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Quelques mots souvent usités...

Les sources médiévales, difficilement lisibles, sont une aubaine pour les historiens. Elles permettent de donner des indications précises sur la société de l'époque.

Messagede Foulques » 15 Fév 2007 19:28

Suite à l'intéressante conversation sur le fil :
http://www.an1000.org/forum/888_0-contr ... dence.html

Voici ce que j'ai trouvé sur ces quelques mots, réputés grossiers :

Con :
XIIIe s. du latin cunnus "sinus muliebris" (?), de cuneus "coin"; connard XIIIe ; déconner 1866, Delvau ; connerie XXe s.

A part ça rien dans mes dicos, c'est l'ami Claude Duneton * qui nous apprend l'essentiel sur le sujet. On trouve le terme notamment dans un fabliau de Boivin de Provins (XIIIe s.) :

[Boivin] l'estraint
De la pointe du vit la point;
El con li met jusq'a la coille,
Dont li bat le cul et rooille
Tant, ce m'est vis, qu'il ot foutu.

(el : dans le ; rooille : frappe ; vis : avis)

L'un des principaux substituts du terme, plus passe-partout et qui permet un rapprochement imagé sur le pelage, était le connil ou connin, ancien nom du lapin. On dira "chasser au connil"ou même le verbe conniller qu'on retrouve chez Ronsard :

Japant à la porte fermée
De la chambre où ma mieux aymée
Me dorlottait entre ses bras,
Connillant de jour dans les draps.


Or le lapin avait aussi une autre réputation, celle d'un animal sans cervelle ("une mémoire de lapin" par exemple), d'une créature niaise. Et c'est donc cette attribution qui va passer du connil au con et donner la plus connue et usitée des insultes françaises et ses variantes (connaud, connard,…). Insulte compensée à l'époque moderne puisque ne dit-on pas "con comme une bite" ? Ce qui rééquilibre le rôle des sexes, d'ailleurs chacun sait que farfouiller sous la ceinture n'a jamais été dans le but de trouver des qualités intellectuelles !

Sur cette page d'un érudit latiniste coquin, on confirme que le cunnus n'avait pas le sens d'insulte chez les Romains, qu'il a pris au cours du temps :
http://www.noctes-gallicanae.org/Obscen ... _verba.htm

Enfin, l'ancêtre du célèbre roi des cons est sans doute le roi Connin du "roman de Renart", qui s'occupe… à fabriquer des cons (sexes) !

Voir aussi sur le connil :
http://www.an1000.org/forum/viewtopic.php?t=240

Cornard :
1er sens :Qui a des cornes. 2e sens : terme d'injure, dont la femme est infidèle; "l'un amasse du bien dont sa femme fait part à ceul qui prennent soin de le faire cornard" (Molière, l'école des femmes 3e sens cornard ou conard : membre d'une société bouffonne en Normandie au XVIe s. Il y avait en Normandie un abbé de conards qu'on promenait sur un char (Voltaire, Mœurs, 82).

Là aussi on voit qu'il y a une contamination de sens des mots connard et cornard, manifestement du fait de leur proximité. L'affaire paraît cependant assez compliquée à démêler. Si l'expression "porter les cornes" dans le sens de cocu, semble très ancienne à cause de la sexualité prêtée aux boucs et chèvres (dans la Grèce ancienne, selon Voltaire, le mari cocu se faisait appeler "bouc", animal porteur de cornes et dont la femelle était réputée volage), on trouve le mot cornard employé pour connard au XIIIe s, comme l'exemple cité ci-dessus. J'attends de lire de plus amples informations de bonnes sources.

Cul : XIIIe s, fabliaux,
Du latin culus, esp. et italien culo, aussi dans le gaélique cûl.
1er sens : le derrière de l'homme et des animaux.
XIIIe s : "mal se cuevre cui li cul pere" (mal se couvre quand le cul paraît). Prov. du vilain, Ms de St Germ. F° 75 dans Lacurne. "j'ay crainte, madame, à parler par reverence, que ce povre duc n'en soit de deux selles le cul à terre" (lettre de Louis XII).

