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Cannibalisme et 1ere croisade!

La religion au Moyen Âge Sujets complémentaires :
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La deuxieme Croisade
1207, un an avant la croisade
Visiteur Jeu 19 Jan, 2006 11:21 pm           

            
Allez, un nouveau sujet qui tache!

Dans "Les croisades vus par les Arabes", Amin Maalouf cite des cas de cannibalisme perpétrés par les francs à maara au cour de la premiere croisade, souvenir qui semblent avoir durablementchoqué les musulmans (on les comprend!).
Il semble que le fait soit connu, l'auteur dit que Goddefroy de bouillon lui-meme l'aurait admis dans ses mémoires...
Certains d'entre vous ont-ils eu vent de cette ignominie? Si c'est le cas, comment l'expliquer? Manger de la chair humaine est autant tabou pour les chrétiens que pour les musulmans, comment ont-ils pu croire etre dans leur droit? Le fait que l'humain en question soit un "infidele" était-il suffisant à leurs yeux pour pardonner le méfais???
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Visiteur Jeu 19 Jan, 2006 11:33 pm           

            
MEA CULPA! Enorme lapsus! Ce n'est pas goddefroy de Bouillon, c'est raoul de Caen! je viens de parler de goddefroy et j'ai sottement taapper le nom que je venais de prononcer...
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Pons Ven 20 Jan, 2006 12:14 am           

            
Malgré l'aspect partial de cet ouvrage qu'il faut utiliser avec circonspection, ces faits sont exacts et rapportés dans de nombreuses chroniques franques. Toutefois, la plupart des sources musulmanes, comme Ibn al-Qalânisi ou Ibn al-Athir, n'en font aucunement mention.

Ce fut donc à Maraat al-Numan (La Marre des Francs) que les plus misérables des croisés - appelés parfois Tafurs -, mourant de faim, scièrent des cadavres (pensant y trouver des richesses) et en mangèrent, pour survivre. Rien de bien spirituel dans cette démarche Smile

Il faut toutefois rappeler que si ces faits ont pris une telle ampleur dans le Monde musulman (où le cannibalisme s'était également pratiqué, je n'ai pas, hélas, les sources sous la main pour vous en dire plus... ) c'était aussi une "stratégie de communication" voulue par les Francs, qui cherchaient à inspirer la terreur à leurs ennemis.
C'est ainsi qu'au siège d'Antioche (1098), ils catapultèrent des tètes coupées dans la ville - une première parait-il - et que eurent lieu les premiers pseudo repas cannibales :

Afin de lutter contre les espions infiltrés dans leur camp (déguisés en chrétiens syriaques ou arméniens) et qui éventaient tous leurs projets, l'industrieux Bohémond de Tarente demanda qu'on lui laisse les mains libres :

« Biaux seigneurs, je vos prie que vos me laissiez chevir de ceste chose, car j’ai en pensée une moult bone délivrance de cest péril ! »

A la nuit tombante, il fit allumer un grand feu comme pour préparer le souper et mandé « les bouchers de sa terre ». Puis il ordonna qu’on fasse sortir de prison quelques Turcs qu’il tenait dans les fers.

Ils leur « coupèrent les gueules et les enfondrèrent [ embrochèrent ] et les atornèrent [ préparèrent ] por rostir ». L’en commença à demander que ce estoit. « Tel sera désormais le sort réservé aux espions », fit dire Bohémond, « ils serviront de nourriture aux princes et au peuple ».

Le camp s’allégea ce soir là d’un certain nombre de faux chrétiens, « répandant par toute la païennerie que cele gent qui estoient à siège Antioche estoient plus durs que roche ne que fers, de cruauté passoient les ours et lyons, car les bestes sauvages menjoient les genz toutes crues, mès cil les rotissent avant et puis les déveurent. » Smile
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Visiteur Ven 20 Jan, 2006 12:40 am           

            
Merci beaucoup de ces précision. En somme, vous y voyez plutot un cynisme guerrier dépourvu de tentative de justification religieuse?
Car ces "stratégies de communication" par l'horreur ont été de tout temps pratiquées par les plus efficaces combattants...

Ceci dit, Je lis tout ouvrage avec prudence car les partis-pris ne sont pas rares mais le livre de Maalouf m'a paru, disons relativement "raisonnable". Il cite ses sources, ne cache pas les défauts des combattants musulmans, je n'ai pas senti de proselytisme ou de haine de l'occident... Il m'a semblé qu'il voulait juste rapporter le point de vue du "camp d'en face". Avouons que nos manuels d'histoire scolaires prenait furieusement parti et que les croisés nous étaient présentés sous un jour idylique. J'aime l'idée d'un contre-pied. Et je me sens neutre en la matiere, n'étant ni chrétien, ni musulman. Les croisades ne m'interessent que parceque c'est un incroyable periple et un formidable choc des cultures...
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Pons Ven 20 Jan, 2006 12:15 pm           

            
Pour le cannibalisme, j'y vois simplement un sombre épisode de la première Croisade, où de pauvres hères affamés furent contraints de dévorer des charognes, des feuilles, des chiens et puis, des hommes...
Cela dans un dispositif de terreur orchestré par les chefs de la Croisade ( ce qui fut assez malhabile puisque dès lors aucune ville ne voulut se rendre sans combattre aux Croisés, préférant résister vaillament plutot que de voir sa population sauvagement égorgée...).


