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Rites sur le mariage / noces / Couple

Le Moyen Âge est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on le fait commencer en 476 et le terminer en 1492.

Messagede Aaarrrgggh » 25 Mar 2007 09:59

Selon l'idée de Foulques, je propose de lancer un sujet sur les rites du mariage, et pourquoi pas étendre la démarche à toute sorte de noce ou d'événement, ou même sur les jeux de l'époque pour former un couple, je pense notamment à la saint valentin dont je ouis qu'à l'origine l'idée n'était pas de fêter le couple comme c'est aujourd'hui, mais de trouver un amoureux ou une amoureuse.

En voici un pour les mariés, j'ignore si c'est vrai, on le trouve dans plusieurs ouvrages dont la vie des paysans et La Loire historique, pittoresque et biographique- de la source de ce fleuve à son embouchure... Par Georges Touchard-Lafosse.
Appelé "le saut des mariés", tout vilain qui se mariait sur la terre dudit seigneur (donc ça ne se faisait pas forcément partout), était tenu de se trouver le jour de la Trinité, la première année de son ménage, près du ruisseau appelé le "Saut des Mariés".

"Sauter ledit ruisseau en travers, et où ils défaudraient à icelui sauter, et qu'ils tombassent dans l'eau ou qu'ils fissent défaut de se trouver audit lieu, devaient payer quinze boisseaux d'amende."
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Messagede Foulques » 26 Mar 2007 20:44

15 boisseaux ça me paraît énorme (d'ailleurs quel était le volume d'un boisseau au fait ?), mais peut-être que le ruisseau en question était pas trop dur à sauter.

Dans le même genre, en Bretagne, les mariées de l'année se réunissaient dans une clairière d'une forêt voisine. Elles devaient chanter une chanson ou danser. Elles recevaient un baiser et un chaperon de chèvrefeuille. A défaut, elles devaient payer une amende de 60 sous ! Autant dire qu'elles devaient toutes le faire.
A Goulaine, la mariée devait chanter trois chansons et le marié devait prouver son adresse et sa vigueur en expédiant d'un seul coup de batte un ballon hors de la limite du jeu (sûrement un jeu à l'origine du base-ball).

(d'après Jacques Levron "Le château-fort et la vie au MA", 1963).

Ce sont des rites communautaires, d'intégration. L'esprit est bon enfant et festif mais gare à qui fait bande à part... Enfin, ma réflexion est moderne car l'individualisme est inconcevable à cette époque.

On peut avoir une certaine nostalgie de certains aspects du MA mais pas du tout pour ce qui touche au mariage. C'est le moment où la communauté va peser le plus sur les malheureux mariés.
Il y a du "rite de passage", comme le dit fort bien Dame Garsende, dans cet acte fondateur qu'est le mariage. Et les jeunots vont se taper force contraintes, plaisanteries lourdes et grivoises, etc...

L'Eglise, gênée par ce contexte et le rapport charnel, mettra des siècles à s'y impliquer. L'usage de passer devant le curé ne sera pas général avant les XIe-XIIe siècles...


Quelqu'un sait comment étaient les robes de mariées dans le peuple ? Leur couleur ?
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Messagede dame Garsende » 27 Mar 2007 17:53

Il me semble bien que les robes de mariées étaient rouges et pour la coupe du même genre que l'habit du dimanche ;)Je crois que le rouge rappelait la raison essentielle du mariage : assurer la descendance de la lignée.
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Messagede Jehan » 30 Mar 2007 20:03

J'ai peur que le mariage d'amour ait été bien rare ! Mariage de convenance, chez les vilains comme chez les nobles. Arrondissement de terres ou de seigneuries !
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Messagede dame Garsende » 31 Mar 2007 13:16

Il ne faut pas oublier que l'individu ne comptait pas à cette époque et jusqu'à il y a peu. Seule comptait la communauté et son intérêt. Communauté villageoise, familiale.... En même temps, il ne faut pas caricaturer, les gens n'étaient pas forcement malheureux. J'ai lu une très intéressante étude qui montre que les mariages arrangés marchent finalement mieux : on a le temps de se connnaître et de s'apprécier. Les mariages d'amour, devenus le seul mode de mariage possible dans notre société, sont trop chargés émotionnellement et les personnes sont souvent déçues. Pour les Occidentaux d'aujourd'hui le mariage doit être un lieu d'épanouissement personnel, et doit nous apporter le bonheur (et donc le plus souvent on déchante grave :))Alors que le mariage arrangé est beaucoup moins investi émotionnellemnt donc on en apprécie tous les bons côtés et on relativise les mauvais.
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Messagede Foulques » 01 Avr 2007 00:40

C'est très juste, dame Garsende. Les statistiques de mariages qui durent à notre époque sont tellement catastrophiques qu'elles laissent songeur sur la constance des sentiments humains.

