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Les croisades et l'impact sur le mode de vie

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Foulques » 19 Oct 2006 22:07

Attention, Thom S., je sais bien que les poulains vont développer un mode de vie original, qu'ils se marieront avec des chétiennes du cru (voire des musulmanes converties), que les contacts avec les musulmans ne seront pas systématiquement placés sous le signe de l'hostilité, bien au contraire d'après Ibn Jobayr, etc…

Ce dont je doute c'est de l'impact économique de l'orient latin sur l'occident. Je ne suis pas sûr que les contacts commerciaux étaient totalement rompus avant la 1ère croisade.
De l'or sûrement (puisqu'on en fera des monnaies alors que les précédentes étaient d'argent), du sucre, je ne sais pas pour les plantes, légumes, fruits, épices… On a cité ici les prunes, bon. Mais ne jamais trouver de bilan détaillé et précis sur ce qu'a apporté l'orient latin devrait vous mettre la puce à l'oreille. Quand bien même des produits seraient arrivés, vu le coût du transport ils n'auraient pas été à la mesure des bourses populaires, et de nouvelles plantations auraient mis beaucoup de temps à se généraliser.

Au global je crois que l'impact venant de l'orient latin est très faible pour l'économie occidentale. Pour les "améliorations de la vie", question initiale de Lestat, je crois que c'est peanuts. Ce n'est pas illogique puisque ces états d'orient étaient de nouveaux royaumes et non pas des colonies.
Voir plutôt Al-Andalus et la Sicile pour l'apport arabo-musulman dans nos contrées.
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Messagede Thom.S » 19 Oct 2006 23:32

Foulques, j'ai l'impression - d'après ce que j'ai lu - que l'impact économique a été assez fort côté occidental, dans la mesure où auparavant les musulmans contrôlaient tout le bassin méditerranéen. Or après plusieurs croisades, notamment les 4 premières, ce sont les marchands européens, et surtout italiens (vénitiens), qui sont devenus les "contrôleurs" de la zone.

Du coup il y a eu un échange des produits occidentaux (draperies, métaux…) avec ceux venus d'Orient : épices, parfums, pierres précieuses, soieries et coton aussi.

Maintenant à savoir à qui ca a profité, ça... Sans doute pas aux masses.

Et tu as raison tout ces échanges existaient sûrement avant, mais sans doute dans des proportions nettement inférieures (du moins j'imagine !).



Sinon j'imagine que les croisades du fait d'avoir fait beaucoup parler d'elles dans les cours comme dans les villages, ont d'une certain façon été un apport culturel, et qu'un certain "orientalisme" dans les mentalités et les conversations s'est emparé de l'occident... Bon tu me diras c'est un peu abstrait à coté d'un morceau d'étoffe ou d'une poignée de diamants, mais d'une certaine façon la vie occidentale a dû en être un peu étoffée elle aussi.

Ca serait bien de savoir dans quelles proportions d'ailleurs, et avec des exemples concrets... :)
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échange Orient-Occidents à l'époque des croisades

Messagede Tancrede » 22 Mar 2007 18:43

Bonjour,

Je réponds tardivement à la sollicitation de Foulques et il m'en excusera je l'espère. Voila donc quelques notes concernant ce sujet passionnant que ce qu'ont pu être les échanges entre communautés en Orient à l'époque médiévale.

Lorsque les croisés furent installés en Terre Sainte et une fois la furie de la conquête - et les excès qui l'accompagnèrent - passée, la société qui fut celle des États latins devient une mosaïque complexe de factions essentiellement définies par des facteurs confessionnels. D'un coté les juifs, très minoritaires, les musulmans (l'islamisation de l'Orient à cette époque est très loin d'être achevée) les chrétiens d'orient de rites syriaques arméniens etc. et de l'autre, les latins. Tous vont passer le XII et le XIIIème siècle à cohabiter plus qu'à véritablement se mélanger. Mais, effectivement, cette cohabitation, si elle ne génèrera pas la société multiculturelle qu'on aurait pu attendre, fut tout de même à l'origine de bien des changements, dans les habitudes, les moeurs et les différents arts de vivre de chacun.

Si c'est par les échanges techniques, commerciaux et intellectuels que les changements principaux vont opérer, on peut déjà noter avec intérêt que le simple désir de vivre en Orient amena les plus curieux à changer leurs habitudes : il fallait désormais vivre parmi une majorité arabophone et dans un pays ou les températures montaient plus souvent et plus haut qu'en Europe. Ainsi voit-on ces chevaliers latins apprendre l'arabe, reprendre gout à la pratique du bain qui avait été oubliée en Europe et adapter l'usage de leurs armures en les recouvrants d'un foulard de coton à la manière des arabes pour résister aux grandes chaleurs (ceux-la louaient au même moment la solidité des épées franques :).

En même temps qu'ils implantent en Orient les moulins à vent, les Francs redécouvrent des espèces agricoles comme le sorgho et la canne à sucre dont les récits de la redécouverte sont assez cocasses. Le secret des pâtisseries libanaises est enfin levé :). Ils découvrent aussi les épinards, l'aubergine et la variété d'artichauts que nous consommons encore aujourd'hui. Même le citron semble avoir été une retrouvaille orientale - l'espèce avait disparu de l'Europe médiévale. Du côté des fruits, c'est la datte et la pastèque qui ont marqué le plus les latins et les européens qui purent en profiter grâce aux nombreuses et nouvelles lignes commerciales offertes par l'implantation des Francs.

