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  1. La correspondance de Tolkien

La correspondance de Tolkien

Illustration de l'article : La correspondance de Tolkien

C'est une partie de la correspondance du maitre de l'héroïc fantasy, J-R-R Tolkien qui nous est aujourd'hui rapportée, nous offrant la génèse de la Terre du Milieu, mais aussi ses nombreuses discussions avec ses éditeurs, parents et amis.

Une volumineuse et passionnante correspondance (parue le 7 octobre aux édition Christian Bourgois) cerne la personnalité du professeur de linguistique qui fit rêver des millions de lecteurs.

[Tolkien répond à un éditeur allemand, qui souhaitait publier "Bilbo le Hobbit", et l’avait interrogé sur ses origines.]

25 juillet 1938

Chers Messieurs,

Merci de votre lettre. […] Je regrette, mais je ne vois pas bien ce que vous entendez par "arisch".Je ne suis pas d’extraction "aryenne", c’est-à-dire indo-iranienne: pour autant que je sache, aucun de mes ancêtres ne parlait l’hindoustani, le perse, le tsigane ou autres dialectes associés. Mais si je suis supposé comprendre que vous voulez savoir si je suis d’origine juive, je ne peux que répondre que je regrette de ne pouvoir apparemment compter parmi mes ancêtres personne de ce peuple si doué. Mon arrière-arrière-grand-père quitta l’Allemagne pour l’Angleterre au XVIIIe siècle : la majeure partie de mon ascendance est donc de souche anglaise, et je suis un sujet anglais - ce qui devrait vous suffire. J’ai été néanmoins habitué à regarder mon nom allemand avec fierté, même tout au long de la dernière et regrettable guerre, au cours de laquelle j’ai servi dans l’armée anglaise. Je ne peux cependant m’empêcher de faire remarquer que si des requêtes de cette sorte, impertinentes et déplacées, doivent devenir la règle en matière de littérature, alors il n’y a pas loin à ce qu’un nom allemand cesse d’être une source de fierté.

[Tolkien soumettait à son fils Christopher, parti à la guerre, des extraits du "Seigneur des anneaux", qu’il était en train d’écrire.]

21 mai 1944

Mon très cher petit,

Au prix d’énormément de travail et aux dépens d’autres obligations, j’ai maintenant enfin écrit, ou presque, toute l’histoire jusqu’à la capture de Frodon dans la haute passe, à la frontière du Mordor. A présent je dois revenir aux autresetessayede conduire rapidement le tout jusqu’à l’effondrement final. Penses-tu que Shelob (Arachne) soit un bon nom pour une monstrueuse araignée ? Ce n’est bien entendu que la combinaison de she + lob (= araignée), mais écrit en un seul mot cela semble assez repoussant.

30 janvier 1945

Mon très cher Chris,

[…] J’apprends la nouvelle à l’instant. […] Les Russes sont à 100 kilomètres de Berlin. […] Il semble ne plus y avoir aucun ressort de miséricorde ou de compassion, ni d’imagination, en cette heure sombre et diabolique. Par cela, je ne veux pas dire que ce ne soit pas, dans la situation présente - pour l’essentiel (mais pas totalement) créé par l’Allemagne -, nécessaire et inévitable. Mais pourquoi exulter ? Nous étions censés avoir atteint un degré de civilisation dans lequel il pouvait encore être nécessaire d’exécuter un criminel, mais non d’exulter, ni de pendre femme et enfant à côté de lui tandis que hue la foule orque.

[Tolkien entretint une correspondance avec le poète anglais Wynstan Auden.]

7 juin 1955

Cher Auden,

[…] Tout ce dont je me souviens à propos de la naissance de "Bilbo le Hobbit" est que je corrigeais des copies du "School Certificate", usé comme chaque année par cette éternelle besogne infligée aux universitaires impécunieux qui ont des enfants. Sur une page blanche, j’ai griffonné : "Dans un trou vivait un Hobbit". Sans savoir pourquoi, aujourd’hui encore. Je n’en ai rien fait, pendant longtemps, et pendant des années, cela n’est pas allé plus loin que la réalisation de la Carte de Thror. Mais c’est devenu "Bilbo le Hobbit" au début des années 30, avant d’être finalement publié, non en raison de l’enthousiasme de mes propres enfants (même s’ils l’appréciaient bien), mais parce que je l’ai prêté à celle qui était alors la Révérende Mère de Cherwell Edge alors qu’elle avait la grippe, et qu’une ancienne étudiante, qui travaillait à l’époque chez Allen Unwin [éditeur de "Bilbo le Hobbit"], l’a vu.