Pour rester au MA, qui a dit que le mariage était alors l'accomplissement des vœux du cœur ? Il se présentait plutôt comme l'instrument d'une stabilité sociale en même temps qu'une opportunité de stratégie d'expansion patrimoniale pour les familles.
La notion du bonheur, et peut-être même de l'amour, n'étant pas les mêmes que les nôtres à leur époque, ces mariages calculés ont rempli leur fonction sociale. En des temps très difficiles et violents, on cherche la sécurité avant l'épanouissement personnel.
Il est à noter aussi que l'interdiction de la répudiation (à ne pas confondre avec le divorce), protégeait la femme vieillie.

Mais, et c'est très important, le mariage ne se faisait pas non plus en l'absence de l'avis des intéressés. C'est ce que dit Régine Pernoud lorsqu'elle insiste sur le fait que le christianisme a apporté le libre-choix des époux, et que cela n'était pas tombé dans l'oreille de sourdes de la part des jeunes Romaines des premiers siècles de notre ère.

Il me semble que la confirmation tient à l'âge moyen des mariés. Si cela concernait des enfants, il est clair que la volonté des parents prime sans contestation possible mais s'il s'agit d'adultes, leur voix devait compter. Enfin cela devait dépendre des individus, bien sûr.

Or Robert Fossier dit dans La société médiévale: " La fille est mariée, au plus tôt, les trois quarts avant 18 ou 19 ans au XIIIè siècle débutant ; le garçon quand il pourra être vir, homme ayant un état, que ce soit un fief ou un métier à tisser, 25-27 ans ".
J'aimerais bien avoir des éléments sur les autres siècles mais, a priori, il s'agit d'adultes (les mariages royaux sont une autre paire de manches).

Bien entendu, je ne cherche pas à défendre le mariage de raison contre celui d'amour mais, historiquement, le premier se comprend assez bien.
Je pense aussi que la fille avait plus son mot à dire au MA qu'aux époques qui succèderont, où le consentement parental deviendra obligatoire... avec peine de mort en cas de rapt !
Le mariage d'amour, si peu probable qu'il l'ait été souvent, était en tous cas encore possible au MA.
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Messagede dame Garsende » 01 Avr 2007 18:08

Je ne voudrais pas dire de bêtises mais il me semble que plus tôt dans le Moyen Age, les gens se mariaient plus jeunes : 13-14 ans pour les filles (elles étaient alors pubères et psychologiquement plus précoces donc considérées comme adultes) et une vingtaine d'années pour les garçons. Le recul de l'âge au mariage à la fin du Moyen Age tiendrait aux difficultés croissantes à se nourrir, au marasme économique qui s'installe peu à peu, et qui nécessitent un contrôle des naissances. Plus les gens se marient tard, moins il font de gamins.
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Messagede Aaarrrgggh » 02 Avr 2007 05:42

Il me semble avoir lu que les filles nobles étaient mariées plus jeunes (vers effectivement les 12-14 ans) que les filles des vilains (et des bourgeois), dont l'âge des premières noces tournerait autour des 17-18 ans.
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Messagede armoisine » 02 Avr 2007 20:46

Je suis d'accord avec Foulques au sujet de la voix au chapitre pour les jeunes candidats au mariage.
Mariage arrangé mais aussi mutuellement accepté au Moyen Age.

Enfin, quand est-il réellement quand le clergé est entaché de simonisme (avant Grégoire et avant Luther) et qu'il vend des sacrements contre de l'argent? Quand la pression familiale pousse à dire oui quand le coeur dit non? Quand il n'est d'autre choix que de finir marié? Que de se reproduire?

Car enfin, le mariage est le noeud de la société, c'est une identité.
Il faut finir marié, alors est-ce vraiment un choix?
Sécurité avant épanouissement personnel si c'est ce qu'à voulu dire Foulques?


C'est à nouveau dans les bouquins que je cherche le pouvoir de dire non des femmes du moyen age pour qui le mariage est malgré tout la plupart du temps, le seul moyen d'exister. Un post suivra si j'arrive au bout de mes lectures..
Intéressant en tout cas ce parallèle mariage arrangé/mariage choisi... Trop de choix, d'émotions, tue le bonheur à l'inverse du MA :x ?

