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Nuance servile de l'anthroponymie médiévale

Les sources médiévales, difficilement lisibles, sont une aubaine pour les historiens. Elles permettent de donner des indications précises sur la société de l'époque.

Messagede armoisine » 30 Mai 2006 15:01

Encore un travail, par Bourin et Chareille, qui montre l'étendue des objets d'étude.... S'interroger sur les noms d'esclaves.
http://lamop.univ-paris1.fr/W3/Conclusion.pdf

Bon, c'est dense et perso je ne trouve pas le sujet passionnant, mais voilà, ça peut intéresser (notamment dans la difficulté parfois à distinguer les statuts de serfs-esclaves).
Il se trouve que je cherche des infos sur la constitution Liber Paradisus de Florence en 1257. C'est comme ça que je suis tombée dessus.

Mi XIIIè, après la mort de Fred II, les villes les plus puissantes d'Italie sont déchirées par des luttes de factions, entre guelfes (pro pape et indépendance), et gibelin (pro empereur, contre l'ingérence pontificale).
Toutefois, ces disputes prennent une dimension bien locale, et c'est surtout une lutte d'influence interne.
A Florence, le Popolo Vecchio guelfe prend le pouvoir en 1250 et fait passer des réformes "populaires", dont la constitution Paradisus: libération par le rachat (par la cité) des serfs du contado (campagne). Sûrement pour faire les pieds aux seigneurs, en général gibelins (quoique le texte donne nominalement ceux que cela concerne).

Est-ce bien là la signification du texte? Quelle a été sa portée réelle?
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Messagede armoisine » 01 Juin 2006 14:04

Apparemment, le texte a une forte portée aujourd'hui.
ll fait parti de l'éveil des consciences aux droits de l'homme si l'on en croit la plupart des sites du net. Exemple: site du Conseil de l'Europe, éducation,

"DEMOCRATIE, DROITS DE L'HOMME, MINORITES : LES ASPECTS EDUCATIFS ET CULTURELS"
L'émergence des Droits de l’Homme en Europe

1257 LIBER PARADISUS, La cité de Bologne libère et rachète les serfs et les serves

Dans les quelques deux ou trois cents communes qui, aux 12e et 13e siècles, peuvent en Italie porter le nom d’Etats-cités, la libération de certaines catégories sociales passe par les affrontements entre les différents pouvoirs locaux. Ici, à Bologne en 1257, c’est le problème des paysans et de l’interdépendance ville-campagne qui conduit la commune à affranchir les serfs de la tutelle seigneuriale. Elle se sert pour cela d’une argumentation biblique, plus révolutionnalre sans doute que ne le pensaient les rédacteurs du texte, mais singulièrement libératrice.


La dimension émancipatrice est certes présente mais au fond, il y a désir de s'assurer le soutien de la masse populaire pour la faction au pouvoir. Et aussi le dessein de récupérer celle ci comme main d'oeuvre urbaine.

Je n'ai toujours pas trouvé qu'elle a été la portée immédiate du texte...

Et pour le texte intégral:
http://www.coe.int/t/f/coop%C3%A9ration_culturelle/education/e.c.d/documents_et_publications/par_sujet/Droits_de_l'homme/antologie_it.asp
Dernière édition par armoisine le 01 Juin 2006 14:22, édité 1 fois.
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Messagede armoisine » 01 Juin 2006 14:21

armoisine a écrit:Je n'ai toujours pas trouvé qu'elle a été la portée immédiate du texte...


Bon, alors en plus de ce qui a été dit auparavant, la constitution avait une autre finalité. Le renouveau du droit romain y est sûrement pour quelque chose (212, Caracalla), le but était de faire des serfs des contribuables à la commune. Les soustraire à un système féodal pour se les attacher fiscalement et inclure un peu plus le contado dans le fonctionnement de la cité.

A noter que l'université de Bologne, une des plus anciennes avec Paris a été un pôle de renouveau du droit, et se spécialise dans le droit romain (tandis que paris se spécialise dans le droit canon je crois). Dans la sphère de Ravenne, c'est pas un hasard....
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Messagede Foulques » 01 Juin 2006 20:37

Ah Bologne c'est la plus ancienne université de la Chrétienté (1088), et c'est bien là l'origine du renouveau du droit romain. Seulement elle restera longtemps un centre des seules études juridiques.
Paris sera le principal centre de la Chrétienté pour les études théologiques aux XIII-XIVe s. C'est la deuxième plus ancienne, effectivement.

Cette constitution me rappelle la coutume de la ville de Toulouse où, pour être citoyen, il suffisait de le proclamer quel que soit l'endroit ! Je ne sais pas comment cela s'appliquait en fait et s'il y avait rachat sytématique.

Je me souviens qu'Alain Boureau relativisait les affranchissements de serfs (ç'aurait été trop simple ! :) ), il me semble qu'il disait que c'était plus un changement de dépendances dans un contexte fiscal qu'une "libération" au sens où on peut l'entendre aujourd'hui.
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Messagede armoisine » 02 Juin 2006 06:54

Merci d'avoir confirmé :D !
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Messagede Janus » 08 Juin 2006 08:21

J'ai trouvé ça:
Lien

1257

LIBER PARADISUS

La cité de Bologne libère et rachète les serfs et les serves

Dans les quelques deux ou trois cents communes qui, aux 12e et 13e siècles, peuvent en Italie porter le nom d’Etats-cités, la libération de certaines catégories sociales passe par les affrontements entre les différents pouvoirs locaux. Ici, à Bologne en 1257, c’est le problème des paysans et de l’interdépendance ville-campagne qui conduit la commune à affranchir les serfs de la tutelle seigneuriale. Elle se sert pour cela d’une argumentation biblique, plus révolutionnalre sans doute que ne le pensaient les rédacteurs du texte, mais singulièrement libératrice.

