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Toute femme accusée de sorcellerie n'est pas brûlée !!!

Les sources médiévales, difficilement lisibles, sont une aubaine pour les historiens. Elles permettent de donner des indications précises sur la société de l'époque.

Messagede Jehan » 13 Mar 2006 23:19

La sorcellerie à la fin du MA est une affaire passionnante. C'est le début d'une rage qui sévira surtout au XVI° siècle (quelle Renaissance !!!) et au début du XVII° siècle (les affreuses affaires du Labourd, et les affaires Gaufridy et Grandier, non moins affreuses)
Mais en plein XV° siècle, les procès verbaux d'une petite justice seigneuriale montrent qu'on pouvait avoir été accusé de sorcelerie et s'en tirer ! C'est ce qui est heureusement arrivé à "Marguerite, femme Hugues Morant", comme vous pourrez le lire ci-dessous, et découvrir la complexité de la justice médiévale : débutée le 23 février 1455 ancien style, soit 1456 nouveau style, l'affaire sera close le 22 octobre 1456 par la mise "hors de Cour" de l'accusée après 9 "assises" successives.

Tous les juges médiévaux n'étaient donc pas des sadiques sanguinaires, et certains avaient du bon sens et de l'humanité. C'était un juge civil... à tous points de vue. Merci donc à Anthoine Cornillier, juge châtelain, et à son lieutenant Guillaume Merle d'avoir su épargner la Marguerite.

"...Es-ce toi, Marguerite ! Réponds, réponds, réponds vite ! "


Assise tenue à Basechières par nous Guillaume Merle, lieutenant dessusdit le XXIIIème jour de février l’an mil iiiiC LVpar devant messire Leger Barbier, messire Guillaume Denis, Guillaume Bilhou et autres.


Le procureur demandeur contre Marguerite femme Hugues Morant sur ce qu’elle estoit accusé d’estre sorcière


Assise tenue en la justice de Bassouchières en l’ostel Pierre Roy, par nous, Anthoine Cornillier, le XVIIIème jour de mars l’an mil IIIIC cinquante et cinq, présents


Le procureur demandeur contre Maguerite femme Hugues Morant sur ce qu’elle a esté acusée d’estre sorcyère
Estat que de sur ce a recoller l’informacion dudit sergent

Assise tenue en la justice de Basechières en l’ostel Pierre Roy par nous Anthoine Cornillier, chastellain dudit lieu le XVème jour d’avrilh l’an mil IIIIC LVI, présent Pierre Mago, Guillaume Bailhon et autres.


Le procureur, demandeur, contre Marguerite femme Hugues Morant sur ce qu’elle a esté acussié d’estre sorcyère.

Assise tenue en la justice de Bousouchières en l’ostelPierre Roy,
par nous, Anthoine Cornilhier, chastellain dudit lieu,
le VIIème jour de may l’an mil IIIIC cinquante et six,
présents Pierre Mayon, Stevenin Obeilh, Guillaume Bailhon, sergens, et autres.

Le procureur, demandeur, contre Marguerite femme Hugues Morant, sur ce qu’elle a esté accusé d’estre sorcière.
Estat.

Assise tenues à Basouchières en l’ostel de Jehan Affiant par nous,
Anthoine Cornilhier, chastellain dudit lieu,
le VIIIème jour de julhet l’an mil IIIIC LVI,
présents Guillaume Bailhon, Thomas Deschaulx, Pierre Sarazin et autres

Le procureur monseigneur demandeur contre Marguerite femme Hugues Morant sur ce qu’elle a esté accusé d’estre sorcière

Aujourduy l’on a fait assavoir judiciellement que s’il a aucun ou aucune qui se veilhe joindre partie à l’ancontre de ladite Marguerite par accusation ou autrement qu’il veigne procéder l’assise et il sera reçu.

Assise tenues à Basouchières en l’ostel de Jehan Afait par nous, chastellain dessusdit,
le XXIIème jour d’aoust l’an mil IIIIC cinquante six,
présents Thomas Deschaulx, Anthoine Rigodet, Hugues Morant, les sergens et autres

Le procureur monseigneur demandeur contre Marguerite femme Hugues Morant sur ce qu’elle avoit esté accusé d’estre sorcière.
Second pérentoire.

