Bonjour et bienvenue Isabelle,
Riche idée ! Bravo ! J'aurais bien aimé avoir un thème comme ça en 5e.
Quelques réflexions "à voix haute", remue-méninges à piocher…
J'ai rien sur la vie des apprentis à cette époque, mais je pense qu'ils étaient surveillés de près, non seulement dans leur travail mais dans leur fréquentations et vie religieuse. L'oisiveté était considérée comme la mère des vices aussi on cherchait à occuper les jeunes toujours. Non pas qu'il n'avaient pas des plages de loisirs (apparemment très nombreux avec le dimanche et fêtes religieuses) mais ces loisirs étaient toujours dans un cadre collectif et encadré. Il n'y a pas d'individus seuls au Moyen-Âge, pour une question de survie.
Et c'est le cas du maître aussi, il est intégré à une guilde professionnelle. Clan, soutien, vivier d'idées, de relations, mais aussi contrôle concurrentiel et des bonnes pratiques du métier, ligue à caractère religieux (je ne sais pas qui était leur patron mais ils devaient faire des processions à son honneur et chômer le jour de sa fête), et également clan politique avec des intérêts communs à faire valoir et défendre dans la vie de la cité. Une sorte de deuxième famille, donc.
Là c'est un peu ennuyeux pour ton intrigue dans la mesure où, dans ce cadre très réglé, l'initiative individuelle qui pourrait provoquait des tensions paraît socialisée, commentée et intégrée à un consensus pacificateur par nature. Bien entendu, on peut quand même imaginer des intérêts différents dans la guilde, des inimitiés, des haines… Egalement, on peut imaginer des tensions purement politiques à l'intérieur de la guilde. "Politique" voulant dire tout simplement à l'époque "partisan de tel ou tel" mais non pas d'une idée abstraite.
En fait c'est une excellente chose que de faire la victime maître drapier, c'est super parce que ce n'est vraiment pas n'importe qui, c'est même un acteur "international".
Mais alors là, j'ai un souci, entre drapier et tisserand. Ça me paraît un peu confus entre les deux dans la mesure où le drapier dans "la farce de maître Pathelin" élève des moutons dont il tire la laine pour faire ses draps, et n'est donc pas seulement revendeur au détail.
Bon, enfin, il me paraît plus intéressant pour l'intrigue qu'il fabrique ses draps. Soit il élève des moutons soit il achète la laine aux Anglais, et pour ça il se rend aux marchés de Champagne. Un marché c'est génial parce qu'on peut y mettre toute sorte de faune, même des agents secrets, pourquoi pas. Il peut y aller que pour vendre aussi, son intérêt.
On peut aussi dire qu'il a de féroces concurrents Italiens mais surtout Flamands, qu'il a des fournisseurs réguliers qui sont forcément Anglais, qu'il va peut-être aller les voir (?) d'où toutes sortes de possibilités.
Ce marchand doit tenir ses comptes, aussi il envoie son héritier (le plus doué de ses fils), en étude en Italie dans les meilleures écoles d'abaque, où il apprendra à multiplier et diviser (soustraire et ajouter peuvent se faire à Paris sans problème). Et s'il n'avait pas d'héritier ? Si ton jeune apprenti était pressenti pour le devenir on pourrait donc imaginer toutes sortes de choses… Pour avoir les adresses et toutes recommandations et facilités, il aurait pu s'adresser à son banquier, "Italien". le même qui lui fournit les lettres de change.
Plus intéressant encore, c'est la grande époque de développement des moulins à foulons ! Etape indispensable pour avoir des tissus de bonne qualité résistants à la pluie. 1200 c'est un petit peu tard, mais on aurait pu inventer que notre bonhomme a inventé le moulin à foulon (personne sait qui c'est) d'où pbs, etc…
La quantité de moulins au XIIIe s. à Paris est ahurissante, un tous les 22 mètres sur la Seine et âpres sujets polémiques.
Et puis un maître drapier peut avoir du bien, donc prêter de l'argent à intérêt (eh oui !), s'attirer des ennuis, etc…
Sa guilde participe à la défense de la cité et a des membres qui sont désignés pour le guet de temps en temps. Par contre au niveau des maitres, je ne sais pas trop si c'était aussi valable.
Voila donc différentes pistes historiques. Maintenant trouver un motif purement médiéval, c'est très dur. Y'a bien ça dans "Le nom de la rose", quoique ça me paraît un peu tiré par les cheveux. Je vois pas trop, sauf le rattacher à une figure politique contemporaine, mais qui ?
Les bons vieux motifs humains et intemporels du meurtre : jalousie, haine, vol, captation, histoires de femmes…, me paraissent quand même plus évidents, parce que l'homme ne change pas trop, finalement.
Tiens, je repense quand même à un triste fait divers à Paris (siècle ?), du genre de l'Auberge Rouge, où un hôtelier découpait en rondelles ses hôtes et le boulanger ou le boucher d'à côté revendait la viande de cadavre en petits morceaux !
Ah oui, et puis il y a aussi la possibilité de motifs purement religieux, notre homme ayant pu être converti à une quelconque hérésie mais là il y a un gros écueil pour le niveau de la classe : il faut vraiment s'y connaître ! Ultra-compliqué, peu de sources et rapidement barbant. D'ailleurs d'une manière générale tout l'aspect religieux du MA, plus qu'écrasant, n'est jamais traité dans les fictions récentes. Le public décrocherait. Ce qui est dommage c'est qu'on remplace cette carence par des gros vieux clichés lourdingues voire mensongers mais ceci est un autre débat...
Voili, voilou, quelques idées en espérant que j'ai pas dis trop de bêtises…
