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Le mythe de Marie Madeleine

Ensemble des croyances, des dogmes, des pratiques et des rites définissant le rapport de l'humain avec le sacré durant le Moyen Âge.

Messagede Françoy » 24 Aoû 2006 15:21

Edit Admin : Je m'excuse de la division du sujet, mais c'est juste pour recentrer le débat de l'autre fil que j'en donne un nouveau à celui-ci.
Rod


Pour revenir sur ce sujet qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, je vous propose une vision entièrement historique du mythe de Marie-Madeleine.

Marie-Madeleine n'a jamais existé. C'est un personnage créé par l'Eglise médiévale pour incantifier la "femme" au VIIe siècle (Pape Gégoire 1er).
Elle est "construite" à partir de trois personnages du nouveau testament :
- Maria Magdalena, fille aus sept démons
- Marie de Béthanie, soeur de Lazare et de Marthe
- La prostituée de Naïn, sauvée par Jésus, qui avait lavé les pieds du Christ, essuyés avec ses cheveux.

La confusion est rendue possible par le témoignage de Luc à propos du repas de Jésus avec Simon, juste avant d'évoquer la fille aux sept démons.

Pourquoi est-elle inventée ?
Pour réaliser une figure composite. Afin de pouvoir dire (écrire) des choses qu'on ne pourrait pas dire autrement.

Notez que Marie-Madeleine est toujours représentée avec de longs cheveux dénoués, marque des prostituées à l'époque du Christ. D'ailleurs c'est la clé du personnage de Marie Madeleine. Pourquoi a-t-elle les cheveux si longs ?

Marie-Madeleine, c'est la sainte "spécial femmes". Plus que cela , c'est la troisième femme d'une trinité femelle, les deux autres étant Marie (mère de Jésus) et Eve, la toute première.
Sans Marie-Madeleine, la femme croyante ne peut pas s'identifier. Elle n'a pas de modèle.

Marie est trop parfaite pour être imitée. Pas un modèle, un dogme (immaculée).
Eve est la faute incarnée, la malédiction (les règles des femmes en anglais se disent curse of Eve).

Bref pas un modèle non plus.
Marie est le contraire, le simétrique de Eve. D'ailleurs l'ange Gabriel salue Marie en lui disant AVE. Pas par hasard ce salut inverse de EVA....

Donc on a un extrême (perfection immaculée) et l'autre (fautive absolue).
Pour les femmes, qui forment une part importante de la chrétienté (...) deux choix possibles : soit être une traînée soit une sainte (vie monacale chaste), pas de milieu. Donc pas d'identification possible au sein de l'Eglise Chrétienne. Impossible de continuer comme ainsi, il fallait faire quelque chose.

Donc on crée ce troisième personnage. Avec Madeleine, elles ont un modèle : la "pute" au grand coeur. Prostituée d'abord, puis sainte. Elle incarne le point de passage entre Eve et Marie. Elle incarne aussi l'étendue du possible pour une bonne chrétienne.

Parce qu'elle est différente des deux, mais aussi par ses points communs.
D'Eve, elle a la séduction professionnelle, de Marie, elle porte son prénom (pas de hasard). Elle vit dans l'ombre du Christ, pleure pour lui, est la première à laquelle le Christ paraît ressuscité, bref, sans les cheveux longs on confondrait bien les deux (Marie et Marie-Madeleine).

On voit donc la construction d'un triangle sémiotique : comme elle n'est ni Eve ni Marie, mais qu'elle ressemble aux deux, Madeine articule l'immaculée à la souillée, la pure à l'impure. Elle est le chemin, la voie, la Porte qui permet aux filles d'Eve de devenir la fille de Marie. Suffit de se convertir et hop, le tour est joué.

Bon, et les cheveux alors ?
Ben c'est simplement le signe de la conversion.
Les longs cheveux rappellent qu'elle les a dénoués pour essuyer les pieds du maître. C'est aussi les cheveux longs de la pénitente, si longs que dans le désert, ils lui tombent aux pieds.
Il y a aussi le thème de l'intimité. Une femme y dénoue ses cheveux. Mais pas dehors. Jusqu'au XXe siècle, on ne sort pas "en cheveux", sinon, cela démontre l'attrait pour une vie dissolue, voire, bien pire. Sauf les jeunes filles, pucelles.

Donc les longs cheveux de Madeleine rappellent son impudeur passée, et sa pénitence résumée dan la phrase latine "puella sed non virgo" : jeune fille mais pas vierge. Encore un pont, un passage.

Bref trois images de femme, mais une restriction sévère de moralité sociale.

L'ambivalence prostitution/sainteté persiste dans le personnage de Marie-Madeleine qui n'est qu'une continuité plutôt qu'une rupture.

Dans l'église catholique encore aujourd'hui, une femme ne pe peut être q'une sainte (chaste, une soeur) ou une femme perdue (qui est bien punie puisqu'elle aura le SIDA).

