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Reconstruction des monuments. Pour ou contre ?

- Le 09 dec 2008 à 16h47 - Illustration de l'article : Reconstruction des monuments. Pour ou contre ?

En 1965, la France signait la Charte de Venise, document énonçant les principes à respecter par les restaurateurs de monuments historiques dont les principaux passages sont les suivants :


  • Article 4
    "La conservation des monuments impose d'abord la permanence de leur entretien."
  • Article 9
    "La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel [...] Elle s'arrête là où commence l'hypothèse [...]"
  • Article 15
    "Tout travail de reconstruction devra cependant être exclu à priori, seule l'anastylose peut être envisagée, c'est-à-dire la recomposition des parties existantes mais démembrées."

Cette charte préconisait donc de se focaliser sur la sauvegarde de tous les édifices que l'histoire nous avait transmis, une juste décision tant culturelle, que financière. Pourtant, depuis de nombreuses années, certains se battent pour la reconstruction totale de quelques monuments, une hérésie chez la plupart des archéologues et architectes des monuments de France. Si le bâtiment du Parlement de Bretagne a été restauré après son incendie, que des édifices détruits durant la seconde guerre mondiale furent relevés, la règle veut que tout monument historique ne soit que sauvegardé, aussi, lorsque Alain Boumier présenta, dés 1994 à l'Assemblée Nationale, un projet de reconstruction complète de l'aile du Palais des Tuilerie rasée en 1883 il jeta un véritable pavé dans la marre. Longtemps laissé de coté par les gouvernements successifs, l'idée est revenu à l'ordre du jour en 2003, puis en 2004 avec la création du Comité national pour la reconstruction des Tuileries.

Mais que fait-on alors de la Charte de Venise ? Que fait-on de la volonté de sauvegarder l'image du passé, de la volonté de ne pas interférer avec les décisions de l'histoire ? Les projets de reconstructions peuvent avoir tous les atouts possibles, esthétisme, nostalgie, image, quel serait alors l'avenir des monuments historiques s'ils se voyaient concrétisés, et je n'aborde même pas le coté financier, plus de 400 millions d'euros pour les Tuileries, qui serait une honte face au manque de moyen pour la conservation des monuments en dangers.

Le petit monde de la conservation du patrimoine est donc en effervescence lorsque Alain Boumier annonce "... je me donne dix-huit mois pour trouver, auprès de mécènes, les 350 millions d'euros nécessaires au gros oeuvre" alors que selon Jean-Pierre Adam, architecte et historien de l'architecture, prévient que cette somme serait ce qu'il faut pour réparer toutes les cathédrales de France. Du coté des partisans au projet "Tuileries" se trouve malheureusement Pierre-André Lablaude, Architecte en chef des Monument historiques mais aussi Inspecteur des Monuments Historiques, une double casquette bien inquiétante... surtout lorsque ce dernier affirme : "Notre-Dame de Paris, c'est plus de 80 % des pierres en façade qui ne sont pas d'origine. Si on écoutait nos détracteurs, il faudrait la détruire !". Sauf que ces reconstructions ont été faites bien avant la sagesse prise par les nation vis à vis de leur patrimoine. Finalement, lorsque l'on entend de la part des amis de Boumier qu'ils travaillent pour l'harmonie et la grandeur de paris, mais que dans le même temps ils affirment haut et fort vouloir "Reconquérir 2,5 hectares de parvis à l'endroit où les bosquets sont un lieu d'insécurité au coeur de la capitale, de tentatives d'enlèvement d'enfants, de mauvaises rencontres et de vente de drogue", cela en devient presque pathétique...

Personnellement je verrais bien la ré-édification de l'ancien palais de Louvre, voir, pourquoi pas, l'image de la nation, "La Bastille". Cela ferait très chouette dans le paysage urbain de notre capitale et n'imposerait pas énormément de changement. (cf ci-dessous)

Simulation de l'emplacement du palais du Louvre aujourd'hui
Simulation de l'emplcement de la forteresse de la Bastille aujourd'hui

Sur ce, bonne méditation et n'hésitez pas à donner votre avis ici, ou sur le forum : Reconstruction des monuments historiques.

