle fut outrée de cette alliance, soit qu'elle fut rebutée par les odeurs de son mari (style "cavalier aillé").
Quand j'aurais retrouvé le passage je donnerai plus de précision.

Tout ça pour dire que mettre sa jambe dans le lit conjugal le soir de la nuit de noce n'est pas dénué de sens, et aurait pu passer pour une humiliation. Au moins symbolique. En tout cas ça marque, comme tout les autres droits, la domination du seigneur.
Dernière édition par armoisine le 20 Avr 2006 13:41, édité 1 fois.
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
Avatar de l’utilisateur
armoisine
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 1325
Inscription: 02 Juin 2005 20:21
Localisation: Dans mes rêves

Messagede armoisine » 20 Avr 2006 13:40

J'ai trouvé ce passage à la suite de ce qu'Hermione a inscrit:

Il existait par contre un droit de « jambage », qui consistait à ce que le seigneur mette l’une de ses jambes dans le lit des jeunes mariés (c’est comme ça, vous savez le folklore…) ; en tout cas c’est bien ce droit de jambage qui va se transformer, toujours grâce à l’esprit mal tourné de certains, en droit de « cuissage ».

Mais avouons tout de même que dans certains pays le droit « cuissage », au sens où on l’entend, fut de mise. Ainsi en Ecosse, un texte du 16ème nous apprend que le roi renonçait à son droit en échange du paiement d’un mark d’argent (le mot mark venait de cheval, ce qui signifiait qu’il avait le droit de chevaucher la mariée…). Bref, le droit de cuissage a exister malgré tout dans certaines régions, mais il ne se borne pas au Moyen Age comme les « jules-ferryste » tiennent à nous le faire croire.


http://www.yrub.com/histoire/mensongecuissage.htm

Mais là encore je me demande si le rapprochement cheval-mariée est correct... Je pense que certains seigneurs ont pu avoir une tendance "tyrannique" à s'arroger des droits qui n'étaient pourtant pas de coutume et pourquoi pas convoiter la femme d'un de ses serfs...
Mais je crois que ce n'est que spéculation en l'absence de preuve indiscutable...
Le mythe du "bon"seigneur n'existe pas plus selon moi que celui du "mauvais".
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
Avatar de l’utilisateur
armoisine
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 1325
Inscription: 02 Juin 2005 20:21
Localisation: Dans mes rêves

Messagede Foulques » 20 Avr 2006 18:34

Ce Yannick Rub, qui ne cite pas ses sources, se trompe sur deux points.

Pour l’Ecosse, il s’agit de la légende du roi Evenus, citée dans l’article de Blanrue, hypothétique roi du premier siècle avant JC. C’est l'Ecossais Hector Boethius, qui vivait à Paris, qui a parlé de cette légende dans son histoire de l’Ecosse parue en 1526. Il en parle à propos du roi Malcolm III Canmore (1058-1093) qui aurait fait cessé cet « usage très mauvais et honteux » en faisant racheter ce droit par le versement d’un demi-marc d’argent. Cette mention va se répandre en europe avec le succès du livre, écrit en latin, porté par l’imprimerie.

L’histoire sera reprise (sans vérifications bien sûr) par de multiples tâcherons et plagieurs dont un qui se trompera en plus en recopiant mark là où il y avait demi-marc. Or mark pouvait dire "cheval" dans d’anciennes langues ce qui va créer une confusion supplémentaire.

Alain Boureau est catégorique : l’histoire de Boethius est une invention. Personne avant lui n’en a jamais parlé, pas même son ancien condisciple John Major qui écrivit une histoire de l’Ecosse cinq ans avant lui.

Boureau rappelle le contexte : créer une historiographie, parfois de toutes pièces, pour donner ses lettres de noblesse à l’Ecosse. Ainsi Boethius n’hésite pas à attribuer à une certaine Scotia, fille de Pharaon, la fondation de la nation, l’emportant en prestige sur les pays voisins.
Par la même occasion, démontrer la valeur civilisatrice de l’irruption du christianisme sur les pays barbares où, supposait-on, les hommes forniquaient en tous sens. Bref, c’est une parabole dans le meilleur des cas, une œuvre de propagande dans le pire.

