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Le droit de cuissage

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede armoisine » 26 Avr 2006 06:50

C'est un exemple flagrant.
Une des épreuves du capes consiste à connaître l'histoire et la "déontologie" des disciplines historiques et géographiques.

Et il est constant de remarquer des paradoxes entre la méthode envisagée et le résultat écrit.

En fait il ne faut pas plus faire confiance à l'historien qu'au journaliste. L'historien est le journaliste du passé et autant que lui, il est conditionné et parti pris. Parfois même il a l'amour de la formule et de l'argument, quitte à tordre les faits.

En cela je pense que Michelet est le plus honnête, en inscrivant sa démarche dans sa propre histoire personnelle, "retranscrire la vie passée c'est un travail de soi sur soi" ou quelque chose du genre.
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
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Messagede Aaarrrgggh » 23 Mar 2007 20:18

Je suis tombé tout au hasard sur le livre "histoire des paysans", et qui fait mention de tous les mythes que vous citez. Voici des extraits :

Je cite sans déformer :

"Non-seulement les seigneurs disposaient de l'union et des fruits de l'union de leurs sujets, mais encore ils avaient droit aux prémices de l'amour de leurs jeunes serves. "Les seigneurs, dit l'abbé Velly, avaient imaginé le droit de prélibation, qu'on appela depuis markette : c'était de coucher la première nuit de noces avec les nouvelles épousées leurs vassales... Ce fut le roi Evène qui l'introduisit le premier en Ecosse, d'où il passa en Angleterre, en Allemagne, en Piémont et dans plusieurs autres parties de l'Europe... Le savant Papebrock nous apprend que de nos jours les seigneurs l'exigent de leurs serfs en quelques provinces des Pays-Bas, de la Frise et de la Germanie. On voit par plusieurs monuments que cette coutume honteuse fut usitée dans toute sa rigueur jusques en France, où la religion semblait anciennement avoir fixé le siège de son empire."
Montaigne aurait dit : "Si c'est un laboureur ou quelqu'un du bas peuple, c'est alors au seigneur à coucher avec l'épousée avant lui. (Essais, livre 1er, chapitre XXII)

Après : Le seigneur de Fère, Guy de Chatillon, rédaction de la charte de Fère : "Comme sire de Mareuil puet et loit avoir droit de braconnage sur fille et fillette en medite seigneurie ; si se marient et ne le les braconne, échéent en deux solz envers ladite seigneurie.

Dans les coutumes locales d'Amiens :
"Item, et quant aucun des subjietz et sbujietes du dit lieu de Drucat se marye et la feste et noeupces se font au dit lieu de Drucat, le marié ne peult couchier la premiere nuyt avec sa dame de noeupce sans le congié, licence et autorité du dit seigneur, auquel le dit seigneur ait couchié avec la dite dame de noeupce ; lequel congié il est tenu de demander
audit seigneur ou à ses officiers ; pour lequel congié obtenir, le dit maryé est tenu bailler un plat de viande tel que on le mange aux dites noeupces ; et est le dit droit appelé droit de cullaige, et d'icelui droit de cullaige le dit seigneur et ses prédécesseurs ont joy de tout temps et de tel, qu'il n'est mémoire du contraire."

Puis (1419) :

"Audit lieu, aussi ay le droit de prendre sur mes hommes et autres, quant ils se marient en ma terre, dix solz tournois et une longue de porc tout au long de l'eschine jusqu'à l'oreille, et la queue franchement comprise en icelle longue, avec un gallon de tel breuvaige comme il aura aux noces, ou je puis et dois, s'il me plait, aller coucher avec l'épousée, en cas où son mari ou personne de par lui ne me paierait à moi ou à mon commandement l'une des choses dessus déclarées."

Alors, sont-ce des textes inventés ou remaniés ? Ou bien à replacer dans un certain contexte. A voir..

Si vous souhaitez le texte complet pour rire et vous mettre en doute, vous pouvez aller sur google books et rechercher "histoire des paysans", ça commence à la page 74, numérotation PDF sinon 57. Ce texte est paru après l'ouvrage de Veuillot.

Par contre le fait de cette histoire me cause le trouble et je me demande si je dois me fier à cet ouvrage pour la vie des paysans au 15eme ?? D'autant qu'il me semble avoir relevé quelques erreurs.
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Messagede Aaarrrgggh » 23 Mar 2007 21:31

Cet ouvrage présente le paysan comme accablé d'impots, de taxes, de préjudices et le seigneur quasi un tyran. Il se base quelquefois sur le dictionnaire de Trevoux, qui ne semble pas très propre et objectif au vu de certains.

