Données personnelles M'enregistrer Connexion aux pages perso et au forum ! icon

Les Ottomans, respectueux de l'héritage Grec ?

L'architecture médiévale désigne l'étude et l'inventaire des constructions propre au Moyen Âge. Cette discipline ne se cantonne pas au château.

Messagede Foulques » 28 Mar 2006 23:40

Une question pointue :

Dans l'article sur le Parthénon dans Wikipédia, quelqu'un a écrit :
"Contrairement à la réputation que leur feront les Européens plus tard, les Ottomans étaient généralement respectueux des monuments anciens qui se trouvaient sur leur territoire."

Cela me paraît très étonnant et peu compatible avec le fait de transformer le Parthénon en magasin de munitions...

dans ce sujet, Sainte-Sophie ne peut évidemment servir de référence puisqu'elle a été transformée en lieu de culte musulman.

Si nos amis Pons et Tancrede passent ici pour apporter leurs lumières, j'en serais ravi :wink:
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

point de vue

Messagede Tancrede » 19 Avr 2006 08:04

Bonjour Foulques,

Je ne pense pas qu'il y ai jamais eut de réel soucis de conservation d'un quelconque patrimoine culturel ou architectural avant l'avènement des sociétés modernes qui, au-delà de leurs sphères culturelles propres associent une valeur intrinsèque à une réalisation humaine. Certains hommes avaient du ressentir cette valeur chez l'autre, mais avant que ces sensibilités n'investissent les aspirations d'un Etat, il a fallu beaucoup de temps.

Les Ottomans n'échappent pas à cette "règle". Aussi, c'est essentiellement les considérations de leurs propres intérêts qui les ont, tout comme nous, amenés à modifier, effacer ou conserver les monuments auxquels leurs conquêtes les ont confrontés. Ces intérêts pouvaient être d’ordre religieux, militaires, urbanistiques, etc.

L'intérêt stratégique d'un site justifiera parfois qu'ils en rasent toute structure ancienne afin de déployer leurs propres canons architecturaux militaires. On peut citer en ce sens les reprises complètent des citadelles franques puis ayyoubides du Toron(Tebnin au Liban) ou du Maron (Deir Kiffa). Les édifices préexistant ont été totalement démantelés et remplacés par une structure très éloignée de ce qui pouvait avoir été mis en place précédemment, et respectant les nouveaux principes architecturaux qui avaient des progrès parallèles à ceux réalisés en matière d'armement.

Lorsqu'ils ont été confrontés à des ouvrages exceptionnels, ils se sont plutôt adaptés à l'existant, en y ajoutant leurs propres structures, en en modifiant certaines parties seulement : les travaux sur la citadelle de David à Jérusalem vont en ce sens. Dans une moindre mesure, les reprises réalisées sur Mirabel sont du même ordre.

Cet intérêt stratégique pouvait aussi avoir complètement évolués. Aussi, lorsqu'ils établissent la série de forts qui défendent la nouvelle route du Hajj, ils délaissent la voie antique dont les points fortifiés déjà existants, pourtant fabuleux (Kerak, Mont Royal etc...), ne sont pas systématiquement repris. Parfois, ces sites, simplement délaissés dans un premier temps, seront ensuite réutilisés ou démantelés, à cause de l'évolution de la donne géopolitique. On retiendra l’utilisation des moellons de la forteresse d’Atlit dans les travaux de restauration des murailles de Acre entrepris pour résistés aux armées des Français. Cette forteresse, le chef d’œuvre des architectes du Temple, a donc servi de carrière, tout simplement. L’exemple se répète de nombreuses fois (et à toutes époques – je vous renvois au post dédié aux mises en boutisse de votre forum).

Concernant les édifices religieux, leur sort est, dans la majorité des cas aussi, le simple fait de l'intérêt ou des caprices d’un Sultan. Les conversions d'églises en mosquées sont nombreuses, c'est évident, mais ce sont principalement les mamelouks qui réservèrent ce sort aux églises qu'ils prirent aux Chrétiens – au Liban des exemples magnifiques permettent, encore aujourd’hui, de visiter la cathédrale de franc à Beyrouth – actuelle mosquée al-Omari, où certaines des nombreuses églises de la ville médiévale de Tripoli, aujourd’hui utilisées comme mosquées ou bains publics.

Lorsque les Ottomans finissent de dévorer l'empire byzantin, le travail de destruction ou de conversion des édifices religieux en Orient a déjà été largement réalisé. Ils ne s'écartèrent toutefois pas beaucoup de la ligne suivie par leurs coreligionnaires. Mais comme on dit, "c'est de bonne guerre". Cette pratique avait été utilisée par les Latins aussi – le réemploi de l’esplanade des mosquées a pu en heurter certains, tout comme d'autres ont du souffrir de voir l'élévation de al-Aqsa sur l'esplanade de leur Temple.
Aujourd'hui, je ne connais pas d'exemples d'anciennes mosquées utilisées comme églises en Orient. Il faut pour en rencontrer, je pense, aller en Espagne, où le patrimoine culturel laissé par les Arabes, colossal et d’une grande qualité, a été largement réemployé (Séville offre de magnifiques exemples).

