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Le temps et les heures au Moyen-Age

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Thom.S » 24 Aoû 2006 16:22

Voici un texte excellent pour qui s'intéresse à la mesure du temps au Moyen-Age :

Il est issu du site http://cdacm.free.fr/dotemps.html, et je retrace une partie d'un texte, écrit par Véronique Galiardi :


(...)

Au milieu du VIème siècle avant Jésus-Christ, les Grecs perfectionnent un instrument couramment utilisé depuis 900 ans par les Egyptiens : le gnomon. Ce dernier, simple barre métallique ou monument en pierre ( c'est le cas de l'obélisque), est inscrit dans une surface verticale ou horizontale et permet d'observer l'avancée de la journée, par le déplacement de l'ombre qu'elle projette.

Le cadran solaire diffère du gnomon en ce qu'il dispose d'un style (axe) incliné, afin de mieux rendre la réalité de la course du soleil sur la Terre, dont les Grecs ont l'intuition qu'elle est ronde. Très rapidement adopté par les Romains, une de ses variantes, le scaphe (cadran concave de forme hémisphérique creusé dans un bloc de pierre), hérité des Babyloniens et transmis par les Grecs, est perfectionné au IIème siècle av J.-C. Cette lecture du temps "réel", appliquée ou non à un cadran (l'homme est son propre gnomon), est la plus répandue au moyen âge. La fameuse bague d'Aliénor d'Aquitaine (1122-1204), dont on raconte qu'une réplique fut offerte à son amant et futur époux, Henri II Plantagenêt, afin qu'il soit à l'heure à ses rendez-vous galants, en illustre la version miniaturisée et fantaisiste.

L'astrolabe et le quadrant, instruments utilisés essentiellement par les astronomes et astrologues, car d'usage complexe, peuvent également être considérés comme des instruments de calcul de la durée, bien qu'ayant pour principale fonction l'établissement de la position des planètes à un moment précis. De savants calculs permettent ensuite de déterminer la durée de la révolution de chacune.

La nécessité de trouver d'autres repères découle d'un défaut majeur présenté par le cadran solaire : pas de soleil, pas d'ombre ; pas d'ombre, pas de mesure. Pour pallier à ces lacunes, les Egyptiens ont aussitôt mis au point ce que, plus tard, perfectionnée, les Grecs ont appelé "Klepsydra" (voleur d'eau), ou clepsydre. Récipient rempli d'eau, percé à sa base, elle permet de mesurer le temps "écoulé". La principale difficulté a longtemps résidé dans la régulation du débit de l'eau. D'autre part, certaines conditions climatiques, en l'occurrence le gel, altèrent de façon notable son bon fonctionnement.

Toutefois, les référentiels temporels ne sont pas uniquement des instruments, ainsi qu'en témoigne le chant du coq.


Le sablier n'apparaît que tardivement, au XIIIème siècle, en Occident, mais on connaît l'existence, depuis le second siècle de notre ère, d'un instrument semblable au sablier, mais contenant de l'huile. Les sabliers, contrairement à ce que pourrait laisser entendre leur nom, ne contiennent pas un sable ordinaire, mais un mélange de poudre de marbre calciné, de coquilles d'oeufs et de plomb ou de zinc. Il est employé au moyen âge, non pas pour la cuisine, mais pour les sermons et les leçons universitaires et surtout lors des veilles et quarts à bord des navires.



L'apparition des premières horloges mécaniques à poids et à foliot (balancier) compte pour une des grandes innovations médiévales.


La découverte anonyme, en Allemagne ou en Italie du Nord, au tout début du XIVème siècle, du principe de l'échappement à foliot, marque une étape décisive dans l'histoire de l'horlogerie. Elle signale l'avènement des heures équinoxiales, dont la durée est constante, et annonce les débuts de la fin pour les heures temporaires, variables en fonction de la durée des jours.

Quatre siècles d'efforts ont été nécessaires pour régulariser et prolonger le mouvement du mécanisme.