Entendites-vous parler du "saut des mariés" et de jeux d'humiliation envers les nouveaux mariés ?
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Messagede Foulques » 24 Mar 2007 23:05

Ta source c'est bien Eugène Bonnemère ?

Voila, on est bien au milieu des querelles politiques du XIXe s., qui avaient pris le MA en otage pour prouver le bien-fondé de leurs positions respectives. Il ne faut pas oublier que la République ne date que de 1875 en France et que son avènement fut loin d'être un consensus. Dans l'argumentation républicaine, il fallait démontrer que tout ce qui était monarchique, féodal et clérical dans l'histoire avait été très négatif et que c'était la Révolution qui avait libéré le peuple, le passage de la nuit au jour (comme a dit l'autre). Dans la violence des disputes, on ne s'étonnera pas de trouver autant d'exagération et d'effets purement littéraires. On ira même jusqu'à fabriquer des faux…

Bref, le droit de cuissage est plus un problème d'historiographie que d'histoire. Il s'inscrit dans une histoire militante pour :

"… dépeindre une paysannerie misérable et opprimée sous l'Ancien Régime, contribuant à forger l'image noire de la féodalité et de la monarchie absolue ; nouvellement arrivés au pouvoir, les républicains vont abondamment l'utiliser dans leur combat politique.

Une histoire militante des paysans

Cette posture est particulièrement nette chez les historiens qui accordent à la fois pour des raisons de sources et idéologiques une attention particulière à la période pré-révolutionnaire. C'est notamment le cas d'Eugène Bonnemère qui, souhaitant restituer, contrairement à l'histoire officielle, un rôle historique aux héros obscurs est le premier à écrire une Histoire des paysans dans le long terme 7, et de Taine dans Les origines de la France contemporaine. Tout en épousant l'un et l'autre des positions idéologiques divergentes ­ selon Bonnemère, républicain convaincu, la Révolution a affranchi et libéré les paysans ; pour Taine, conservateur libéral, elle est un chambardement social ouvrant la voie au totalitarisme 8 ­ pour autant, l'un et l'autre montrent des convergences certaines : une paysannerie soumise à une violence institutionnelle, à des privilèges sans légitimité ou l'ayant perdue comme ceux de l'Église, d'où l'anticléricalisme des deux auteurs ; même vision aussi d'une guerre sociale, menée par les paysans, et par conséquent du rôle de la violence dans l'histoire. Enfin dans les deux cas il s'agit d'une démonstration car si la paysannerie est décrite comme une catégorie sociale, elle est aussi l'incarnation du peuple
."

Extrait de cet article :
http://ruralia.revues.org/document87.html

dont le résumé est :

"Historiens et géographes d'avant la Première guerre mondiale ne sont pas neutres lorsqu'ils traitent des paysanneries et du monde rural. Cet article se propose de revisiter les principales productions d'Eugène Bonnemère (1856), Hippolyte Taine (1876), Jean Jaurès (1901) et Ernest Lavisse (1903-1911), pour les historiens, d'Élisée Reclus (1879), Paul Vidal de La Blache (1903), Albert Demangeon (1905) et Jules Sion (1909), pour les géographes. La démarche volontariste de ces auteurs, qui ne proposent pas tous une image identique des paysans, est fortement marquée par le scientisme et le déterminisme, voire le possibilisme, mais aussi, et surtout, par l'idéologie républicaine et ce qu'elle induit de représentations."

Cette vision ancienne et circonstanciée nous influence encore. Maintenant pour les extraits cités ensuite, je ne sais pas s'ils sont autenthiques. J'en reconnais au moins un cité par Boureau. Je te conseille sa lecture car tu y trouveras plein de détails et d'anecdotes en plein dans ta recherche (mais ça reste ardu, je le rappelle).
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Messagede Foulques » 24 Mar 2007 23:11

Aaarrrgggh a écrit:Entendites-vous parler du "saut des mariés" et de jeux d'humiliation envers les nouveaux mariés ?


Non, mais le sujet sur les rites autour du mariage en mérite un à part entière, je pense au charivari, à la demande en mariage, aux tractations, à la cérémonie, la fête après, l'attitude de l'Eglise, etc…
Bon sujet à ouvrir, si tu veux t'en charger.
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Messagede gunelle » 25 Mar 2007 01:05

armoisine a écrit:C'est un exemple flagrant.
Une des épreuves du capes consiste à connaître l'histoire et la "déontologie" des disciplines historiques et géographiques.

Et il est constant de remarquer des paradoxes entre la méthode envisagée et le résultat écrit.

En fait il ne faut pas plus faire confiance à l'historien qu'au journaliste. L'historien est le journaliste du passé et autant que lui, il est conditionné et parti pris. Parfois même il a l'amour de la formule et de l'argument, quitte à tordre les faits.