Médiévalement vôtre, Rod.

Commentaires

jlucbourbon
14-12-2008 10:49:47

Effectivement, ce reglement est a double tranchant;
Il est vrai que reconstruire de tte pièces un monument détruit totalement n'a aucun interet, et les exemples exagérés de la Bastille et du Louvre en sont un exemple.
D'autant qu'avec l'imagerie informatique on peut reconstituer ces monuments comme s'ils etaient encore debouts.
Toutefois, où commence et où s'arrete la notion d'anastylose???
La reconstruction ne doit pas etre sterile, c-a-d à mon avis le monument doit pouvoir etre utilisable, donc reconstruit en tenant compte(au moins à l'interieur) des normes de securité.
A mon avis, l'application pure et simple de la charte de Venise condamne la prolongation des monuments dans les siècles à venir;
Vivement un nouveau Viollet-le-Duc! Qui sait que sans lui, ceci n'est qu'un exemple, la cathédrale d'Albi serait par terre, ouverte en 2?

Rod
14-12-2008 14:36:43

Il est clair que débat il doit y avoir.

Concernant le principe d'anastylose, il va de soit que même si le terme peut être interprété trop généralistement, il ne doit s'appliquer que sur des monuments dont soit nous avons la majeur partie de l'édifice, même par terre, soit nos possédons les parties les plus importantes, l'ossature et un minimum de caractéristiques architecturales.

Les Tuileries sont, ainsi, complexe à définir. L'état garde quelques partie "précieuse" dans quelques sous-sols et nous avons à notre disposition photo, et document architecturaux. Mais... et c'est là que je prend partie pour la non reconstruction de ce palais, c'est que les monuments sont notre histoire et si j'accepte l'idée la reconstruction d'un bâtiment parti en fumée pour des raisons accidentelles, comme le parlement de Rennes, par exemple, je m'insurge sur la reconstruction d'un monument mis à terre au moment de faits historiques que nous ne pouvons oublier.

Evan
28-02-2009 14:10:45

Un jour j'ai visité l'acropole avec ma cousine habitant Athènes. C'était en 1975. Depuis, de grands travaux de restauration sont entrepris pour redonner une meilleure allure à l'édifice.
Personnellement, j'ai été très très déçu de la visite.
En descendant de l'acropole, un marchand de plans vendait des cartes de l'acropole finement dessinés. Et là je me suis dit:"wouaw , ça c'est vraiment magnifique!"
J'aurais préféré que la cité soit reconstruite en dehors du centre d'Athènes et telle qu'elle fut à l'époque. Les architectes ont les plans. Le marbre utilisé dans les colonnes est du même âge que celui dans la carrière d'où il a été extrait. On pourrait nettement mieux se rendre compte de la finesse du lieu en visitant une réplique avec toute la splendeur de l'époque.
Quelle est le but de la restauration? Garder un bâtiment qui de toutes façon est destiné à revenir à la poussière dans les années futures où d'autres réalisations merveilleuses sont à accomplir. Les génération futures auront aussi leur 7 merveilles du monde.. si pas plus.
Ils pourront revisiter les anciens bâtiments virtuellement. Autant de fois qu'ils le désirent.
Alors? la restauration? Oui, pour rafraichir les lieux. Pour quasiment reconstruire? je n'y souscris pas.