La qualité des informations de ce Boethius est illustrée également par ce passage trouvé sur le Net :

« Hector Boethius, Hist. Scot., raconte aussi le cas d’un jeune Écossais qui, pendant plusieurs mois, reçut dans sa chambre, quoique les portes et fenêtres en fussent hermétiquement (note: this word comes from the “Hermetic Brothers,” or the Rosicrucians) fermées, les visites d’une Diablesse Succube (as it was supposed or assumed, perhaps wrongfully) de la plus ravissante beauté; caresses, baisers, embrassements, sollicitations, cette Diablesse (or Temptress) mit tout en oeuvre, ut secum—ce qu’elle ne put toutefois obtenir de ce vertueux jeune homme. »

http://altreligion.about.com/library/te ... ians53.htm
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

Messagede Foulques » 20 Avr 2006 18:45

Je ne connais pas cette histoire d’Henri IV, mais le droit de jambage n’a pas plus existé que le droit de cuissage. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de dire qu’aucun seigneur n’a jamais convoité la femme d’un autre, ni violé, mais qu’aucune coutume ne lui donnait un droit reconnu de le faire, que c’était juridiquement permis, ce qui change tout.

Je ne sais pas d’où sort cette histoire de passer une jambe dans le lit des mariés, Boureau n’en parle pas.
Il se peut qu’il y ait des usages, des traditions très locales, mais où ? J’y crois pas trop.
Par contre il est évident que pesait sur le mariage une forte pression sociale. Je pense au charivari, chahut organisé par la communauté lorsque le mariage déplaisait (différence d’âge ou de condition sociale) ou lorsque l’un des mariés ne s’était pas acquitté d’une forme de tribut (par exemple les vieux célibataires qui devaient payer un coup à tous les hommes de même statut que lui), ça pouvait même dégénérer en fonction de la virulence ou de l’état d’ébriété.
Même sans ça la foule accompagne les mariés jusqu’au lit conjugual, les recueille au lever avec sans doute force quolibets, etc… Ce devait être hyper lourd.
L’une des raisons qui font que l’Eglise n’ait accepté que très tardivement le sacrement du mariage comme on le connaît c’est justement ce contexte égrillard qu’elle redoutait.

Tiens, je pense à une chose : j’ai lu que parfois, des familles pouvaient faire leur fête de mariage au château (où ils avaient plus de place et de prestige). Un texte rapporté par Geneviève d’Haucourt : « Qui se marie en ce fief, […] s’il veut venir manger au château, lui et sa femme, ils apportent deux pots de vin, un gâteau de froment et un morceau de bœuf ». Ce genre d'usages, déformé, peut éventuellement donner naissance à des légendes…

Et de toutes façons le petit seigneur devait être souvent présent aux mariages de ses assujettis, sans vouloir m’avancer.
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

Messagede armoisine » 20 Avr 2006 19:28

Donc c'est bien ce qui me semblait cette histoire d'Ecosse est loin d'être exacte. Bizarre alors cette ouverture alors que tout l'article tendait à défaire l'idée du droit de cuissage.

Pour la non consommation de la nuit de noce substituée par une jambe dans le lit conjugal, je n'ai pas retrouvé le passage et me demande même s'il s'agit d'Henri IV, et pas plutôt de Louis XIII voire carrément d'un autre...
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
Avatar de l’utilisateur
armoisine
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 1325
Inscription: 02 Juin 2005 20:21
Localisation: Dans mes rêves

Messagede Foulques » 20 Avr 2006 20:47

armoisine a écrit:Pour la non consommation de la nuit de noce substituée par une jambe dans le lit conjugal, je n'ai pas retrouvé le passage et me demande même s'il s'agit d'Henri IV, et pas plutôt de Louis XIII voire carrément d'un autre...

Entre nous ça me surprenait beaucoup que le Vert-Galant boude une nuit de noces ! :D
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

Messagede Foulques » 25 Avr 2006 20:15

Une anecdote…

En septembre 2004, j’entends à la radio une émission sur la révolution française. L’invité prestigieux est l’historien Jean Tulard, bien connu pour ses travaux qui font autorité sur la période Révolution-Empire.