Assise tenues à Basouchières par nous, lieutenant dessusdit,
le IXème jour de septembre l’an mil IIIIC cinquante six,
présents Thomas Deschaulx, Jehan Deschaulx, les sergens et autres


Le procureur demandeur contre femme Hugues Morant sur ce qu’elle a esté acusée d’estre sorcière.
Tierce pérentoire.

Assise tenues en la justice de Basouchières en l’ostel de Jehan Effiat
par nous, Anthoine Cornilhier chastellain dudit lieu,
le darnier jour de septembre l’an mil IIIIC cinquante et six,
présents Thomas Deschaulx, Thomas, Hugues Barnier,
Guillaume Bailhon, les sergens et autres

Le procureur demandeur contre Marguerite femme Hugues Moran sur ce qu’elle a esét acusée d’estre sorcière
Quatriesme pérentoire.

Assise tenue à Basouchières par nous, Anthoine Cornilhier chastellain dudit,
le XXIIème jour d’octobre l’an mil IIIIC cinquante et six,
présents Guillaume Bailhon, Jehan Blondat, les sergens et autres

Le procureur demandeur contre Marguerite femme Hugues Morant sur ce qu’elle a esté acusée d’estre sorcière.
Veu que nul n’est venu comparoir ne présenter par acusation ou autrement, ladite Marguerite avons mise hors de Court et quicte les plesges, c’est assavoir Guilllaume Bailhon et Pierre Morant.
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Re: Toute femme accusée de sorcellerie n'est pas brûlée !!!

Messagede Foulques » 14 Mar 2006 22:16

Jehan a écrit:La sorcellerie à la fin du MA est une affaire passionnante. C'est le début d'une rage qui sévira surtout au XVI° siècle (quelle Renaissance !!!) et au début du XVII° siècle (les affreuses affaires du Labourd, et les affaires Gaufridy et Grandier, non moins affreuses)


Exact, même si on en trouve les origines dans le MA, la chasse aux sorcières concerne vraiment les XVIe et XVIIe siècles. Ce délire est plus un phénomène laïc, politique et social que religieux. Et de ce dernier point de vue, il fût tout autant catholique que protestant.

Là, on voit dans ton témoignage qu'on suit la procédure "accusatoire" (on attend un accusateur) et non "inquisitoire" (on ne procède pas à une enquête).
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Messagede Jehan » 15 Mar 2006 08:44

Exact, tout à fait exact quant au type de procédure. Vu la petite justice seigneuriale qui était celle de Bassechières, il eut été difficile qu'il en soit autrement. Le juge est un juge civil. Mais il y a cependant eu une information par un sergent.

Il y a quelque chance que cette accusation résulte simplement d'injures prononcées sous le coup de la colère, sorte d'affaire qu'on trouve en assez grand nombre dans les PV de ces assises, avec les tentatives d'empiètement sur les chemins seigneuriaux, les remboursements de dettes, les menus larcins, et, exceptionnellement décision de tutelle.
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Messagede Hermione » 16 Mar 2006 14:03

Les ouvrages des inquisiteurs entraînent le développement des procès. Inversement cette augmentation nourrit l'expérience des magistrats. On a recensé en Europe - mais bien entendu, il ne s'agit pas de chiffres exhaustifs -, 12 procès de sorcellerie devant les tribunaux ecclésiastiques entre 1320 et 1420 contre 34 entre 1421 et 1486 ; et 24 devant des tribunaux laïcs entre 1320 et 1420 contre 120 entre 1420 et 1486. En effet, le développement de l'absolutisme royal rapproche crimes contre le souverain et crimes contre Dieu, de sorte que les justices laïques interviennent de plus en plus dans la chasse aux sorcières. Le mouvement de répression s'accélère pour atteindre un paroxysme au XVIe siècle. Alors que les procès de sorcellerie, conduits à Douai, s'élèvent à 8 au XVe siècle, leur nombre atteint 13 au cours de la première moitié du XVIe, 23 durant la seconde moitié du siècle, puis 16 au cours de la première moitié du XVIIe, pour tomber à 3 durant la seconde moitié de ce siècle et un seul au cours du siècle suivant.

