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Roman courtois: code et imaginaire

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Messagede Foulques » 04 Fév 2006 00:29

d'une certaine "poésie orientale" et de sa "douceur des moeurs"

convient mieux effectivement à mes oreilles, dont l'ouïe est fine, que l'abrupt "la douceur des moeurs orientales" qui paraissait cautionner tranquillement la polygamie dans l'Islam, les harems, la lapidation des femmes adultères, etc, ... l'absence de personnalité juridique pour les femmes et pour tout résumer : leur total asservissement.

Il manque un fil ici sur les femmes et l'Islam. Mais avec ce qu'il y a à en dire on va se taper une fatwa et Rod a déjà pas mal d'ennuis comme ça en ce moment... :twisted:

Ceci dit je ne conteste pas la délicatesse des poètes "orientaux" dont les contes des mille et une nuit, par exemple, sont truffés de leurs vers. Malheureusement le barrage des langues ne nous les rend pas bien, et la traduction n'y peut rien.
J'ignorais pour les influences probables de Guillaume IX et tu m'a appris des choses, Armoisine.

Je crains bien n'avoir rien à apporter pour l'influence celtique dans la littérature courtoise.
Plus récemment, il ne m'étonnerait pas que la figure de la Vierge -divine et féminine, cas exceptionnel dans les religions révélées- ait joué son rôle dans le processus.
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Messagede armoisine » 04 Fév 2006 09:05

Concernant la condition de femmes au Moyen Age, je reste comme signalé plus haut, précautionneuse.

Le Moyen Age Occidental fait l'objet de nombreuses idées reçues et la période équivalente en Orient n'y échappe pas; d'ailleurs je ne sais quel nom donne l'historiographie de ces pays à cette période.
Et de ceci découlent deux points: la méconnaissance ou l'absence de textes par des historiens spécialistes voire locaux, et la tendance à désigner cet ensemble sans distinction géographique.

Ici, pour l'amour courtois, il s'agit apparemment d'une culture musulmane développée en Andalousie, et d'une autre, développée par les nomades.
Mais ne trouves-tu pas handicapant quelque part de ne pas pouvoir pousser plus avant l'analyse par manque de moyens et de connaissances?
Pour ma part, si.
D'autant plus que cette année on a au programme l'Afrique romaine jusqu'à l'invasion vandale, de l'Atlantique à la Tripolitaine, soit une partie de la Lybie.C'est très intéressant et les chercheurs de ces pays ont l'opportunité de créer leur propre historiographie malgré les difficultés. Et on nous apprend à manier avec attention les écrits des historiens européens, notamment durant une certaine période.

Et concernant l'image de la Vierge c'est vrai que ça se rapporte pas mal à l'amour lointain, chaste et inconcretisable.
Comme mentionné plus haut, on peut voir fianlement dans cette littérature un code religieux et moral qui enferme plus qu'il ne libère, notamment concernant la femme.
Mais je vais essayer de trouver des éléments qui vont dans l'autre sens.
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Messagede Foulques » 07 Fév 2006 00:00

armoisine a écrit:Mais ne trouves-tu pas handicapant quelque part de ne pas pouvoir pousser plus avant l'analyse par manque de moyens et de connaissances?

Euuuuh... OUI !

armoisine a écrit:Pour ma part, si.

Ouf... :med27:


Je trouve un précédent dans la poésie courtoise avec le poète Venance Fortunat, au VIe siècle, et qui transparaît dans ses poèmes pour la reine Radegonde, malheureuse femme de Clotaire Ier.
Il lui vouera un amour spirituel peu usité jusque là, je crois, et qui donne une image inédite de la femme.

Seulement Fortunat est un pur produit, tardif, de l’héritage romain mêlé aux valeurs chrétiennes. Ce lettré né dans la botte italienne se désolait de la rudesse de mœurs des barbares qu’il côtoyait. Rien à voir avec les Celtes, en tous cas.

