Données personnelles M'enregistrer Connexion aux pages perso et au forum ! icon
  1. Clovis, roi des Francs

Clovis, roi des Francs

Illustration de l'article : Clovis, roi des Francs
Baptême de Clovis © Claude Jumelet

Clovis, petit chef barbare devenu roi des francs, puis ancêtre des rois de France. Clovis, premier roi chrétien, appelé vers cette religion par les visions et les miracles lors de la bataille de Tolbiac. Clovis, unificateur de la Gaule romaine, restaurateur de l'idée d'un empire d'occident. Clovis, le premier symbole de l'origine de la France repris durant de nombreux siècles à des fins de propagande lors des conflits ou des soucis d'identité française.

Mais que sait-on réellement de ce roi germain ? Finalement, pas grand chose, tout du moins avec certitude. Nous disposons de très peu de sources sur son règne. Bien sur, il y a l'Histoire des Francs (Historia Francorum) rédigé par Grégoire de Tours, mais qui ne fut pas contemporain du souverain, reprenant ça et la quelques rares lettres et traditions orales, ne s'attardant pas sur la biographie du chef francs, mais sur ses victoires chrétiennes contre l'arianisme. De la même époque, nous avons la Chronologie de Marius d'Avenches, mais qui reste somme tout très succincte, enfin, il y a les écrits de Rémi1

Un empire romain barbarisé

La fin du Ve siècle est relativement trouble, les francs installés dans le Nord de la Gaule et en Belgique sont depuis longtemps "intégrés" à l'empire romain, qui n'a d'ailleurs plus de romain que le nom. Depuis 404, la capital de l'empire d'occident et Ravenne. L'empire subit plus qu'il ne contrôle les peuples qui déferlent sur lui. En 410, les wisigoths d'Alaric Ier pillent la ville de Rome qui sera une nouvelle fois saccagée en 455 par les Vandales de Genséric. La même année, un noble gallo-romain d'origine arverne du nom d'Eparchus Avitus est placé sur le trône impériale par Ricimer, un général d'origine suève. En 476, c'est le roi burgonde Gondebaud qui tente de prendre le pouvoir en plaçant Glycère à Ravenne. Finalement, le dernier empereur romain d'occident, Romulus Augustule est, semble t-il d'ascendance germanique. Coté territorial, l'empire romain aussi fait pâle figure. Les Vandales ont conquits l'Afrique du Nord et la Sicile, les wisigoths se sont installé sur le sol ibérique et le sud de la Gaule. La vallée du Rhône est contrôlée par les burgondes, le nord , par les francs. A l'est, les alamans et les thuringiens menacent les frontières. Au loin, les alains et les ostrogoths approchent. C'est dans ce contexte que les tribus franques de Belgique vont s'affirmer.

Si l'ensemble de ses royaumes barbares font serment d'allégeance à l'empire, il n'en est pas de même pour tous les généraux, ainsi, vers 461, Aegidius, maitre des milice pour la Gaule (magister militum), rompt ses liens avec l'empire lors du coup d'état de Ricimer contre Majorien et tente de fonder une entité gallo-romaine indépendante au nord de la Loire. Le nouvel empereur, Libius Sévère, mais surtout son successeur Anthémius, va bénéficier de l'aide des tribus vassalisés pour tenter de mater la révolte et les francs toujours fidèles auront leur part de travail. En 464, Syagrius succède à son père Aegidius et débute un long combat contre les francs.

L'essor des francs saliens et l'avènement de Clovis

La "Vita Sanctae Genovefae" (Vie de Sainte Geneviève) nous apprend que Childéric avait procédé à des raids vers Paris dont il voulait, de part sa situation, prendre possession afin de bénéficier d'un point d'appui puissant en Gaule et en prend même un contrôle temporaire en 465. Les "Annales Andecavenses", elles, rapportent que le chef franc aurait guerroyé vers Orléans en 463, puis aurait combattu près d'Angers, se rendant maitre de la ville après la mort du magistrat local, Paulus. L'ensemble de ces manoeuvres militaires le faisant se heurter régulièrement aux troupes du général Aegidius, puis à celles de son fils Syagrius, il parait donc évident que le territoire du roi franc ne se cantonnait pas à la région de Tournais, mais se prolongeait bien plus au sud, parfois jusqu'à la Loire. Syagrius, en proie à ces nombreux combats n'aurait jamais pu assoir sa suprématie sur le "dernier" bastion romain d'occident et donc, bien évidement jamais fondé le royaume de Soissons2.

