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Lectures.....

Auberge de l'Ours Bleu
armoisine Dim 26 Fév, 2006 7:15 pm           
Modérateur

            
Je poste ici un fil sur les livres qui nous ont accrochées, livres de chevet, etc.

Apparemment on a un goût commun pour Edgard Poe avec Janus et je pensais qu'on pourrait partager ici les lectures de n'importe quelle époque et de n'importe quel horizon.

Je commence avec un de mes livres préférés, Melmoth de Mathurin.


On ne raconte pas Melmoth : on ne raconte pas un labyrinthe. Construit en abîme selon un vertigineux emboîtage de récits, il brosse avec fureur, six cents pages durant, la vie d’un « héros » possédé par le mal, pour qui le temps n’existe pas. On en sort sans voix. Roman, mais aussi bien recueil kaléidoscopique de fictions savamment mêlées, le livre nous entraîne en divers pays à diverses époques – en particulier dans l’Espagne de l’Inquisition, dont le révérend Maturin laisse un portrait terrifiant qu’auraient pu signer Sade ou Goya. Toujours le lecteur se trouve pris au dépourvu, dans les lacs d’un imaginaire où l’on ne peut que perdre pied, chaque chapitre creusant un peu plus l’escalier de l’enfer. Mais laissons parler quelques lecteurs… André Breton : « Le génie de Maturin est de s’être haussé au seul thème qui fût à la mesure des très grands moyens dont il disposait : le don des noirs à jamais les plus profonds, qui sont aussi ceux qui permettent les plus éblouissantes réserves de lumière. Il tenait l’éclairage voulu pour appeler à s’y inscrire le problème des problèmes, celui du mal. » Et Baudelaire : « Maturin dans le roman (…) Poe dans la poésie et dans le récit analytique (…) ont projeté des rayons splendides, éblouissants, sur le Lucifer latent qui est installé dans tout cœur humain. Je veux dire que l’art moderne a une tendance essentiellement démoniaque. » (L’Art romantique). Ajoutons que notre siècle, en ses couleurs cruelles, n’a fait qu’ajouter un peu d’actualité encore à cette œuvre terrible – nous voulons dire terriblement humaine. Le noir, c’est connu, ne se démode jamais. Melmoth, chef-d’œuvre absolu du roman noir pour la première fois en « poche » dans sa version authentique. Un concentré couleur de nuit, qui fascina Balzac, Baudelaire, Lautréamont, Oscar Wilde, Artaud, Breton – et qui ne demande qu’à faire de nouvelles victimes.

Charles Robert MATURIN (1782-1824) Derrière ce nom bien français (il avait des ancêtres huguenots) se cache un Irlandais bon teint : fortement démangé par l’écriture, et assez dérangé d’esprit – le cocktail est connu et depuis Swift a produit quelques-uns des génies les plus forts de café de la culture européenne. Comme Swift encore, celui qui nous occupe ici fit accessoirement de la religion son métier : Maturin trouvera le moyen d’être prêtre à Dublin – mais d’obédience anglicane. Ce qui ne l’empêchera pas de mener la vie d’un dandy parfaitement extravagant… et de devoir au succès de son Melmoth (1820) le surnom de « prince du roman noir ». Succès dû sans doute à la mode, comme tous les succès, mais pas seulement. Balzac le considérait comme l’un des plus grands romanciers de l’époque (au point de composer à sa mémoire un Melmoth réconcilié) ; Baudelaire tenait son livre pour la plus haute des fictions romantiques, et rêva de le traduire (sans pouvoir trouver d’éditeur) ; Lautréamont imagina son Maldoror comme un double de Melmoth ; Oscar Wilde utilisa le nom de son héros comme pseudonyme (il vouait au roman de Maturin une admiration éperdue) ; Antonin Artaud voyait en Melmoth le plus beau – le plus noir – des romans jamais écrits de main d’homme… ou de main de démon ; André Breton enfin, après la guerre, tint à préfacer lui-même l’exemplaire traduction de Jacqueline Marc-Chadourne – la première à ne pas tricher avec le texte original.

J'ai plongé dans ce livre comme on est pris dans un piège. Bien sûr il y a une trame théologique et comme on a pu le constater, observer la foi des gens ça me fascine. Mais il ne faut pas oublier la foi même de l'auteur qui donne quelques clés. J'ai adoré la peinture de l'(in-)humanité par ce roman culte de la littérature gothique (rien à voir avec la mode actuelle, genre littéraire à découvrir, d'ailleurs tout le monde connaît Frankenstein, chef d'oeuvre gothique également).