La grande particularité du cadran d'horloge médiéval réside dans la rotation du cadran, l'aiguille restant fixe. Les minutes ne sont figurées que bien plus tard, au XVIIème siècle, même si elles sont connues au XVème siècle. Pourquoi ? Tout simplement parce que les horloges, par leur manque de précision, n'autorisaient pas plus que l'indication des heures, et encore parfois de façon grossière. Le passage à la rotation des aiguilles résulte de l'impossibilité de figurer simultanément la course des heures et des minutes sur un seul et même cadran.

L'horloge à foliot réclame une attention constante : elle est une prouesse technique, certes, mais accuse quotidiennement un décalage horaire pouvant atteindre jusqu'à une heure. Le technicien procède régulièrement au huilage du mécanisme à l'aide de graisse de porc ou suif (mélange organique et animal), et intervient, muni d'horloges de "secours" que sont le sablier, pour redéfinir le temps de passage d'une dent à l'autre, et le cadran solaire, pour remettre non pas les pendules (le pendule est une invention galiléenne) mais l'horloge à l'heure.




Ne nous trompons pas : l'horloge mécanique ne se diffuse qu'au sein des classes les plus aisées de la société. Ainsi retrouve-t-on dans les testaments des plus riches des horloges murales, dès le XIVème siècle, et des horloges de table, au XVème siècle, qui peuvent être déplacées tout en fonctionnant grâce à une énergie indépendante de la pesanteur : le ressort. Cette découverte permet la miniaturisation du "temps", que l'on porte sur soi. Elle signale les débuts d'une recherche accrue visant à la fois à perfectionner le système et, pour les techniciens du temps, à se surpasser.


Toutes ces dernières découvertes de génie n'en restent pas moins, pour la plus grande part, l'apanage d'une élite sociale. Le paysan, lui, n'a que faire de savoir l'heure qu'il est ; ses repères temporels demeurent naturels. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, voire le milieu du XXème siècle, l'horloge est avant tout publique, et l'homme continue de se donner pour repère dans le temps la course du soleil dans le ciel, ainsi que le cadran solaire.



J'ai fait de grosses coupures, mais vous pouvez retrouver l'intégralité de l'article à cette adresse : http://cdacm.free.fr/dotemps6.html

:)
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Messagede Foulques » 02 Jan 2007 22:36

C'est un sujet très important et qui en amène un autre, beaucoup plus considérable : l'approche du temps par les civilisations. Quelques réflexions :


Un philosophe démodé a ouvert une porte dans ma réflexion : Oswald Spengler dans "Le déclin de l'occident" tient des propos que j'ai trouvé d'une extrême pertinence sur les civilisations par rapport à leur notion du temps.
Il semble effectivement que de cette notion va découler la détermination de leur structure et de leur formation et pour nous, la forme de leur souvenir.

Le monde païen est un monde immuable. L'histoire des dieux, qui a été contée, établie, et le système de valeurs où l'homme a trouvé sa place, ne peut changer. La notion de devenir est personnelle et ne peut concerner la société. La notion du passé se confond très vite, sitôt les gardiens de la mémoire disparus, avec un culte des morts rapidement indistincts où la nécessité de datation n'a pas sa place. Pour quoi faire ?
Et l'on constate ainsi que dans la Grèce antique, l'histoire un peu ancienne rejoint toujours une dimension qui la relie à la légende. La frontière entre l'histoire ancienne des hommes et la "Légende dorée des Dieux et des Héros" n'est pas nette car elle n'avait pas besoin de l'être dans cette représentation du Temps. Le passé se fond dans une image atemporelle en rapport avec le mythe. Spengler remarque aussi qu'il n'y a pas de notion du temps dans la mathématique grecque et que, bien qu'ils en aient eu les moyens, les savants Grecs se sont abstenus de toute mesure temporelle.

Rome héritera de cette même vision et, par exemple, César ne verra aucune gêne à se considérer être le descendant de Vénus.
Pour les Celtes, Germains et Scandinaves, cela va sans dire également, la production littéraire en moins.

Mais Spengler aborde aussi des civilisations qui me sont parfaitement inconnues comme les Hindous et il dit que pour eux, le temps avait encore moins de rôle que pour les sociétés dont je viens de parler, entièrement ahistorique.

