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Petite chapelle fontevriste

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Jehan » 24 Juin 2006 20:01

Deux pages détachées d'un Cartulaire de la fin de XVème siècle donnent une singulière description d’une petite chapelle d’un simple hameau. Le texte est du 7 octobre 1463.

"En la grange et mestairie d'Ayres, près Moluzon, en la parroisse de Quinzene ou diocèse de Bourges a une belle chappelle, laquelle chappelle est couverte de tieulle avecques ung pignon devant où est l'antrée de ladite chappelle, et y a ungne palme. Ylz y a ungne cloche bonne et suffissante. Item deux missels, l'ung nocté et l'autre non, ung calice de peulpre ou plon avecques les vestemans et ornemans de ladite chappelle; Item ou circuit de ladite chappelle et mestairie a six feux de maysnaigiers. Et y a en tout le nombre de unze maysons que ungnes que austres et ungne grange bastie presque neufve et y a beau sementire alantour de ladite chapelle et belle franchisse foussé tout alentour."

Traduction libre :

Dans la grange et métairie d’Aires, près Montluçon, en la paroisse de Quinssaines, au diocèse de Bourges, il y a une belle chapelle. Cette chapelle est couverte de tuile et le pignon dans lequel est ménagée l’entrée est décoré d’une palme. Il y a une cloche bonne et suffisante. Item, deux missels dont l’un est muni de notes de musique, un calice de plomb ainsi que les vêtements et ornements sacerdotaux. Item, autour de ladite chapelle il y a six feux de. Il y a l’un dans l’autre un total de onze bâtiments dont une grange presque neuve, un cimetière autour de la chapelle, toute la franchise étant entourée de fossés.

Le lieu-dit Aire, commune de Quinnsaines, dépendait du prieuré d’Orsan, en Berry, qui fut l’un des premiers, si ce n’est le premier de l’ordre fontevriste.

L’abbaye de Fontevrault, célèbre par les gisants de son église et sa cuisine monumentale, a été fondée par le très curieux Robert d’Arbrissel, né vers 1045-1047. Fils de prêtre, ce qui était courant au XI° siècle, il fit des études théologiques, devînt archiprêtre vicaire épiscopal, puis déçu par son ministère, décida une première retraite érémitique. Il fonda alors la communauté des chanoines de La Roë. Puis, quittant cette première fondation, il se consacre à la prédication, autorisé par le Pape Urbain II qu’il rencontre à Angers en 1096.

Voyant s’agglutiner autour de lui de nombreux disciples, hommes et femmes, il crée l’abbaye de Fontevrault entre novembre 1100 et Pâques 1101. Un double monastère, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes, strictement séparés, mais dirigés l’un et l’autre par une abbesse. Décision révolutionnaire de placer une femme à la tête d’un ordre mixte !

Orsan a été le lieu de décès de Robert d’Arbrissel. Sa dépouille fit l’objet d’un conflit entre la première abbesse de Fontevrault et les seigneurs berrichons. On le tenait pour saint à l’époque. Il ne sera pourtant jamais canonisé et devra se contenter du titre de « bienheureux. » Trop peu « catholique » ce que bienheureux !

Cet homme « admirandus, extollandus, imitandus » (digne d’admiration, de louange, d’imitation), était, une fois mort, promesse de reliques importantes qu’il était fort intéressant de détenir. On transigea : le corps fut porté à Fontevrault, moins le cœur qui resta à Orsan !

Plus tard, l’abbaye de Fontevrault échappa quelque peu à l’enseignement du fondateur, ami, confesseur et consolateur des filles repenties, et les abbesses furent choisies parmi les plus nobles filles.

Au XVII° siècle, les frères fontevrites tentèrent de faire sécession et reçurent l’accord du Pape Urbain VIII. C’était sans compter avec l’abbesse : « Dame Jehanne-Baptiste de Bourbon, sœur naturelle du Roy, légitimée de France », fille d’Henri IV et de Catherine des Essarts, et donc demie-sœur de Louis XIII. Ce dernier, en bon demi-frère, refusa d’entériner la décision pontificale et les « troubles et différends mus et exités en l’ordre de Fontevrault » furent réglés royalement en faveur de l’abbesse et des nonnes.
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Messagede Jehan » 25 Juin 2006 14:57

En complément, sur le vie de Robert d'Arbrissel, quelques livres :
- Jean-Marc Bienvenue : L'étonnant fondateur de Fontevraud, Robert d'Arbrissel, Nouvelles éditions latines, 1981
et surtout les deux ouvrages fondamentaux de Jacques Dalarun :
- L'impossible sainteté - La vie retrouvée de Robert d'Arbrissel (v. 1045-1116), fondeteur de Fontevraud, Cerf, 1985
- Robert d'Arbrissel, fondateur de Fontevraud, Albin Michel, 1986
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Re: Petite chapelle fontevriste

Messagede Foulques » 25 Juin 2006 17:48

Jehan a écrit:Un double monastère, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes, strictement séparés, mais dirigés l’un et l’autre par une abbesse. Décision révolutionnaire de placer une femme à la tête d’un ordre mixte !.

Oui ! Et la première, Pétronille de Chemillé, n'avait que 22 ans en plus ! Mais il fallait que les abbesses soient veuves, pour avoir l'expérience de la vie et des hommes.

Jehan a écrit:Il ne sera pourtant jamais canonisé et devra se contenter du titre de « bienheureux. » Trop peu « catholique » ce que bienheureux !.

On dirait que si :
http://nominis.cef.fr/contenus/saint/69 ... issel.html

Robert d'Arbrissel est un personnage tout à fait étonnant. Il devait avoir un charisme extraordinaire.
http://www.france-pittoresque.com/perso/21b.htm

Quand j'ai visité Fontevraud, je ne savais même pas que Richard Coeur de Lion y avait son gisant, j'étais très surpris !
Le site web permet une visite virtuelle :
http://www.abbaye-fontevraud.com/index.php
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Messagede armoisine » 25 Juin 2006 18:06

On l'appelle nécropole des plantagenêts je crois, mais il n'y a que 3 ou 4 gisants de la famille dont celui de Richard et d'Aliénor qui y a fini ses jours.
L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il la continue. Camus
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Messagede Jehan » 28 Juin 2006 18:24

Les gisants de Fontevraud : Henri II Plantagenêt, Richard Coeur de Lion, Aliénor d'Aquitaine, Isabelle d'Angoulême, et on croit avoir retrouvé celui de Raymond VII de Toulouse, petit-fils d'Aliénor.
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Messagede Foulques » 06 Juil 2006 22:53

Les voila :
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A remarquer : à la différence d'Henri, Aliénor tient un livre ouvert. Hommage à son érudition et sûrement à sa piété, je pense.
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