En cherchant sur internet, je m’aperçois qu’on en a fait des saints tous les deux.

armoisine a écrit:Comme mentionné plus haut, on peut voir finalement dans cette littérature un code religieux et moral qui enferme plus qu'il ne libère, notamment concernant la femme.

Ça je ne comprends pas du tout qu’on puisse dire une chose pareille… L’exaltation d’un sentiment gratuit et désintéressé, un enfermement ?

Il me semble que vanter un tel sentiment noble dans la palette des sentiments humains est plutôt un enrichissement.

Il est clair que l’amour courtois reprend les codes féodaux mais si c’est au profit d’un sentiment estimable au fond, on ne peut que s’en louer.
Je ne sais pas qui a dit "l’amour, cette invention du XIIe siècle", mais c’est bien joli et sans doute vrai.

Je ne pense pas que la femme ait été victime de l’amour courtois, au contraire. Et il faut bien voir que l'influence culturelle à l'époque vient de l'élite vers le reste de la société. Donc, la pratique et l'exemple de ce sentiment restera une référence pour l'ensemble des autres couches de la société, une valeur "noble" dans le sens usuel du terme, ce dont n'auront pas à se plaindre les femmes en général.
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Messagede armoisine » 07 Fév 2006 09:54

Merci de répondre sur mon interrogation quant à la portée de l'amour courtois.
Je suis tout à fait d'accord, ce courant développe un sentiment noble et porteur, l'amour pour lui même. C'est acquis.

Mais je continue à me demander pourquoi il faut que cela se passe dans l'adultère..... Pourquoi le mariage heureux et amoureux n'est pas également exalté. Tristan et Yseult est un bon exemple d'amour mais elle finie par épouser un autre et c'est encore la problèmatique de l'adultère qui intervient.

Je ne m'interrogeais pas spécialement sur la formulation du sentiment amoureux mais sur le support, sur la relation amoureuse.
Je pense que dans cette situation la femme a finalement une existence par son mari et son amant; mais peu de référence à une femme seule, tout comme l'est l'homme, qui s'éprend de cet homme, vit l'amour et l'aventure etc. La contrainte aurait pu être d'une autre nature. C'est dans ce cadre que je vois une sorte d'enfermement.
C'est également le reflet de la société de l'époque.

Mais bien sûr, le fait de reconnaître que l'on puisse aimer une femme, au delà de l'attachement nécessaire à la situation sociale et à la procréation, s'il existait certainement, est enfin exprimé.
C'est déjà un bonus pour la femme.
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Messagede armoisine » 10 Fév 2006 18:36

armoisine a écrit:Comme mentionné plus haut, on peut voir fianlement dans cette littérature un code religieux et moral qui enferme plus qu'il ne libère, notamment concernant la femme.
Mais je vais essayer de trouver des éléments qui vont dans l'autre sens.


J'ai donc trouvé ici:
http://membres.lycos.fr/trouvere/Amourcourtois.htm

Les préceptes et règles de l'amour courtois tel qu'André le Chapelain les a codifié en 1186

1. Fuis l’avarice comme un fléau dangereux et, au contraire, sois généreux.
2. Evite toujours le mensonge.
3. Ne sois pas médisant.
4. Ne divulgue pas les secrets des amants.
5. Ne prends pas plusieurs confidents à ton amour.
6. Conserve-toi pur pour ton amante.
7. N’essaie pas sciemment de détourner l’amie d’un autre.
8. Ne recherche pas l’amour d’une femme que tu aurais quelque honte à épouser.
9. Sois toujours attentif à tous les commandements des dames.
10. Tâche toujours d’être digne d’appartenir à la chevalerie d’amour.
11. En toutes circonstances, montre-toi poli et courtois.
12. En t’adonnant aux plaisirs de l’amour, n’outrepasse pas le désir de ton amante.
13. Que tu donnes ou reçoives les plaisirs de l’amour, observe toujours une certaine pudeur.