Lorsque Clovis prend le pouvoir en 481 ou 4823 il n'est pas le petit chef francs régnant sur la région de Tournais, mais l'héritier d'un puissant royaume (l'inventaire de la tombe de Childéric le prouve4) et d'une armée entrainée et expérimentée par quelques décennies de guerre. Ses alliances, souvent familiales, avec les autres chefs francs de même que son mariage avec une princesse rhénane dont il aura un fils en 485, Thierry, assoit sa supériorité dans le nord de la Gaule. Lorsqu'en 486 il se tourne "officiellement" contre Syagrius, il ne fait que continuer l'oeuvre de son père, agrandir son royaume et son pouvoir et prendre définitivement le contrôle militaire du nord de la Gaule face à un général indépendant et allié des wisigoths ariens. Saint remi, évêque de Reims, le lui rappel d'ailleurs rapidement dans une de ses nombreuses lettres..

Saint Remi

...ut coeperis esse, sicut parentes tui semper fuerunt.

Saint Remi

...tu commencera par être ce que tes parents ont toujours été.

Avec l'aide de ses alliés francs, Clovis porte le coup fatal à un Syagrius, usé et fatigué par des années de guerre et de défaites, en le battant à Soissons. Selon Grégoire de Tours, Clovis aurait battu ce jour le roi des romains (Rex Romanorum), pourtant, il semble être le premier à le nommer ainsi. Aucune source n'indique que Syagrius portait un quelconque titre romain, patrice, duc (dux), ou comte (comes), ou même "magister militum" comme son père. De plus, sont état de général indépendant à l'empire et ses relations étroites avec les wisigoths ne pouvait en faire un souverain officiel reconnu par l'empereur. Il est donc étonnant qu'après la chute de Romulus Augustule, en 476, il ait été reconnu comme roi des romains. Clovis n'a donc finalement balayer qu'un général rebelle guerroyant sur des territoires qui devait revenir au chef franc de part les faits d'armes et les alliances passées de son père Childéric et avec le soutient du roi d'Italie et de l'Eglise chrétienne par l'entremise de Saint Remi.

La christianisation de Clovis

Après avoir conquit le nord de la Gaule (chose qui prendra réellement plus de 10 ans) et assimilé la majorité des tribus franques via des assassinats, mais aussi et surtout des dévolutions familiales, Clovis, qui a consolidé sa frontière est en battant les thuringiens en 491 se tourne vers le royaume Burgonde. Ses ambitions contre les alamans et les wisigoths obligent Clovis à s'allier avec leur roi, Gondebaud et c'est son mariage avec la nièce de ce dernier en 492 ou 493 qui scellera ce pacte. Clotilde prend donc le chemin du royaume franc de Clovis et amène avec elle sa religion, le christianisme. Clovis, intime de Saint Remi et donc époux d'une catholique, reste pourtant réticent à se tourner vers ce dieu unique. Son premier fils avec la princesse burgonde, Ingomer meurt peu de temps après avoir été baptisé, son second, Clodomir passe lui aussi près de la mort.

Clovis

Si l'enfant avait été voué à mes dieux, il vivrait encore; mais comme il a été baptisé au nom de votre Dieu, il n'a pas pu vivre

Clovis ne semble donc pas prêt en cette fin de Ve siècle à renier la religion de ses aïeux, le paganisme. Pourtant la bataille de Tolbiac, en 496, devient un tournant majeur dans sa destinée.

Grégoire de Tours nous rapporte que lors de ce fameux combat, les francs en perdition, Clovis invoque Jésus Christ lui demandant l'aide pour vaincre. Un ange descend alors remettre ses nouvelles insignes royales à Clovis, les fleurs de Lys remplaçant alors les crapauds païens, symbole du roi. La mêlée confuse tourne alors en faveur du franc. Le roi alamans est tué et ses guerriers mis en fuite.

Grégoire de Tours

Jésus-Christ [...] Je t'invoque donc, je désire croire en toi; seulement que j'échappe à mes ennemis

Sitôt la bataille fini et la victoire assurée, Clotilde, pria Saint Remi d'amener Dieu dans le coeur de Clovis. Le roi franc, après avoir fait accepté ce choix à son peuple, se fit baptiser avec 3000 de ses guerriers en la cathédrale de Reims par son ami l'évêque Remi. Nous étions le 25 décembre 496 à Reims.