Au début, le journaliste l’interroge : "alors qu’est-ce que la Révolution va apporter ?" (ou une question du même type). Ce à quoi le spécialiste répond : "d’abord la fin des droits seigneuriaux. Les droits seigneuriaux qu’est-ce que c’est ? C’est la taille, … (je me souviens plus de la 2e assertion), le droit de cuissage, qui certes n’existait plus depuis longtemps… "

Là je bondis, forcément… Quelques jours après, je prends ma plus belle plume et j’envoie cette lettre (diplomate) à l’historien, aux bons soins des éditions Fayard :

« Monsieur,

J’ai eu le plaisir de vous écouter lors de l’émission de Jacques Pradel sur Europe 1, le 28 septembre.

J’ai cependant été très surpris de vous entendre citer le droit de cuissage quand vous avez évoqué les droits seigneuriaux. Je pensais que ce droit qui aurait accordé au seigneur la première nuit avec la jeune épousée relevait de la pure légende.

Le dernier ouvrage de référence sur la question est d'Alain Boureau aux éditions Albin Michel en 1995. Il conclut : "Le droit de cuissage, donc, n'a jamais existé dans la France médiévale." Et pas plus dans les époques suivantes, semble t’il.

Il semblerait que ceci relève des même légendes que les droits de ravage, de délassement ou des battues aux grenouilles sur les étangs. Ceci ne serait pas de l’histoire même si, bien entendu, des abus de pouvoir ont parfois eu lieu.

Je vous remercie de bien vouloir me dire votre opinion à ce sujet ou m’orienter vers les bonnes sources d’information.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, etc…


Quatre jours après (seulement !) je reçois cette réponse de lui :

« Le 15 octobre 2004

Cher Monsieur,

Le droit de cuissage n’était plus pratiqué en effet en 1789, sauf dans les romans et nouvelles de Sade. Les cahiers des Etats Généraux n’en font pas mention.
Mais Voltaire l’évoque encore : « les seigneurs avaient imaginé le droit de cuissage ».
C’est une coutume très ancienne : en fait le seigneur avait le droit de passer une jambe nue dans le lit des nouveaux mariés. Ce fut –dit-on- étendu à la première nuit de noces.

Merci pour l’intérêt que vous avez bien voulu prendre à mon émission. »


Croire à l’existence de quelque chose en se basant sur la seule parole de Voltaire, cette talentueuse langue de vipère, et en parler à une émission de vulgarisation sans plus de recherches, me laisse pantois…
J’aurais perdu mon temps en lui répondant, je ne l’ai donc pas fait.

J’en conclue que cet homme est d’une civilité louable mais que l’historien travaille d’une bien drôle façon là où on attendrait un semblant de recherches, de vérifications personnelles avant d’en parler en public.

Il est notoirement connu que les encyclopédistes et Voltaire ont fait œuvre de propagande à leur époque, en cherchant tous les arguments et coups bas contre la monarchie et l’Eglise. Ils ont ainsi ressorti comme crédibles tous les ragots de l’histoire comme le droit de cuissage ou la femme sans âme, et bien d’autres fadaises.

Qu’en 2006, on en soit encore là, à justifier la révolution française par des balivernes, et d’une manière générale à travestir l’histoire par d’abondants mensonges (surtout par omissions, j’en vois plein dans les nouveaux bouquins d’histoire qui sortent en librairie), ça me sidère.
Quand pourrons-nous enfin parler de l’histoire –ancienne qui plus est- en restant objectif (j’ai pas dis impartial) ?

Il est clair que jamais je n’achèterai un livre de Jean Tulard, parce que je préfère les historiens sérieux.

Tiens, mort de rire ! En regardant :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tulard

Je m’aperçois qu’il a écrit un livre en 1991 sur "le métier d’historien" ! Ça doit être là qu’il a du dire : « L'historien est au service de la vérité et non de la morale ».
Je préfère les paroles qui sont suivies d’actes.
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

 


  • Articles en relation
    Réponses
    Vus
    Dernier message

Le Moyen Age... Info complémentaires

Services et Infos

cron