Si la répression de la sorcellerie débute au Moyen Age, après une période de tolérance à l'égard des superstitions - la thèse du fantasme n'a cependant pas disparu à la fin du XVe siècle -, elle se développe essentiellement au début de l'ère moderne. Il faut attendre la fin de la seconde moitié du XVIIe siècle pour que les choses se calment.


* Professeur émérite des Universités, Jean Verdon est spécialiste des mentalités au Moyen Age. Il est l'auteur de multiples ouvrages, dont Les Loisirs au Moyen Age (Tallandier), La Nuit au Moyen Age, Le Plaisir au Moyen Age, Voyage au Moyen Age (tous chez Perrin).

extait de http://renaissance.mrugala.net/Sorcelle ... %20Age.htm
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Messagede Foulques » 17 Mar 2006 00:09

Bien vu, Hermione, le lien que tu as cité est effectivement l'un des meilleurs sites du Net francophone sur le sujet.

Jehan a écrit:Il y a quelque chance que cette accusation résulte simplement d'injures prononcées sous le coup de la colère, sorte d'affaire qu'on trouve en assez grand nombre dans les PV de ces assises, avec les tentatives d'empiètement sur les chemins seigneuriaux, les remboursements de dettes, les menus larcins, et, exceptionnellement décision de tutelle.


Il y a de ça, oui, de la malveillance et des règlements de comptes, mais des historiens ont fait remarquer que la plus grande proportion de ces affaires avaient eu lieu dans les territoires frontières des nouveaux Etats. Comme une façon de mettre en coupe réglée la population...

On peut à juste titre imaginer des populations villageoises vivant pendant des générations à s'épier mutuellement, attendant que ce soit l'autre chez qui on découvre des pratiques peu orthodoxes mais que tout le monde pratiquait...
J'y pense, est-ce que ce ne serait pas là l'origine de la défiance naturelle et connue des paysans ? Ce ne serait pas impossible après tout, vu le nombre important de générations concernées. Idée gratuite, hein...

Il reste que la chasse aux sorcières est l'un des phénomènes les plus difficilement explicables des temps modernes. On peut comprendre les guerres de religion, etc, mais là, on dirait vraiment que la conscience, la raison humaine est soudainement tombée dans un trou noir...
C'est incroyable ce qui s'est passé, horrifiant, complètement dingue...

Allez, contentons-nous de peu, notre cher moyen âge n'est pas complètement et seul en cause ! Un énorme paquet d'imbéciles et de fous criminels sont arrivés ensuite. Et ce malgré leur scolarité et éducation, hein, comme quoi ça n'a rien à voir. Et toc.
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Messagede armoisine » 17 Mar 2006 08:49

Foulques a écrit: Et ce malgré leur scolarité et éducation, hein, comme quoi ça n'a rien à voir. Et toc.


Pour moi ça a au contraire quelque chose à voir.
Le début de la pensée rationnaliste essaye de contrôler le monde matériel et la superstition n'y fait pas bonne figure. Il faut la condamner. Les remèdes "ruraux" sont mal vus.

D'autre part, les églises diffusent un dogme plus dur (face aux attaques catho-protestants et réciproquement), peut être recourent-ils au diable pour mieux rassembler leurs chères brebis autour de la seule protection efficace, le giron de l'église.

Je pense également à une convergence d'explication.

La persécution est devenue par endroit (le nord surtout) complètement irrationnelle. Mettre une pierre au cou de la jeune femme, si elle remonte c'est une sorcière, sinon... paix à son âme, c'était une bonne chrétienne.
D'autant que la femme fait toujours peur. Des hommes seront dénoncés comme sorciers mais celles là étaient des boucs émissaires toutes désignées, notamment dans un contexte climatiques et politique peu favorable aux bonnes récoltes.
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Quand est-il de l'accusation de sorcellerie en dehors du monde rural? Je dis peut être une grosse bêtise mais il me semble que Jacques Coeur avait été accusé, avec un arrière plan politique etc...
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Messagede Jehan » 17 Mar 2006 18:13

Foulques a écrit :
"des historiens ont fait remarquer que la plus grande proportion de ces affaires avaient eu lieu dans les territoires frontières des nouveaux Etats"

C'est manifestement vrai dans le Labourd au début du XVII° siècle.