Tout cela pour dire que la Marie-Madeleine de ce livre est une invention du VIIe siècle à des fins de "transfert psychologico-religieux" et que donc tout ce qui est bâti autour de ce personnage ne repose sur aucune base historique sérieuse.

Pardonnez-moi si j'ai digressé.

Lire : les Evangiles selon Luc et Matthieu
Daniel Assasse - On n'y voit rien - Folio Essais 2003
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Messagede armoisine » 24 Aoû 2006 15:38

Ah, ben voilà de quoi réactualiser ce post là: "Femmes et Religion"
http://www.an1000.org/forum/256_0-femmes-et-religion.html
Ta contribution y serait intéressante.
Il me semble que le tabou sur les cheveux est hérité de la tradition juive d'ailleurs, pas propre au christianisme quoi.
Cette fusion des trois Marie ("Elle est "construite" à partir de trois personnages du nouveau testament") a été montrée du doigt au XVIès, par les Bibliens d'abord puis par les protestants qui voulaient revenir à plus de "clarté" dans la pratique (on adore plus que la trinité masculine donc exit le culte des saints et des Maries). Ce fut un des points de discorde.
D'ailleurs, tout le "mythe" de Marie Madeleine a aujourd'hui des pieds d'argile... Je suis allée à la basilique sainte Marie Madeleine à Sainte Baume, et l'édifice fait un peu peine à voir... Drôlement délabré malgré la présence de ses reliques. Les explications qui ont permis d'affirmer que Marie Madeleine était bien venue en France et y été morte ne motivent plus vraiment les foules...

N'oublie pas de te présenter dans la section du forum appropriée :) !
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Messagede Françoy » 24 Aoû 2006 18:41

armoisine a écrit:Il me semble que le tabou sur les cheveux est hérité de la tradition juive d'ailleurs, pas propre au christianisme quoi.


Oui bien sûr. Le fondement du christianisme étant la Bible, bien qu'interdite au Moyen Age, il n'est pas étonnant de voir transmises des tradition d'origine juive. Je préfère pour ma part parler de traditions locales (hors la religion) car les traditions capileciennes sont relativement archétypales.

armoisine a écrit:Cette fusion des trois Marie ("Elle est "construite" à partir de trois personnages du nouveau testament") a été montrée du doigt au XVIès, par les Bibliens d'abord puis par les protestants qui voulaient revenir à plus de "clarté" dans la pratique (on adore plus que la trinité masculine donc exit le culte des saints et des Maries). Ce fut un des points de discorde.
D'ailleurs, tout le "mythe" de Marie Madeleine a aujourd'hui des pieds d'argile... Je suis allée à la basilique sainte Marie Madeleine à Sainte Baume, et l'édifice fait un peu peine à voir... Drôlement délabré malgré la présence de ses reliques. Les explications qui ont permis d'affirmer que Marie Madeleine était bien venue en France et y été morte ne motivent plus vraiment les foules...


Cette remarque est entièrement juste et c'est pourquoi on ne peut être que très surpris que cette fable d'une Marie-Madeleine "épouse de Jésus" puisse encore avoir du crédit.
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Messagede Aliénor » 25 Aoû 2006 17:39

Je vais certainement mettre les pieds dans un hors sujet, mais là ça me "chaffouine" trop! ;)

Toutefois qu'on n'hésite pas à faire de ce post silence (qu'on l'éfface) s' il est trop inopportun.

Je ne remet absolument pas en doute vos propos (armoisine et françoy), bien au contraire.
Cependant, j'ai du mal à consevoir qu'une simple femme de l'époque, sans éducation, puisse voir les choses de cette façon; d'autant plus que les offices étaient en latin. Certes, il y avait les "bandes-dessinées" peintes et sculptées dans les églises...mais ça me semble limité...

Me manque-t-il une/des clé(s)? Avez vous des indices qui vous poussent à dire cela, loin de nos concepts modernes?

Merci par avance... et aussi désolé ... :roll: :oops:
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Messagede Françoy » 25 Aoû 2006 17:42

Pardonne moi, mais je ne comprends pas bien ta question.
Peux-tu reformuler ?
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Messagede armoisine » 25 Aoû 2006 18:10

Les prêches en langue du peuple permettent de mieux faire comprendre le personnage de Marie Madeleine et de diffuser cet "exemple", d'où l'engouement. On offre une voie plus réaliste de salut aux femmes.

Sans compter que se développent alors de nombreux monastères dits de Marie Madeleine pour aceuillir les "femmes perdues" qui se reconnaissent dans la figure de la protistuée qui regagne son salut dans la foi.
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Messagede Aliénor » 25 Aoû 2006 19:47

Francoy a écrit :
Pardonne moi, mais je ne comprends pas bien ta question.
Peux-tu reformuler ?


:) oui biensur! désolé pour mes propos trop peu clairs.