De nouvelles études des divers sources nous étant parvenu semble pourtant remettre en partie en cause les écrits de Grégoire de Tours, pourtant aujourd'hui encore considérés comme fiables. Tout d'abord, il est à reconnaitre qu'il y a eu plusieurs batailles entre francs et alamans à Tolbiac (aujourd'hui Zulpich) mais aussi dans toute la région rhénane. Attaqué et lourdement défait, Sigebert ne pu alors pas participer à la riposte de Clovis. Mais rien ne vient confirmer que ce combat eu lieu à Tolbiac. De plus, une lettre de Saint Avit de Vienne, contemporain du roi franc, félicite Clovis cette même année pour son choix d'être baptisé sans faire allusion aux voeux fait par le roi et au miracle qui en suivi lors de la victoire de Tolbiac5. Etonnant pour un évêque mais certainement la preuve que l'anecdote a été imaginé bien après. Il en profite par contre pour appuyer une nouvelle fois sur la valeur de la foi en Dieu, lui qui officie au coeur du royaume burgonde arien.

Avit de Vienne

Dam vobis eligitis, omnibus iudicatis; vestra fides nostra victoria est.

Avit de Vienne

En faisant votre choix, c'est pour tous que vous prononcez le jugement; votre foi est notre victoire.

Par ailleurs, cette lettre nous informe également que c'est Clovis qui a fait prévenir la nouvelle à Avit et qu'il l'informe même de la date du baptême, le 25 décembre sans pour autant que l'on trouve trace de l'année.

Avit de Vienne

Igitur qui celeber est natalis domini, sit et vester: quo vos scilicet Christo, quo Christus ortus est mundo; in quo vos animam deo, vitam praesentibus, famam posteris consecrastis.

Avit de Vienne

Que ce jour soit votre anniversaire comme il est celui du Seigneur, le jour où vous êtes né au Christ, le jour où le Christ est né au monde, le jour où vous avez consacré votre âme à Dieu, votre vie aux hommes d'aujourd'hui, votre gloire à la postérité.

L'année du baptême est encore aujourd'hui longuement débattue. Longtemps ont la plaça en 496 mais de travaux récents on permis de voir quelle était certainement inexacte et qu'on ne pouvait pas à l'heure actuelle la définir parfaitement, mais l'intégrer dans une fourchette comprise entre 496 et 508.

Si l'on en croit une lettre rédigée vers 565 par Nizier de Trèves, près de 10 ans avant les écrits de Grégoire de Tours, le roi Clovis s'était engagé à être baptisé sans attendre lors d'une halte à St Martin de Tour surement en l'année 498 lors du retour d'une campagne contre les wisigoths. Or, il parait peut probable que Grégoire, évêque de Tours ait oublié tout de cet épisode pour le transposer à Reims. De même que la ville de Tours n'a été prise par les francs qu'en 507. La lettre de Nizier parlerait alors de 508 et de son retour triomphale lorsqu'il reçoit le titre de consul par l'empereur d'Orient, Anastase.

De la même manière, dans une lettre, que l'on estime datant de 506, Théodoric le Grand, roi d'Italie, félicite Clovis de sa victoire sur les alamans, transportant alors à 10 ans plus tard la bataille dite de Tolbiac et le baptême qui en suivi.

Théodoric le Grand

Memorabilis triumphus est Alamannum acerrimum sic expavisse, ut tibi eum cogas de vitae munere supplicare.

Théodoric le Grand

C’est un triomphe digne de mémoire que d'avoir ainsi terrifié l'intrépide Alaman, réduit par toi à implorer la faveur de vivre.

Nous savons également qu'en 507, Sigebert, roi franc ripuaire aide Clovis, par l'envoi d'un contingent et de son fils Clodéric, a vaincre Alari II et ses wisigoths, possible "cadeaux" à la suite de la victoire de Tolbiac et de la sauvegarde du royaume ripuaire.

Pourtant, politiquement et militairement Clovis se devait de fédérer rapidement les peuples gallo-romains chrétiens s'il voulait vaincre le royaume wisigoth. Il est donc peu probable qu'il ait attendu aussi longtemps avant de précéder à son baptême et celui de ses guerriers. La date de 498 ou 499 est donc la plus susceptible d'être exacte.