Quant à la réflexion d'Armoisine : "Une vache meurt ? Tiens, la vieille veuve l'a justement regardé hier..." , elle m'a fait pensé au livre d'Aldous Huxley "Les Diables de Loudun" sur l'affaire Urbain Grandier. Une affaire politique s'il en est, greffée sur des haines et des jalousies dans un petit monde clos propice à ce genre d'enfer. Livre qui permet également de bien voir que ces pratiques "anti- sorcellerie" étaient communes à la fois aux catholiques et aux protestants dans les Etats où c'était la religion prédominante.

Si on se réfère, même si cette affaire se déroule plus tard, à la célèbre "affaire des poisons", on s'aperçoit, du moins je crois, de sensibles différences : dans l'affaire des poisons sous Louis XIV, on condamne des actes criminels qui semblent avérés, non le seul fait de sorcellerie. Alors qu'au XVI° siècle, et au XVII° sous Louis XIII, c'est bien la sorcière ou le sorcier qui est traqué, même en l'absence de crimes établis.

Armoisine fait bien également d'avoquer la peur de la femme : on a brûlé bien plus de sorcières que de sorciers.

La sorcellerie est d'ailleurs diverse.

Et dès la fin du Moyen Age, des esprits plus éclairés mettaient en doute la réalité de la sorcellerie. On a édité en français un court traité "Des sorcières et des devineresses" si mon latin n'est pas trop détestable : "De lamis et phiconicis mulieribus", attribué à Ulric Molitor, et dû semble-t-il à l'archiduc Sigismond d'Autriche, édité à Cologne en 1489. Cf Tiquetonne éditions.

Un texte qui est aussi l'un des premiers écrits contestant la torture : "Je ne saurais me contenter des confessions obtenues par la torture, car la crainte des tourments incite à faire dire même ce qui est contraire à la nature des choses."

Le pire était donc que l'esprit public dans son énorme majorité croyait à la réalité de la sorcellerie, aux pactes avec le Diable, et que la croyance au Diable était au moins aussi grande, sinon plus, que la croyance en Dieu.

Pour moi, ce sont bien les chasseurs de sorcières et sorciers qui sont diaboliques ! Au sens le plus humain - et donc inhumain, et surtout inhumain - qu'il soit.
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Messagede armoisine » 17 Mar 2006 18:37

Jehan a écrit:Le pire était donc que l'esprit public dans son énorme majorité croyait à la réalité de la sorcellerie, aux pactes avec le Diable, et que la croyance au Diable était au moins aussi grande, sinon plus, que la croyance en Dieu.


Sans faire de l'histoire des mentalités à 2 deniers, il me semble que se cristallisent du fait d'un contexte difficile, des fantasmes bien ancrés, par l'église et par la tradition.

Les paysans sont en contact avec la terre. La femme nourrie et soigne, donne la vie et donc la mort (cf la symbolique de la porte). Il est parfois difficile dans ce monde, effectivement centré sur lui même de comprendre la toute bonté d'un dieu qui parfois les accable. La vision dualiste est permanente pour expliquer le mal par le diable. Et la femme est toute désignée pour incarner le danger.
Or, quand la conjoncture pousse l'église à développer la dialectique du diable, ces mêmes personnes peuvent laisser libre court à leurs peurs et leurs imaginaires.