Au commencement, le Seigneur Dieu Tout-Puissant planta un jardin (paradis) de délices. Il y plaça l’homme qu’il avait formé et il orna le corps de celui-ci du vêtement de la blancheur en lui donnant une liberté parfaite et perpétuelle. Mais ce misérable, oublieux de sa propre dignité et du don divin, mangea, malgré le précepte du Seigneur, la pomme défendue. Ce faisant, il entraîna misérablement lui-même et toute sa postérité dans cette vallée et il empoisonna considérablement le genre humain en l’attachant misérablement par les liens de la servitude diabolique : d’incorruptible, il devint corruptible et d’immortel , il devint mortel, soumis au changement et à une très grande servitude. Voyant que le monde entier dépérissait, Dieu eut pitié du genre humain et envoya son Fils unique, né de la Vierge-Mère par l’opération du Saint-Esprit, pour que, ayant rompu les liens de servitude qui nous retenaient captifs, la gloire de sa dignité nous rende à notre liberté première. C’est pourquoi il s’agit très concrètement de savoir si des hommes qu’à l’origine la nature a produits et créés libres et que le droit des peuples a soumis au lien de servitude, seront rendus, par le bénéfice de l’affranchissement, à cette liberté dans laquelle ils étaient nés.

En considération de quoi, la noble cité de Bologne, qui a toujours combattu pour la liberté, se souvenant du passé et prévoyant l’avenir, en l’honneur de notre Rédempteur le Seigneur Jésus-Christ, a racheté à prix d’argent tous ceux qu’elle a trouvés, dans la cité et le diocèse de Bologne, astreints à condition servile ; après une enquête diligente, elle les a déclarés libres, décrétant qu’à l’avenir, il ne pourrait demeurer, dans la cité et le diocèse de Bologne, aucun homme astreint à la servitude, afin qu’à l’avenir, la masse de la liberté –tant naturelle que rachetée par l’argent- ne puisse être corrompue par aucun ferment de servitude, puisqu’une faible quantité de ferment corrompt la masse entière et que la participation d’un seul méchant déshonore un très grand nombre de bons. Au temps de la vigilance du noble seigneur Bonacursus de Sorixina, podestat de Bologne, dont la renommée de toutes les louanges diffusée de tous côtés irradie comme un astre et après l’examen de son juge et assesseur, le seigneur Jacobus Gratacelli que sa science du droit, sa sagesse, sa constance et sa tempérance recommandent à tous, a été fait le présent mémoire qui doit à juste titre s’appeler de son propre nom, le Paradis : il contient les noms des serfs et aussi des serves des seigneurs afin que l’on sache quels serfs et quelles serves ont acquis la liberté et à quel prix, à savoir 10 livres de Bologne pour les serfs et les serves de plus de 14 ans et 8 livres pour ceux de moins de 14 ans, prix versé à chaque seigneur pour chacun de ceux qui étaient astreints au lien de servitude. Ce mémoire a été écrit par moi, Conradinus Sclariti, notaire chargé (préposé à l’office) des serfs et des serves, l’an du Seigneur 1257, 15e indiction : qu’il soit maintenant et à l’avenir la mémoire de tous les susdits.

(suit la liste des seigneurs et des serfs et serves concernés)

Source:
Archives de Bologne

Traduction française :
Elisabeth Carpentier
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Messagede armoisine » 08 Juin 2006 09:23

C'est le lien que j'avais indiqué dans mon message mais je n'avais pas réussi à le réduire tout en le mettant en lien, ça marche jamais quand je veux faire ça :oops: ...

C'est la sorte de site qui apparait le plus couramment sur le net au sujet de Liber Paradisus, mais qui ne donne pas toute la dimension du texte.
Ce n'est pas "que" libérateur, mais plutôt, un changement de tutelle et une façon d'accroître les revenus fiscaux de la commune....
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Messagede Janus » 08 Juin 2006 10:21

armoisine a écrit:Ce n'est pas "que" libérateur, mais plutôt, un changement de tutelle et une façon d'accroître les revenus fiscaux de la commune....

De ce qui j'ai vu ... toutes les 2 choses: soit un progres du point de vue social, soit un'intelligente operation economique! :wink:

J'ai trouve ça:
Lien

Il y a un article de Rolando Dondarini, professeur de l'Université d'Histoire medievale de Bologne.


Il dit que le Liber a eu un'importance bien superieure à ce qu'on pense aujourd'hui: il ne s'agissait pas seulement d'une pratique fiscale où d'une sorte de "celebration occasionel du pouvoir de la Ville" avec de la propagande ... (pour celebrer la victoire de Bologne sur le roi Enzo, le fils de Frederick II)
Le Liber nous temoigne aussi un sorte de "passage" du pouvoir des nobles à celui du peuple: tout ça c'était deja evident depuis longtemp à bologne mais ... le Liber c'est un moment tres important!
Il faut considerer aussi que Bologne (avec son Université) c'était un terrain bien favorable pour ces idées "progressistes" liés au concept de l'egalité des hommes!
Il faut dire aussi que l'université de Bologne a "amplifié" et repandu ces idées un peu partout dans l'europe medievale avec ses étudiants qui provenaient de toutes les regions européennes...

Dondarini dit donc que l'importance du Liber n'est pas limité aux necessités économiques de la Bologne medievale: ces idées ont commencé un voyage qui continue aujourd'hui encore ... :wink:
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Messagede armoisine » 08 Juin 2006 10:56

Oui, au fond il ne faut pas nier non plus l'aspect égalitaire et altruiste...
D'ailleurs, ceci se place en droite ligne du courant de pensée des siècles suivants, en préparant le terrain de l'humanisme...
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