Il y a là effectivement matière à adoucir les moeurs et les entiments envers les femmes.

1. Le prétexte de mariage n’est pas une excuse valable contre l’amour.
2. Qui n’est pas jaloux ne peut pas aimer.
3. Personne ne peut avoir deux liaisons à la fois.
4. Toujours l’amour doit croître ou décroître.
5. Il n’y a point de saveur à ce que l’amant obtient sans le gré de son amante.
6. L’homme ne peut aimer qu’après la puberté.
7. A la mort de son amant, le survivant attendra deux ans.
8. Personne ne doit sans raison suffisante être privé de l’objet de son amour.
9. Personne ne peut aimer vraiment sans être poussé par l’espoir de l’amour.
10. L'amour est toujours étranger dans la maison de l'avarice
11. Il n'est pas bon d'aimer une femme qu'on aurait quelque honte à épouser.
12. L’amant véritable ne désire d’autres baisers que ceux de son amante.
13. Rendu public, l'amour résiste peu.
14. Une conquête facile rend l’amour sans valeur, une conquête difficile lui donne du prix.
15. Tout amant doit pâlir en présence de son amante.
16. A la vue soudaine de son amante, le coeur d’un amant doit tressaillir.
17. Un nouvel amour fait partir l'ancien.
18. Rien que le bon caractère rend l'homme digne d'amour.
19. Quand l'amour diminue, il diminue vite et se renforce rarement.
20. L’amoureux est toujours craintif.
21. Vraie jalousie fait toujours croître l’amour.
22. Un soupçon sur son amante, jalousie et ardeur d’aimer augmentent.
23. Il ne dort ni ne mange celui que passion d’amour démange.
24. N’importe quel acte de l’amant se termine dans la pensée de son amante.
25. L’amant véritable ne trouve rien de bien, qui à son amante ne plaise bien.
26. L’amant ne saurait rien refuser à son amante.
27. L’amant ne peut se rassasier des plaisirs de son amante.
28. La moindre présomption pousse l’amant à soupçonner le pire sur son amante.
29. Il n’aime pas vraiment celui qui possède une trop grande luxure.
30. L’amant véritable est toujours absorbé par l’image de son amante.
31. Rien ne défend à une femme d’être aimée de deux hommes, ni à un homme d’être aimé de deux femmes.


En fait c'est l'exaltation d'une forme d'amour, d'où les contraintes et le manque de liberté dans l'expression de ses sentiments, mais le respect de la femme est bien présent.

Enfin, faut pas se leurrer, les 10 commandements ont régi la foi chrétienne, ça n'a pas empêché l'occident chrétien d'agir comme il l'entendait.... :twisted: ! :lol:
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Messagede armoisine » 15 Fév 2006 08:26

Quoi de mieux qu'une recherche sur le net?
Jean Verdon chez Europe 1: Moyen-Age : quand sexualité et sentiment prennent les rênes de l'Amour

Pour le livre "L'amour au Moyen-Âge : la chair , le sexe et les sentiments", Perrin


Où, d'après les termes d'André le Chapelain, on observe l'amour du Moyen Age de la fin'amor entre "l'amour de la partie d'en haut et l'amour de la partie d'en bas".


"le MA est dur envers les femmes mais relativiser par rapport au XIXè, l'amour courtois c'est bien mais ne touche que les plus privilégiés,
l'amour courtois prône l'adultère au fond puisque le plaisir n'existe pas dans le mariage et la procrétion,
développement de la sensibilité amoureuse dans la littérature,
nombreuses contradictions dans les préceptes amoureux(passion/chasteté)...."

Il existe une distinction entre amour courtois au Sud (rarement concrétisé de manière charnelle) et Nord (relation charnelle voire sexualité heureuse dans le mariage, quoique décriée: Erec et Enide (v. 1170).

Réécoute possible:http://www.europe1.fr/comprendre/references.jsp?id=561&pos=22
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