Je tiens à remettre ici ce que j'avais appris sur les moyens de détente des paysans. Tous ne s'échappaient pas, mais nombreux ceux qui "planaient" pour oublier la misère du quotidien. L'alcool n'étant pas toujours accessible, on use de plantes, aux effets parfois décuplés. Notamment les bourgeons de peupliers pilés,.... on appliquait la mixture via un onguent, de graisse humaine généralement prélevée sur des pendus, car celle ci penètre mieux la peau.
Et hop, visions, bad trip et toutes la fantasmagorie qu'on leur sert à la messe et durant les veillées s'anime. Autant dire que quand certains témoignent avoir vu la bête cornue chez leur voisin, dans leur tête c'est vrai.
Enfin ce n'est qu'un aspect à prendre en compte et tous ne devaient pas abuser de la substance au risque de ne pas labourer très droit.....
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Messagede Foulques » 17 Mar 2006 21:50

armoisine a écrit:Pour moi ça a au contraire quelque chose à voir.
Le début de la pensée rationnaliste essaye de contrôler le monde matériel et la superstition n'y fait pas bonne figure. Il faut la condamner. Les remèdes "ruraux" sont mal vus.

Je voulais dire, bien entendu, que l'instruction et la connaissance n'empêchent pas les plus grands égarements, et que l'arriération supposée des hommes du MA est à relativiser quand on voit les crimes de ceux qui leur ont succédés, supposément plus instruits.

armoisine a écrit:Quand est-il de l'accusation de sorcellerie en dehors du monde rural? Je dis peut être une grosse bêtise mais il me semble que Jacques Coeur avait été accusé, avec un arrière plan politique etc...

Jacques Coeur ? Non, je ne vois pas. fausse piste à mon avis.

La "clientèle" des sorcières étaient des femmes, certes, mais pas n'importe quel type de femme. C'était, dans la majorité des cas, de vieilles femmes "désocialisées", veuves comme tu l'a dis mais aussi coupées d'un clan familial, et pauvres.
Donc sans personne pour les défendre, arguer en justice.

Il me paraît bien compliqué ton elixir, Armoisine, et il supposerait que les pendus étaient plus facile à trouver que le vin... :roll:
ça va bien dans la superstition qu'on prête à cette époque mais j'y crois pas une seconde, désolé.
Par contre j'ai entendu parler de belladonne, qui paraît au moins plus ordinaire pour être crédible. mhouais, je sais pas. Pourquoi pas ?

Mais en tous cas, je crois qu'il est erronné de faire référence toujours à l'Eglise dans ce phénomène. Si la gestation intellectuelle part bien d'elle au XIIIe s. et que le mouvement prend physiquement sa source dans le fameux "Marteau des sorcières" de Sprenger et Institoris en 1486 (deux siècles plus tard, quand même), la chasse aux sorcières est un phénomène essentiellement laïc.

La démonologie est plutôt laïque, regardez Jean Bodin, un grand intellectuel du XVIe, très influent, qui a marqué son époque avec "De la démonomanie des sorciers" (1580) , et c'est justement ensuite qu'on verra l'apogée de la chasse (entre 1580 et 1640 à peu près).
La chasse aux sorcières est bien plutôt l'appropriation laïque d'un thème religieux mais qui le détourne complètement de son sens dans une visée sociale et non pas religieuse.
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Messagede Jehan » 17 Mar 2006 22:16

J'ajoute une chose, c'est qu'on a aussi appellé sorcellerie le maintien de vieux rites païens de fécondité, ce qui d'après certains auteurs a donné le sabbat.

Je crois que la démonologie est la fois religieuse et politique. Et il est bon, comme Foulques le fait, de rappeler qu'un intellectuel comme Jean Bodin a donné dans cette voie. Certains pensent qu'il l'a fait pour se protéger lui même d'accusation d'incroyance, si ma mémoire ne me trompe pas trop.


Et c'est effectivement à la jointure des XVI° et XVII° siècle que se fera le paroxisme, sans doute pour des raisons politiques, mais pas toujours. Quand les procès en sorcellerie sont intentés par les autorités alliées - complices dans l'ignominie - du Roi et de l'Eglise, je suis tenté d'y voir un caractère nettement politique, mais quand la chasse aux sorcières est le fait de groupes fanatisés issus du "bon" peuple, le caractère politique manque, et c'est vraiment cette peur panique du Diable qui est à mettre en cause.

Du moins, c'est comme cela que je vois les choses
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