Cordialement,

T.
Tancrede
Petit contributeur
Petit contributeur
 
Messages: 35
Inscription: 23 Déc 2005 11:28
Localisation: Paris

Re: point de vue

Messagede armoisine » 19 Avr 2006 16:48

Tancrede a écrit:Il faut pour en rencontrer, je pense, aller en Espagne, où le patrimoine culturel laissé par les Arabes, colossal et d’une grande qualité, a été largement réemployé (Séville offre de magnifiques exemples).


Ca m'a fait penser au palais de l'Alhambra:

Malgré le désir des Rois Catholiques d'effacer les traces de l'Islam des territoires entièrement reconquis par les chrétiens après la chute de Grenade en 1492, le palais mauresque était tellement superbe qu'il fut épargné et servit de résidence royale lorsque la cour passait à Grenade. Les souverains y proclament le Décret d'Alhambra.

L'ensemble tomba ensuite en désuétude, ne faisant l'objet de restaurations qu'à l'occasion de séjours royaux.

L'Alhambra étant dès lors des grands évènements historiques, les pillards y firent leur apparition, ce que décrit Washington Irving dans ses conte

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alhambra#A ... s_Nasrides
Dernière édition par armoisine le 19 Avr 2006 16:51, édité 1 fois.
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
Avatar de l’utilisateur
armoisine
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 1325
Inscription: 02 Juin 2005 20:21
Localisation: Dans mes rêves

Re: point de vue

Messagede armoisine » 19 Avr 2006 16:49

PS, les contes d'Irving fait parti des bouquins empilés sur ma table de chevet, un chapitre par ci par là, sauf qu'il est en espagnol... La lecture est d'autant plus lente :lol: !

Si j'y trouve des choses intéressantes j'en ferai part ici...
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
Avatar de l’utilisateur
armoisine
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 1325
Inscription: 02 Juin 2005 20:21
Localisation: Dans mes rêves

Messagede Tancrede » 20 Avr 2006 06:13

Trés bon exemple de réemploi, surement l'un des plus spectaculaires d'ailleurs aux vues de la taille du complexe.

Bonnes lectures ;)
Tancrede
Petit contributeur
Petit contributeur
 
Messages: 35
Inscription: 23 Déc 2005 11:28
Localisation: Paris

Messagede Foulques » 20 Avr 2006 20:38

Merci Tancrede pour cette réponse détaillée ! :D

Donc, c'est bien ce que je pensais, il y avait bien plus d'indifférence que de respect. Pas d'animosité particulière, comme nos modernes talibans qui ont dynamité les boudhas, mais en fait ils en avaient rien à battre.

Lorsque Schliemann va voir le ministre ottoman de l'instruction publique pour lui demander l'autorisation de fouiller pour trouver les restes de Troie, celui-ci n'a jamais entendu parler d'Homère et de l'Iliade...

Par contre il fallait un firman, une autorisation spéciale du sultan pour avoir le droit de fouiller, ce n'était pas ouvert à tous les vents, en principe et nonobstant la corruption.

Ce que tu disais, Armoisine, m'a rappelé ce passage sur la grande mosquée de Cordoue :

« En avril 1523, le chapitre résolut d'ériger une cathédrale plus vaste au cœur de la forêt de colonnes du monument arabe. À cette nouvelle, l'ayuntamiento s'émut et menaça de mort quiconque oserait attenter à cette merveille architecturale, en attendant l'arbitrage de Charles Quint, alléguant que «ce qu'on voulait défaire ne serait jamais remplacé par quelque chose qui arrivât à semblable perfection».
L'empereur donna tort à l'ayuntamiento et lui ordonna de lever cet interdit. L'architecte Hernán Ruiz le Vieux, puis son fils Hernán Ruiz le Jeune, commencèrent donc les travaux.
Lorsque, trois ans après avoir donné son accord, Charles Quint vint en Andalousie et vit la construction, il manifesta le plus vif mécontentement. «Si j'avais su, dit-il aux chanoines, ce que vous vouliez faire, vous ne l'auriez pas fait car ce que vous faites-là peut se trouver partout, tandis que ce que vous aviez auparavant ne pouvait se trouver nulle part ailleurs


http://66.249.93.104/search?q=cache:E3g3ebxVnRUJ:www.ac-reims.fr/datice/espagnol/iddmaths/photos_et_commentaires/commosqueecordoue.doc++quint+mosqu%C3%A9e+cordoue&hl=fr&gl=fr&ct=clnk&cd=9&lr=lang_fr
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
Avatar de l’utilisateur
Foulques
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 942
Inscription: 01 Avr 2005 19:39

Le Moyen Age... Info complémentaires

Services et Infos

cron