Donc on voit bien, ce qui été évoqué dans le fil de référence, que cul et con sont des mots bien distincts dès l'origine, que l'un n'a pas donné naissance à l'autre.

On n'y fait même plus attention mais cul, que l'on évite de dire en société honorable, est très présent dans le vocabulaire courant. Les mots suivants sont basés dessus :

Bascule : 1549. région Est bassecule altération sous l'influence de basse, de bacule XVe s. "action de frapper le derrière de quelqu'un contre terre pour le punir". Dérivé du verbe baculer, composé de battre et de culer ; emploi métaphorique : la bascule heurtant le sol en s'abaissant.
Acculer : fin XIIIe s. jusqu'au XVIe "poser sur le derrière" ensuite glissement de sens en "buter contre".
Bousculer : 1798 altération de bouteculer XIIIe s. verbe composé de bouter et de cul soit "pousser au derrière", sous l'influence de basculer, à moins qu'il ne s'agisse d'une forme dialectale bousser (Est).
Culbuter : 1480 J. Marot (culebuter), de cul et buter.
Culasse : 1598, Barbier.
Culot :1319 "fond ou partie inférieure de certains objets" familier. Emploi ds le sens métaphorique de "toupet" fin XVIIIe, le culot servant à donner de l'aplomb à certains objets, en particulier à des lampes.
Culotte : 1515
Culotté : 1792
Reculer : 1160, Eneas. ?? ; recul XIIIe s.


Note : Les siècles indiqués correspondent à la première mention écrite du terme. Qu'on les trouve seulement à partir du XIIIe s. n'est pas très étonnant puisque ça correspond à l'essor de la littérature populaire, mais les termes viennent généralement bien du latin.

* Claude Duneton "La puce à l'oreille", le livre de poche. Un ouvrage incontournable pour qui s'intéresse un peu à l'origine des expressions populaires y compris grivoises.

Autres sources : le Littré, dictionnaires étymologiques Larousse et celui de J. Picoche.

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Messagede vercoquin » 15 Fév 2007 20:42

A nouveau grand bravo, Foulques !!!
Dans l'immédiate lecture, seule chose à rajouter concernant "notre" con, concernera cornard. J'y viendrai tout bientôt, toujours d'après Nelli, je crois.
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Messagede Foulques » 22 Fév 2007 20:39

Merci Vercoquin ! Je ne sais pas qui est Nelli mais j'attends avec intérêt des éléments sur le sujet. Je m'attendais à ce que tu me dises que je suis cultivé mais t'a pas osé me la faire ^^
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Messagede Aaarrrgggh » 23 Fév 2007 08:32

il y a aussi le simple "culer" qui veut dire reculer
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Messagede vercoquin » 23 Fév 2007 22:41

S'cuses, messire Foulques : ben oui, t'es manifestement franchement cul... etc. Nelli ? Magnifique quant aux troubadours, et passionnément étudiant du fait cathare. Effectue une recherche de toile, sinon, te donnerais volontiers quelques références de ses écrits.
Donc, pour faire vite (désolé, beaucoup de boulot, et beaucoup de promesses !) :
cornard... corner... c'est aussi enfiler, enfileur. Avec, à priori, un sens sodomite prononcé, mais là, ça mériterait une étude approfondie du sujet (j'ose dire).
Nelli ? (suite). Dans "L'érotique des troubadours", il montre le croisement de cornu et corner, pour donner cornard. Enfin, entre autres, et, dois-je dire, ma thèse sur le sujet, si elle vient un jour, viendra bien après paratge (là, je suis bien sûr de venir à l'analyse et à l'écrit).
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Messagede Aaarrrgggh » 25 Mar 2007 10:03

par rapport au terme "cornard, connard"
Les connards étaient une troupe de fols et de jongleurs d'Amiens, ce me semble, qui se moquaient de tout le monde dans les rues de la ville !
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