Concernant Amin Maalouf et plus généralement l'historiographie des Croisades, il est vrai que depuis leur "redécouverte" par les Orientalistes dans la 1ère partie du XIX ème siècle, celles-ci avaient été présentées sous un jour idyllique, frisant avec la chanson de geste et relayant parfois une idéologie alors en vogue, le colonialisme.
Cela est d'ailleurs perceptible jusqu'à la fin de IIde guerre mondiale, la Syrie et le Liban étant alors sous mandat français (on se souvient de la célèbre phrase du général Gouraud s'exclamant sur le tombeau de Saladin à Damas : "Saladin, nous revoilà !") Smile

Ceci dit, et c'est là où je veux en venir, Amin Maalouf n'a rien apporté de bien nouveau avec ce livre, et il ne faut pas croire - c'est une tendance que je constate souvent - que tous les ouvrages parus auparavant en Europe sont à jetter à la poubelle, sous prétexte qu'ils véhiculent une histoire "officielle" ou ne prennent en compte que le point de vue "franc".

Il faut savoir que les sources arabes des Croisades ont été traduites très tôt et regroupées avec les sources grecques, arméniennes et latines dans un corpus gigantesque (6 tomes de 700 pages chacun ! ) intitulé "Recueil des historiens des Croisades", à l'initiative de l'Académie des Inscriptions et belles lettres, et que ces sources ont été consultés et utilisées à bon escient par d'excellents historiens ( voir René Grousset par exemple, et sa monumentale "Histoire des Croisades", hélas assez difficile à trouver aujourd'hui).

En vérité, la nouveauté de la démarche de Maalouf, c'est de présenter l'histoire des Croisades vue exclusivement du "camp d'en face", c'est-à-dire en utilisant presque uniquement les sources musulmanes (les seules références aux chroniques franques étant faites pour relater les épisodes de cannibalisme) Smile

C'est en fait, dans le sens inverse, la même démarche que celle des premiers historiens des Croisades (p.ex. Michaud 1825 ), lesquels se basaient uniquement sur les sources franques. D'où sa partialité. A la subjectivité des vieux historiens occidentaux, il oppose celle des chroniqueurs médiévaux arabes.

Ceci dit, ce travail n'en reste pas moins très bien fait, riche et documenté. Il faut simplement se garder d'y voir - comme invite d'ailleurs à le faire l'auteur dans son avant propos - "le roman vrai" des Croisades, que l'on nous aurait jusque là caché.
ET surtout ne pas s'arrêter à la lecture de cet ouvrage, qui est devenu avec le temps un véritable talisman de "bobos", venant agrémenter leur quète de "l'Autre". Smile

Dans le bien pensisme ambiant, où l'on devrait lire ce livre "de toute urgence", le contre pied serait donc, pour bien comprendre le phénomène des Croisades, justement, de croiser les lectures.
Wink
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Visiteur Ven 20 Jan, 2006 12:38 pm           

            
Merci, c'est clair et efficace. Je m'étais bien gardé de tout prendre au premier degré. je m'efforce de toujours de garder un certain recul et je suis entierement d'accord avec vous lorsque vous dites qu'abandonner un point de vue partial pour le remplacer par le point de vue partial du "clan d'en face" n'est pas une solution. Disons que je me souviens de ce livre, que j'en prend bonne note et que mes recherches historiques continueront d'etre faites de recoupements...
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Tancrede Lun 23 Jan, 2006 8:14 pm           
Petit contributeur

            
Concernant le cannibalisme Croisé, conséquence facheuse d'une trop grande faim, le résumé le plus substantiel concernant son pendant arabe est l'article de H.A.R. Gibb et P. Kraus, intitulé : "Mustansir" (première édition de l'Encylopédie de l'Islam, tome III, 1936, pages 820-823 de l'édition française.

Il y apparaît que la fin du long reigne du calife Mustansir (mort en 1094) qui marqua l'échec spirituel et politique des espoirs ismaélien avait été marqué par des troubles fréquents provoqués par la vive opposition des sectaires les plus activistes du royaume fatimide.

De ces luttes violentes, la population civile, prise en tenaille entre les différents corps d'armée rebellés contre l'autorité contestée, souffrit énormément. Lors des nombreuses famines qui en découlèrent, le cannibalisme devint un phénomène répandu, tout comme les pillages et les vagues importantes de criminalités dans les villes.

T.

www.orient-latin.com
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Tancrede Mar 21 Fév, 2006 6:41 pm           
Petit contributeur

            
Ne faudrait-il pas déplacer ce sujet dans le forum "Gastronomie Médiévale" ?

passons ...

www.orient-latin.com
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Barberousse Mar 21 Fév, 2006 8:23 pm           
Contributeur actif

            
A ce propos je me souvient d'un article des "Temps Médiévaux" (le numéro 13 pour etre exact)qui parle égalment du cannibalisme durant la première croisade...J'ai beaucoups aimé l'intrigue et l'article était assez bien argumenté.Donc voilà ...

Il faut féconder le passé pour enfanter l'avenir.
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Foulques Mar 21 Fév, 2006 10:47 pm           
Modérateur

            
Tancrede a écrit:
Ne faudrait-il pas déplacer ce sujet dans le forum "Gastronomie Médiévale" ?

passons ...


Ben alors, Tancrede se met à l'humour ? Shocked

Et c'est du bon en plus ! J'adhère ! Very Happy

Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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