Haroun Mendoud
11-06-2009 00:05:52

Bonsoir,
Je trouve toujours lamentable que le patrimoine soit prétexte pour justifier une aseptisation de la vie urbaine. Les minuscules parvis médiévaux des cathédrales étaient infiniment plus vivants et mal famés que ces grandes esplanades sécurisées des cathédrales de Paris Reims ou Amiens.
Ceci étant dit je ne me pose pas la question de la reconstructition (reconstruction-reconstitution) car après tout il y toujours quelque part un pharaon potentiel qui veut laisser son empreinte dans le paysage que ce soit avec un réel amour de l'architecture (pour faire vite)ou pour l'image.
Ce qui m'inquiète d'avantage c'est le problème de la conservation et de la pratique qu'elle engendre; j'ai deux exemples qui à mon sens sont frappants:
- J'ai travaillé sur le chantier du Pont-Neuf à Paris et ce pont est orné de mascarons( sculptures de visages ). Or la politique de l'archi du patrimoine était de dire aux sculpteurs de refaire à l'identique les mascarons: c'est à dire avec l'état d'usure du matériau!
On abouti donc à une perte du volume de la sculpture et à terme en exagérant le propos , on peut imaginer un Pont- Neuf avec mascarons neufs sans nez!
- Je suis allé visiter les tours de la cathédrale de Berne. Or j'y ai vu des sculptures qui n'avaient rien de médiévales, je ne saurai pas vous dire de quelle campagne de restauration elles dataient. Mais elles rendaient vraiment le monument vivant ce qu'il ne faut à mon avis ne perdre jamais de vue en terme de restauration voire de conservation du patrimoine.
Ce que je veux dire c'est que si on veut considérer le patrimoine architectural comme un bien commun et public, il est essentiel de le faire vivre.
Or le patrimoine à l'heure actuelle crève à cause de deux phénomènes: le conservatisme académique qui met les monuments sous cloches de verre comme des fromages et l'avidité des grands groupes privés qui accaparent le bien public dans un contexte où l'Etat cherche à s'en débarrasser.
On peut aussi considérer un métier comme du patrimoine et pour qu'un métier puisse exister dans l'ampleur de ses capacités, il faut qu'il puisse avoir de la matière à travailler. Or à l'heure actuelle on a une politique des archi qui est absolument castratrice : on empêche les métiers de s'exprimer, on les condamne à disparaitre.
Entendons nous bien je ne suis pas contre les archis et je connais bien les petits réflexes corporatistes des métiers sur les chantiers et leur hiérarchie mythique. Et il faut bien quelqu'un qui ait une vue suffisamment globale pour coordonner un chantier et ça c'est la spécialité des archis. Mais actuellement les archis qui sortent du Louvre sont vraiment déconnectés des réalités et il faut vraiment batailler ferme ou faire le pirate pour pouvoir les faire descendre de leur piédestal!
Je tiens à rappeler un truc ou deux:
- 1° les archi au Moyen-Age étaient du métier et ça même si ça fait réac (genre il faut avoir remué la merde pour s'y connaître et l'ouvrir) et bien ça joue indubitablement. En conséquence de quoi, ils avaient déjà leur chef de chantier et leur maître dans les différents corps qui avaient leurs équipes… Bref un fonctionnement collégial par des gens du métier.
- 2°Les archi n'étaient pas formé par un savoir académique mais par leur expériences et celles de leur collègues d'où l'immense diversité des solutions proposées sur chaque monument.
- 3° les chantiers n'étaient pas coupé du peuple et tout le monde y investissait un peu de son argent(financement des vitraux, exposition des reliques...) ou de sa personne. Je tiens à rappeler qu'il y avaient des femmes qui participaient (mortelières).
- 4° Nous vivons une époque où nous avons la chance de pouvoir constituer des sommes d'archives immenses dans des espaces minuscules .On peut donc supposer qu'il ne devrait pas y avoir de problèmes à essayer d'aborder des solutions originales tout en se donnant la possibilité de revenir dessus grâce aux archives. Tiens d'ailleurs pour information certaines piles du pont neuf ont du béton coulé dedans.
Enfin, je pense qu'on a le droit d'actualiser certaines parties des monuments où de toute façon la lecture a été perdue à jamais.

Quoiqu'il en soit c'est actuellement le peuple qui est grand perdant dans cette affaire en étant complètement coupé du patrimoine qui est pourtant censé lui appartenir.

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