Et dernier point, je cherche des stats sur l'espèrance de vie des femmes au moyen age. Parce qu'il est finalement assez aisé de donner de la longévité à un mariage où l'un des deux époux à de fortes chances de disparaitre... L'une en couche, l'autre parce qu'il est homme, tape dur, ou travaille dur... Un mariage au moyen age c'est pas 50 ans comme aujourd'hui, si?
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Messagede Foulques » 03 Avr 2007 08:50

Que la règle générale pour le mariage ait pu être l'union entre une fille de 13 ans et un garçon de 20, dame Garsende, m'étonne beaucoup. A quel siècle ? Quelles sources ?
N'y aurait-il pas confusion avec la majorité requise pour le mariage soit 12 ans pour les filles et 14 pour les garçons ? Ce qui est un seuil pour la coutume mais pas forcément une moyenne générale. Une fille de 18 ans et un garçon de 25, il n'y a pas de problème, par contre 13 et 20 ans, je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de commun, ni à notre époque ni à la leur.

armoisine a écrit:Enfin, qu'en est-il réellement quand le clergé est entaché de simonisme (avant Grégoire et avant Luther) et qu'il vend des sacrements contre de l'argent?

Justement, la sacralisation chrétienne du mariage intervient vraiment avec la réforme grégorienne, donc le problème ne se pose pas vraiment avant. L'Eglise luttera contre la pratique des mariages clandestins, et ceci est un élément de réponse sur la possibilité d'échapper à toute formalisation, avec ce que ça comporte de liberté mais aussi de risques (le libre choix est-il acquis ou les épousés ont-ils été contraints, loin du regard de la société ? Voir le rôle des témoins, jusqu'à quatre, et de la publications des bans).

Quand il n'est d'autre choix que de finir marié? Que de se reproduire?

Pas sûr. Jean Favier brosse un tableau (assez noir d'ailleurs) sur la situation maritale au XVe siècle. Il semble dire que le mariage est au contraire un privilège pour les hommes qui peuvent avoir les moyens de tenir un ménage. Les célibataires lui paraissent nombreux, surtout dans les grandes villes.
Il ne faut pas oublier que les familles ont de nombreux enfants même si beaucoup meurent en bas âge. Des survivants, on laissera la petite fortune familiale aux mains des aînés, le reste se débrouillera et donc n'aura pas de parti intéressant pour attirer des propositions.
Le mariage est une chance et pas du tout une fatalité. Beaucoup de bouviers, qui dorment dans l'étable, et beaucoup de filles à soldats l'auront raté…

Intéressant en tout cas ce parallèle mariage arrangé/mariage choisi... Trop de choix, d'émotions, tue le bonheur à l'inverse du MA :x ?

Ce n'était pas vraiment la problèmatique et je crois qu'on irait dans un débat sans issue à comparer ce qui n'est pas comparable…
On peut constater en tous cas, selon nos historiens, que l'amour a parfois été relevé dans des mariages complètements arrangés dans les familles royales. L'exemple le plus frappant étant cette jolie et pauvre reine de Jérusalem (dont le nom m'échappe), qui est tombé amoureuse successivement des trois époux qu'on lui a désignée d'autorité. Hélas pour elle, ses amours tomberont tous avant l'heure. C'étaient de sacrés guerriers, courtois, pleins de vie et sans doute pas laids …

Un mariage au moyen age c'est pas 50 ans comme aujourd'hui, si ?

C'est toujours pareil, ça dépend du bonhomme avec qui elle se mariait… Généralement c'est sûrement moins que 50 ans, il me semble à l'époque. Mais il y avait des durs à cuire et par exemple, l'épouse de John Talbot, qui est mort à plus de 80 ans sur le champ de bataille, l'a évidemment supporté plus de 50 ans à moins que plusieurs ne se soient relayées…
Et ça me rappelle une citation qui me fait mourir de rire : « La fidélité ? Il ne faut pas oublier que le mariage a été institué à une époque où l'espérance de vie ne dépassait pas trente ans. »… de notre excellent Jacques Dutronc. :D

J'ai d'ailleurs dans l'idée d'ouvrir un fil un jour sur ces vieillards du MA, qui caracolaient encore 20 ou 40 ans après que notre époque les ai enterrés, puisqu'il paraît que les gens mourraient à 40 ans au MA…

Ce fil part un peu dans tous les sens mais c'est normal, on n'avait pas parlé de mariage auparavant…
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