Du proche-orient, une grande quantité de nouvelles fleurs destinées aux seules décorations d'intérieurs vient donner un coup de fouet aux jardins médiévaux. Cette culture du luxe que la rose et le lis symbolisent bien se répand largement et on prend l'habitude de joncher le sol de plantes grasses fraichement coupées.
L'usage des épices se démocratise grâce au contrôle exercé sur les routes commerciales filant vers l'est - les épices eux même ne sont pas produites en Orient. Camphre, poivre et clou de girofle finiront par accompagner tous les repas des riches familles.

Je passe sur les autres outils du luxe, qu'il s'agisse des tissus de Mossoul ou de la verroterie et des tapis.

Dans le domaine militaire, les Francs font prospérer de nouvelles montures, croisement entre leurs lourds destriers de combats européens avec des races orientales. Ils "échangent", contre les machines de guerre inconnues des arabes, la recette du terrible feu-grégois qui avait été prise aux byzantins. Sur l'art de la fortification il faut être très prudent sur les possibles influences mutuelles et il est plus sage de ne rien avancer ici tant le rôle des architectes arméniens et l'impact de l'architecture militaire byzantine reste à étudier.

Enfin, après avoir brulé la bibliothèque d'Alexandrie, certains arabes lettrés finirent par comprendre la valeur que pouvaient avoir les textes anciens qui étaient conservés dans les monastères orientaux. Traduits en arabe il furent redécouverts sous cette forme par une Europe qui en avait été privée il y a bien longtemps. La révolution Aristotélicienne prit ce chemin. Il faut toutefois noter que c'est surtout l'Espagne occupée qui fut le principal moteur de la rediffusion de ce savoir antique, qu'il s'agisse d'astronomie, de philosophie ou de mathématiques.

Au final, les latins semblent avoir surtout ré-appris le luxe et certaines bonnes manières, tandis qu'à l'Europe entière ils ouvraient la porte d'un patrimoine végétal nouveau ou, en partie oublié.

En 1120, Foucher de Chartres, chapelain de Baudouin Ier de Jerusalem écrivait :
"Nous qui étions des Occidentaux, sommes devenus des Orientaux (...) l'un possède déjà des maisons qui lui appartiennent en propre (...) l'autre a épousé non pas une compatriote mais une Syrienne ou une Arménienne, voire une Sarrasine admise à la grâce du Baptême.(...) On utilise différentes langues en alternance, à la convenance des uns et des autres. Celui qui était un étranger est maintenant un indigène."


La description est surement un peu idéalisée, mais quand on sait que la liberté de culte était de règle, que devant la loi, musulmans, chrétiens ou melkites prêtaient serment sur leur livre saint respectifs, que le raïs d'un village musulman le restait si ce village était sous domination franque, on peut rester songeur lorsque l'on essai de nos jours de donner du sens au mot "intégration".

L'historienne Anne Bernet et l'archiviste-paléographe Marie-Adelaïde Nielen ont consacré de nombreuses pages à l'étude de a société féodale de l'Orient latin. La lecture de ces travaux apportent énormément à qui s'éprands de ce sujet ;)

Bien amicalement,

T.
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Messagede Jehan » 22 Mar 2007 20:54

A rapprocher de la Sicile sous la domination normande.
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Messagede Foulques » 26 Mar 2007 20:58

Merci beaucoup pour toutes ces précisions, Tancrède !

Il y a pas mal de points à relever mais déjà j'en note un très important : il n'y a pas eu de système discriminatoire envers les musulmans (et aussi en Sicile comme le rappelle Jehan), ni de chantage fiscal comparable à la dhimmitude.

J'étais au courant pour les moulins à vent. Par contre il y a une scène dans "Kingdom of heaven" que j'ai noté, celle où le héros installe un système complexe d'irrigation dans son domaine. Comme un autre apport de technologie. Cela me paraît impossible que Ridley Scott ait inventé ça, il l'a sûrement pris quelque part. Si tu as des éclaircissements…

Donc, ils ont parlé "art de la maison" entre autres.
Il paraît qu'il y a aussi le savon dur, le pain d'Alep, dont notre savon de Marseille est l'héritier. Ce qui est dans la droite ligne de ce que tu disais de l'apport d'un certain luxe et des soins corporels.

Pour les manuscrits antiques traduits en arabe (dont ceux d'Aristote qui viendront compléter ceux qu'on avait déjà), je crois aussi qu'il faut regarder du côté de l'Espagne et de la Sicile. D'ailleurs les Croisés tomberont-ils sur de riches bibliothèques ? Y-a-t'il des livres importants dont on sait qu'ils ont été traduits ou récupérés en terre sainte ?

Et merci pour les références, je lirai ça un de ces quatre.
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Messagede dame Garsende » 27 Mar 2007 17:48

Je voudrais préciser que l'Occident n'était pas aussi "arrièré" qu'on le pense souvent. Certains écrits antiques, notamment un certain nombre de ceux qui sont censés avoir été redécouverts, existaient en un petits nombres de copies dans les monastères européens. Certes, il n'étaient pas forcément étudiés mais la renaissance de la culture est aussi le résultat des efforts des moines qui ont exhumés ces écrits de leurs archives. Cela ne veut pas dire que l'Orient n'a rien apoorté mais il faut nuancer. Comme toujours :)
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