[Tolkien raconte ses premiers essais d’écriture à sa maison d’édition américaine.]

Toute cette affaire a commencé il y a si longtemps qu’on pourrait dire qu’elle a commencé à ma naissance. Aux alentours de ma sixième année, j’ai essayé d’écrire quelques vers sur un dragon, au sujet desquels je ne me rappelle aujourd’hui qu’une chose, c’est qu’ils contenaient l’expression "un vert grand dragon", et que je suis resté longtemps perplexe lorsque l’on m’a dit qu’il fallait écrire "grand dragon vert". Mais la mythologie (et les langues qui lui sont associées) a originellement commencé à prendre forme pendant la guerre de 14-18. "La Chute de Gondolin" (et la naissance d’Eärendil) fut écrite à l’hôpital et en permission après que j’ai survécu à la bataille de la Somme en 1916.[…]

[De nombreux lecteurs interrogent Tolkien sur ses goûts personnels.]

25 octobre 1958

[…] Je suis en fait un Hobbit (en tout, sauf pour la taille). J’aime les jardins, les arbres et les terres cultivées sans machines ; je fume la pipe et j’aime la bonne nourriture simple (et non surgelée) mais je déteste la cuisine française ; j’aime les gilets décorés, et j’ose même les porter en cette morne époque. J’aime beaucoup les champignons (cueillis dans les champs) ; j’ai un sens de l’humour très simple (que même mes critiques les mieux disposés trouvent lassant) ; je me couche tard et je me lève tard (lorsque cela est possible). Je ne voyage guère. J’adore le pays de Galles (ce qu’il en reste, quand les mines et les stations du bord de mer, encore plus horribles, ont fait leurs basses oeuvres), et tout particulièrement la langue galloise.

[Tolkien écrit à son fils Michael.]

-10 janvier 1965

[…] Un incident amusant s’est produit en novembre lorsque je suis allé, par courtoisie, assister à la dernière d’une série de conférences données par le professeur de poésie, Robert Graves. (Un être remarquable, divertissant, aimable, étrange, plein de marottes, mi-allemand mi-irlandais, très grand, doit avoir ressemblé à Siegfried/Sigurd dans sa jeunesse, mais un Ane.) ça a été la conférence la plus ridiculement mauvaise que j’aie jamais entendue. Après quoi il m’a présenté à une charmante jeune femme qui y avait assisté: bien vêtue mais avec goût, aimable et agréable, nous nous sommes bien entendus. Mais Graves est parti d’un rire ; et il a dit: "Visiblement, vous n’avez encore jamais entendu parler l’un de l’autre". Tout à fait exact. Et je ne m’étais pas imaginé que cette dame aurait pu avoir entendu parler de moi. Son nom est Ava Gardner, mais ça ne me disait toujours rien, jusqu’à ce que des gens mieux au courant que moi sur le monde m’informent qu’elle était une star de cinéma d’une certaine importance, et que l’attroupement de journalistes et le crépitement des flashes sur les marches des schools n’étaient pas destinés à Graves (et certainement pas à moi non plus) mais à elle.

[Tolkien écrit à son fils Christopher.]

11 juillet 1972

[…] J’ai passé la journée d’hier à Hemel Hempstead. On m’a envoyé une voiture et je me suis rendu aux bureaux et librairies (nouveaux, très grands, gris et blancs) d’Allen Unwin. J’y ai fait une sorte de visite officielle, comme une altesse de second rang, et j’ai été quelque peu stupéfait de découvrir que l’essentiel des affaires de toute cette organisation composée de plusieurs départements (depuis la comptabilité jusqu’à la distribution) concernait mes oeuvres. On m’a fait un très bon accueil (et un très bon déjeuner), et je les ai tous interrogés, depuis la salle de réunion jusqu’en bas. La "comptabilité" m’a dit que les ventes de "Bilbo le Hobbit" avaient à présent explosé et atteignaient des sommets encore jamais approchés.

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19 octobre 2005 à 13:00
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Détails sur le livre :

  • Date : 00 0000
  • Format : Broché

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