Le paganisme étranger au Temps ? Ce serait trop simple car il y a au moins une notable exception près : l'Egypte. Dans cette civilisation, la notion du temps et de devenir est présente à un point impressionnant et en sont témoins la science de conservations des corps des souverains, les monuments affectés à leurs décès, le soin apporté à la relation historique et à sa datation. Ayant lu C. Desroches-Noblecourt, je me demande si nous ne devons pas beaucoup plus qu'on ne croît généralement à cette civilisation étonnante.

Le monothéisme des Juifs implique dès l'origine une notion très claire du Temps. Pourquoi ? Parce qu'il se voit confier une sacralisation religieuse, celle de compter impartialement l'attente avant l'arrivée du Messie… La communauté a un passé, un présent mais aussi un devenir, et pour cela la mesure du temps est indispensable. Le temps revêt une dimension collective importante au-delà du ressenti individuel. Le calendrier juif en fait foi, qui s'établit à 5767 cette année.
Cette notion du temps va passer avec le christianisme et influencer profondément les sociétés qui l'adopteront.
Lentement… le poids culturel est si énorme que l'Histoire, la vraie, avec son souci de véracité, de précision et de datation, se sortira avec difficulté des griffes de la légende et même ensuite de l'épopée lignagière.
Les chrétiens attendent le jugement dernier, la fin des temps. Cette conscience du temps linéaire, qui part d'un point précis pour arriver à un autre, peut avoir favoriser les notions diffuses de progrès, d'évolution, créant par là un terrain intellectuel favorable aux innovations techniques ou en tous cas non hostile.

Là où je vois Gimpel rejoindre cette idée c'est lorsqu'il dit par exemple : "La société médiévale s'enthousiasma pour la mécanisation et la recherche technique, car elle croyait fermement au progrès, un concept que le monde antique ignora." *


Si le temps linéaire, et la notion du progrès qui y est intégrée, permet la perspective historique et la répartition de l'histoire en âges pour mieux s'y repérer, il apporte aussi un inconvénient de taille, perceptible dans les mentalités. Il est courant en effet de s'apercevoir que l'idée d'une progression de l'homme, et non pas seulement de ses conditions de vie, est présente dans les esprits contemporains.
Combien de fois ais-je lu ou entendu une perception négative voire méprisante pour les hommes du passé (et particulièrement pour le MA, injustement noirci) ?
Une sorte de complexe de supériorité moderne dans le regard porté en arrière, qui ferait que la génération précédente est toujours et forcément plus bête que la suivante. Que les gens de cette époque (en général et à propos de tout) n'avaient pas encore compris, et sous entendu : pas comme nous qui sommes la crème des siècles et le point le plus achevé de l'évolution connue.

Certains disent que la notion de progrès est une notion chrétienne sécularisée, et il est intéressant de constater que cette notion est également présente dans le marxisme. Mais je ne voudrais pas m'embarquer dans l'étude du rapport entre cette idéologie et le messianisme juif. Toujours est-il que le mythe du sens de l'histoire, qui devrait aller supposément quelque part, est toujours présent dans les esprits du XXIe siècle alors que rien ne l'établit historiquement.

Il faut dire que le darwinisme va en fait renforcer cette vision avec son crédit scientifique. Pour ceux qui l'auraient mal compris, il va rester cette impression que les hommes s'améliorent de siècle en siècle et si ce n'est pas intellectuellement c'est physiquement.
Même si la version darwinienne de l'évolution des espèces va être longtemps en concurrence avec le dogme chrétien, elle renforcera aussi l'idée que l'on part du plus obscur pour s'acheminer au plus évolué, que l'humanité est en marche et que plus nous avancerons plus nous laisserons loin derrière nous la barbarie, la débilité, l'arriération, etc…
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Messagede Foulques » 02 Jan 2007 22:52

L'horloge mécanique

Une révolution que nous ne considérons pas à sa juste mesure (c'est le cas de le dire !). On notera que si un premier modèle d'horloge est inventée par le Chinois Su Song au XIe s., elle aura si peu de conséquence dans cette société qu'on l'oubliera et que ce sont des Jésuites qui feront sensation à la cour impériale de Chine en apportant la leur en 1600.