Clovis, un symbole

La crise identitaire que traversait l'occident avait besoin d'un symbole fort. Clovis devint celui-ci. Alors que Childéric n'était qu'un roi païen ne combattant que pour étendre son pouvoir et son royaume, son fils Clovis fut le roi chrétien qui tenta de réunifier l'empire romain. Il devint de fait le premier roi chrétien de France et l'ascendant originel des futurs roi de France dont l'Eglise continua le sacre en la cathédrale de Reims.

Références sur "Clovis, roi des Francs"

  1. Histoire ecclésiastique des Francs par Grégoire de Tours
  2. Childéric, Syagrius et la disparition du royaume de Soissons par Edward James
  3. La conversion et le baptême de Clovis par Léon Levillain
  4. Le mobilier funéraire de la tombe de Childéric Ier par Michel Kazanski et Patrick Perin
  5. Le Baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire par Michel Rouche
""
28 novembre 2011 à 16:12
Par



Opinions sur "Clovis, roi des Francs"

Protection Ecrivez uanu1u000u sans les u

Informations
Validation Votre adresse IP : 54.198.247.44, sera conservée tant que votre commentaire sera publié.

29 novembre 2011 à 11:25

La reprise de l'image de Clovis et de tout ce qu'il transporte est en effet énorme.

Au cours de la deuxième moitié du IXe siècle Hincmar, évêque de Reims, emploi toute sorte de méthode pour arriver à ses fins, faire de l'Eglise et de Reims, le berceau des rois de France, celui du sacre royal...

La reprise se prolonge jusqu'à nos jours. Durant la Guerre de Cent Ans, il faut prétendre descendre de Clovis, celui qui reçu les Lys pour acceder au trône.

Au XIXe siècle, on utilise son image de Franc en opposition à un Charlemagne germanique face à la menace de la Prusse.
On le refait en 14-18 et en 1940, c'est Petain qui utilise le symbole de la francisque sur les monnaies et créé l'ordre de la Francisque.


25 avril 2012 à 16:24

c trop interessant mes c vrai ?

(commentaire non vérifié)
29 mars 2016 à 11:24

c de la merde!

Critères de recherche :

Catégorie :
Personnages



Articles Connexes

Une petite chapelle entre dans l'histoire

C'est au coeur d'un village de moins de milles habitants, Beaumont-de-Pertuis, qu'une équipe de restauration vient de mettre au jour une magnifique fresque du XIIe siècle. Ces peinture romanes dormaient depuis le XVIIe siècle sous un nouveau décors "plus dans l'air du temps", lui même recouvert partiellement au cours du XIXe au niveau de l'abside. Ces dessins pourraient être les plus anciens décors romans peint en Provence selon les historiens sur places.

La nécropole de Bénazet

Le site de Bénazet, proche de Mazères en Ariège fut depuis le début de notre ère le centre d'un enjeux régional important. Contrôlé par les romains depuis leur installation à Narbonne, il est offert au Wisigoths au début du 3e siècle au moment de leur installation dans le sud ouest de la Gaule. Situé non loin de leur capitale, Toulouse, Bénazet est à la frontière entre les deux...

Catharisme : Légendes, mythes, fantasmes

Quête du Graal, rites et textes réinterprétés, croyance en la migration de l'âme, vision du monde manichéenne, cruauté abyssale des persécutions et citadelles imprenables : le catharisme suscite la fascination alors que, paradoxe, son rôle historique majeur est souvent méconnu.

La Sainte Tunique de Jésus est un faux

Conservée au sein de la Basilique Saint Denys à Argenteuil, le mystère de la relique est enfin révélé. Peu connue du public, elle est aussi importante pour les croyants que le "suaire" de Turin. Le mythe veut que le Christ ait porté cette tunique lors de son chemin de croix. Depuis des siècles, elle est adulée par des millions de chrétien.

Un bas-relief du XIIIe retrouvé

Un bas-relief de la fin du XIIIe siècle représentant les trois rois mages a été retrouvé dans les parois d'un puits d'une propriété agricole et a rejoint le musée archéologique de Lattes (Hérault). Selon la direction du musée, ce bas-relief ornait l'église romane de Lattes, avant sa destruction à la fin du XVIIe siècle. Comme souvent, les pierres ont ensuite été...

Info complémentaires

Services et Infos