En cela je pense que Michelet est le plus honnête, en inscrivant sa démarche dans sa propre histoire personnelle, "retranscrire la vie passée c'est un travail de soi sur soi" ou quelque chose du genre.

Il en est de meme de vous,puisque vous prenez le parti de Michelet. :roll:
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Messagede Aaarrrgggh » 25 Mar 2007 09:49

Oui c'est bien Eaugène Bonnemère et effectivement je trouve dommage que ça soit si orienté comme ouvrage, car l'idée de départ était intéressante et m'aurait bien plu s'il y avait eu davantage d'objectivité, car je ne connais guère de textes complets sur les paysans, présentant des détails historiques, recoupés avec des textes de l'époque, montrant par exemple les dépenses quotidiennes ou les recettes. Je ne trouve que des ouvrages évasifs sur le paysan, son mode de vie, du début à la fin du moyen-age. Mais c'est beaucoup trop vague.

Néanmoins, que dire des sources médiévales citées par Eugène ? Ont-elles été faussées, crées de toute pièce ? Ou est-ce simplement une mauvaise interprétation de la part de l'auteur ?
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Messagede Aaarrrgggh » 25 Mar 2007 09:52

gunelle a écrit:
armoisine a écrit:C'est un exemple flagrant.
Une des épreuves du capes consiste à connaître l'histoire et la "déontologie" des disciplines historiques et géographiques.

Et il est constant de remarquer des paradoxes entre la méthode envisagée et le résultat écrit.

En fait il ne faut pas plus faire confiance à l'historien qu'au journaliste. L'historien est le journaliste du passé et autant que lui, il est conditionné et parti pris. Parfois même il a l'amour de la formule et de l'argument, quitte à tordre les faits.


En cela je pense que Michelet est le plus honnête, en inscrivant sa démarche dans sa propre histoire personnelle, "retranscrire la vie passée c'est un travail de soi sur soi" ou quelque chose du genre.

Il en est de meme de vous,puisque vous prenez le parti de Michelet. :roll:


En fait, votre démarche est contradictoire !
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Messagede Foulques » 26 Mar 2007 21:18

gunelle a écrit:Il en est de meme de vous,puisque vous prenez le parti de Michelet. :roll:

Hum, je ne vois pas en quoi constater qu'un historien est intellectuellement honnête, puisqu'il avoue sa subjectivité, est prendre son parti...

Aaarrrgggh a écrit:Je ne trouve que des ouvrages évasifs sur le paysan, son mode de vie, du début à la fin du moyen-age. Mais c'est beaucoup trop vague.

Néanmoins, que dire des sources médiévales citées par Eugène ? Ont-elles été faussées, crées de toute pièce ? Ou est-ce simplement une mauvaise interprétation de la part de l'auteur ?

Je ne sais pas, ses sources sont à prendre avec d'autant plus de prudence en se mettant à sa place et voir l'avantage idéologique qu'il a pu en retirer.

C'est curieux que tu ne vois pas d'ouvrage complet sur la question. Dans la collection "la vie quotidienne au...", ça reste vague ? Ou alors Verdon, il n'y a pas consacré un sujet ?
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Messagede armoisine » 27 Mar 2007 07:55

Aaarrrgggh a écrit:
gunelle a écrit:
armoisine a écrit:C'est un exemple flagrant.
Une des épreuves du capes consiste à connaître l'histoire et la "déontologie" des disciplines historiques et géographiques.

Et il est constant de remarquer des paradoxes entre la méthode envisagée et le résultat écrit.

En fait il ne faut pas plus faire confiance à l'historien qu'au journaliste. L'historien est le journaliste du passé et autant que lui, il est conditionné et parti pris. Parfois même il a l'amour de la formule et de l'argument, quitte à tordre les faits.


En cela je pense que Michelet est le plus honnête, en inscrivant sa démarche dans sa propre histoire personnelle, "retranscrire la vie passée c'est un travail de soi sur soi" ou quelque chose du genre.

Il en est de meme de vous,puisque vous prenez le parti de Michelet. :roll:


En fait, votre démarche est contradictoire !


Euh, Gunelle, Arg, j'avoue ne pas comprendre le message. Et qui me vouvoie? :shock:

Ce qui est dit là haut c'est que c'est plus facile de déchiffrer de l'historien qui assume sa subjectivité que de décoder un trait politique (par exemple) derrière une démarche qui se veut scientifique.

En c'est temps d'élèction on est prompt à donner du parti pris mais j'avoue ne jamais laisser bien loin mon grand méchant doute...! :lol:
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