En définitive tes propos sur la trinité formée par Marie, Marie Madeleine et Eve est-elle réellement pensée et perçue de cette façon au MA? Sincèrement, je trouve que c'est un concept de notre temps; mais j'ai probablement tort. J'aurais besoin de ce qui étayent tes propos : des exemples?

Armoisine a écrit :
Les prêches en langue du peuple permettent de mieux faire comprendre le personnage de Marie Madeleine et de diffuser cet "exemple", d'où l'engouement. On offre une voie plus réaliste de salut aux femmes.



Ah! du coup, avec cette explication je cerne mieux la chose. J'ai en parti ma réponse : une de mes clés ("prêches en langue du peuple")! ;)
Tu parles d'engouement, un exemple de ces monastère pour "ces femmes perdues"?

(on voit que c'est la rentrée, c'est de la réponse au tacotac! ;) :lol: )
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Messagede Françoy » 26 Aoû 2006 10:31

Aliénor a écrit:En définitive tes propos sur la trinité formée par Marie, Marie Madeleine et Eve est-elle réellement pensée et perçue de cette façon au MA? Sincèrement, je trouve que c'est un concept de notre temps; mais j'ai probablement tort. J'aurais besoin de ce qui étayent tes propos : des exemples?


Ce n'est pas du tout un concept de notre temps mais transmis par l'Eglise jusqu'à nous. d'où la façade "moderniste".
L'image pensée par ce pape (et ses conseillers) a plus ou moins pris. Les ficelles étaient tout de même très grosses, et ce moyen terme de femme pêcheresse qui se rachète par sa dévotion n'était pas du goût de tout le monde.
Reste que le concept a été effectivement transmis à toute la Chrétienté via la hiérachie cléricale, extrêment bien organisée dès le VIe siècle.

Armoisine a écrit :
Les prêches en langue du peuple permettent de mieux faire comprendre le personnage de Marie Madeleine et de diffuser cet "exemple", d'où l'engouement. On offre une voie plus réaliste de salut aux femmes.



Ah! du coup, avec cette explication je cerne mieux la chose. J'ai en parti ma réponse : une de mes clés ("prêches en langue du peuple")! ;)
Tu parles d'engouement, un exemple de ces monastère pour "ces femmes perdues"?

(on voit que c'est la rentrée, c'est de la réponse au tacotac! ;) :lol: )


Tous les monastères à effectif féminin accueillent dès le Haut Moyen âge les femmes qui veulent "faire voeu".
La "rachat" par la piété est plus ancien que le christianisme.
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Messagede Aliénor » 27 Aoû 2006 20:07

Merci pour tes explications! ;)

Elles étaient nombreuses c'est âmes féminines en quêtes d'un rachat spirituel?

Quelle est leur place dans la société? Quel regard porte la socièté sur celles-ci, justement?

Quel est leur statu par rapport à l'Eglise?

Belle brochette de questions, pour une Aliénor que cette "affaire" intrigue! ;) :lol:
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Messagede Françoy » 28 Aoû 2006 07:29

Aliénor a écrit:Merci pour tes explications! ;)

Elles étaient nombreuses c'est âmes féminines en quêtes d'un rachat spirituel?

Quelle est leur place dans la société? Quel regard porte la socièté sur celles-ci, justement?

Quel est leur statu par rapport à l'Eglise?

Belle brochette de questions, pour une Aliénor que cette "affaire" intrigue! ;) :lol:


Bonjour,

Je ne suis pas un expert de l'image de la femme du monde médiéval.
Il ne faudrait toutrefois pas croire, au travers de ma relation sur Marie Madeleine, à une vision rigoureusement binaire (fautive ou sainte) de la femme entre le IVe siècle et le XVe siècle.

Mettons que ces principes sociaux ont connu des hauts et des bas, mais il est clair que dans notre société du XXIe siècle, cette image persiste dans certains milieux, voire de manière globale inconsciente ...

Le "rachat spirituel" est bivalent au Moyen-Age.
D'une part on a une population de la haute société médiévale qui, érudite, dispose de la connaissance exégétique et peut vivre une religion catholique romaine spirituellement. On pourra dire qu'il s'agit d'un engagement de conscience placé sous le volontariat.

L'autre population "subit" et vit la réclusion monastique comme un emprisonnement. Il faut dire que c'était un peu le but. Une forme d'hypochrisie du monde médiéval où l'on se débarrasse d'une femme gênante en la plaçant au couvent pour le reste de ses jours. Il faut dire que le moyen a subsisté bien au delà du MA.

Je ne saurais dire quelle portion des deux est la plus importante. Peut-être des intervenants en savent-ils plus à ce sujet ?

Le statut de ces femmes est simple par rapport à l'Eglise : elles deviennent serviteur de l'Eglise pour le reste de leur vie.
Un rite très important, à l'entrée du couvent est la tonte, qui marque la fin d'une vie de femme "pêcheresse" puisque son attribut principal (sa chevelure, encore elle) lui est retirée.
Le symbole encore une fois...
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