Au contraire, sitôt découverte en occident vers la fin du XIIIe s., on y verra une solution de société (enfin je dis "on" mais l'impulsion en France est donnée par le roi Charles V) et son emploi fera tâche d'huile. Elle sera même intégrée à certaines églises et cathédrales. Et l'heure du Roi et l'heure de l'Eglise sera la même. Une seule mesure du temps va peu à peu régir toute la société au même diapason.

Cette impitoyable horloge ne sera jamais apposée sur les mosquées, où d'ailleurs la notion de fin des temps ou de jugement dernier n'existe pas. Mais ce n'est pas une vraie raison car elle ne figurera pas non plus sur les églises chrétiennes orthodoxes. A ce dernier propos l'article de V.Galiardi ci-dessus l'explique par l'iconoclasme.
Peut-être que l'opposition au culte des images a fait que l'horloge ait été prise pour une image du Temps, lui-même appartenant seul à Dieu… Ainsi il y aurait un rapport avec l'iconoclasme de l'islam pour expliquer le refus global des horloges sur les mosquées (il y a cependant au moins deux exceptions dans le monde), mais aussi le fait que seul le muezzin soit habilité à appeler à la prière lorsqu'il en juge l'heure.

"En Europe occidentale, l'Eglise de Rome accepta facilement ces innovations de la technologie et cette facilité à s'adapter aux idées nouvelles explique en grande partie la révolution industrielle médiévale. En revanche, l'Eglise grecque orthodoxe ne souffrit jamais de compromis avec la technologie, ni d'ouverture aux idées nouvelles." *

Cette notion du temps calibré est fondamentale car elle va permettre la fiabilité et l'exactitude des rendez-vous, indépendamment des offices religieux. Elle permettra la mesure scientifique exacte, sur laquelle va pouvoir s'appuyer bon nombre d'innovations. L'heure, enfin établie rigoureusement (rappelons que les heures de l'antiquité étaient inégales), va établir sa domination progressivement dans les esprits et rendre le cycle du temps plus régulier, peut-être plus rapide.

Cette nouvelle heure va bouleverser nos sociétés et les rendre plus exigeantes, plus sourcilleuses du temps à rendre compte. Simple aide pour l'antiquité, elle va prendre la dimension d'une norme, influençant par là le sentiment de la vie. En ce sens l'heure est une invention occidentale. Elle contribuera au développement économique mais la servitude suivra le service rendu, et sa dictature nous la fait maudire à chaque fois que nous sommes en retard…


Sources, librement interprétées : Oswald Spengler "Le déclin de l'occident", et
* "La révolution industrielle du Moyen Age" de Jean Gimpel.

On lira aussi avec plaisir cette pertinente réflexion de Pierre Chaunu, qui rejoint mon discours sur quelque points, mais évidemment mieux écrite et magistrale : "La modernité, qu'est-ce que c'est ?"
http://www.erf-auteuil.org/conferences/ ... c-est.html


L'abbé de Saint-Albans, Richard Wallingford (qui semble affligé d'un sérieux problème de peau), montrant l'horloge qu'il a conçu au début du XIVe siècle :

        Image

L'horloge la plus ancienne toujours en fonctionnement est celle de la cathédrale de Salisbury (en Angleterre aussi), fabriquée en 1386 :

      Image


Un autre lien intéressant :
http://www.louisg.net/mesure_temps5.htm


Foulques :med09:
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Messagede Barberousse » 09 Avr 2007 12:35

En parlant de l'appréhension du temps dans la société médiévale, je crois que l'étude du cas du marchant est ici importante, je me réfère au spécialiste Jacques Le Goff qui montre très bien comment cette catégorie sociale a été légitimé par les pouvoirs religieux.

En effet, si l'Eglise semble hostile a faire profit sur le temps qui n'appartient qu'a Dieu à l'origine, elle laisse au fil du temps des indices permettant de comprendre cette catégorie sociale s'est affirmée. Le médiéviste montre par ailleurs, à travers les métiers licites et illicites comment l'Eglise a ouvert le temps aux groupes sociaux montants: l'urbanisation croissante et les nouveaux métiers qui s'intallent et se developpe impose à l'Eglise de revoir en quelque sorte ces positions. ( c.f:Un Autre Moyen Age )
Il faut féconder le passé pour enfanter l'avenir.
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