Voilà, voilà, attention c'est un pavé. Et je conseillerais de ne lire la préface d'André Breton qu'à la fin de la lecture.
J'avoue avoir hésité, l'envie de garder cette oeuvre pour moi, et celle de la partager....

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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armoisine Dim 26 Fév, 2006 7:29 pm           
Modérateur

            
PS, le Melmoth réconcilié de Balzac perd de sa dimension théologique.
C'est un bonne nouvelle, toujours fantasmagorique, mais qui reflète également les préoccupations de l'auteur,.... et ses problèmes d'argent.
Au point de faire de la Bourse et des agents de finances l'enfer sur terre!

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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Janus Dim 26 Fév, 2006 9:00 pm           
Bon contributeur

            
armoisine a écrit:
Je commence avec un de mes livres préférés, Melmoth de Mathurin.
Merci Armoisine: je ne l'ai pas (encore) lu ... mais je pense de le faire bientot! Wink

De ma part, maintenant je me dedie sourtout aux essais ... mais pour ce qui concerne les romans, voilà ceux qui j'ai amé le plus:

- "Le Nom de la Rose" de Umberto Eco ...
http://www.alalettre.com/international/eco-lenomdelarose.htm


- Toutes les nouvelles de Dino Buzzati,
http://membres.lycos.fr/myriam/buzzati.html
http://www.bdfi.net/auteurs/b/buzzati_dino.htm


- "Narcisse et Goldmund" de Hermann Hesse
http://votrelecture.free.fr/Fiche?id=43


- ... et bien sur, toutes les oeuvres d'Edgar Allan Poe! Wink

_________
_________________ Forum sur le Moyen Age Italien
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armoisine Lun 27 Fév, 2006 11:07 pm           
Modérateur

            
Le nom de la Rose, je n'ai vu que le film....
D'ailleurs ma soeur m'en veut toujours pour lui avoir pourri la fin du livre.... Elle me harcelait pour savoir si le film était correct et forcément, je fais une gaffe! Laughing

Elle s'est rattrapée des années plus tard, par hasard aussi, en me révélant la fin d'un Agatha Christie...... "Mais si tu sais, c'est celui où celui qui tue c'est......"
Parce que je suis une grande fan de ses bouquins. Pratiquement tous lus, pour les portraits de personnages, la psychologie, l'intrigue et l'ambiance, années 30-40.
J'aime beaucoup aussi les versions film avec Ustinov et TV avec David Suchet.

Je ne connais pas les derniers mentionnés, mais Buzzati ça a l'air pas mal!

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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Foulques Lun 27 Fév, 2006 11:15 pm           
Modérateur

            
Janus a écrit:

- "Narcisse et Goldmund" de Hermann Hesse

Ah ! Tu connaissais ce livre ! On n'en avait jamais parlé ! J'ai adoré aussi !

Une quête initiatique absolument géniale, merveilleusement décrite, et qui se passe au MA en plus ! A l'issue de la lecture j'avais une super-pêche ! Je voulais devenir sculpteur !

Je ne connaissais pas le livre dont tu parles, Armoisine, mais je pense que je dois être trop vieux pour marcher : il y a des âges pour les lectures...

Pour faire honneur à Janus, il y a bien sûr la littérature italienne et en premier DINO BUZZATI ! Grand homme !
Ses nouvelles, certes, évidemment, mais n'oublions pas "le désert des Tartares", son chef d'oeuvre, le livre qui vous transforme...

Une très bonne adaptation cinématographique a été faite et qui se passait justement dans le chateau qu'on a évoqué avec Tancrede dans les derniers posts de "forteresses d'orient"
http://dvdtoile.com/Film.php?id=12880

Tommaso di Lampedusa et son Guépard ! "Il Gattopardo". Magnifique. Le sol se dérobe sous vos pieds... Vous voyez filer les restes de l'aristocratie sicilienne sans pouvoir rien y faire.
Lampedusa a commencé à écrire à 60 ans et il n'a écrit que deux livres. Celui-ci et aussi un petit, intitulé "le professeur et la sirène". Je sais que j'ai beaucoup aimé mais je n'en ai pas de souvenirs.

Signalons aussi "le cheval rouge" d'Eugenio Corti. Fresque historique et très autobiographique qui ravira les amoureux de la Russie, comme moi.
Il nous replonge dans un monde oublié qui date pourtant d'hier, celui de la Sde guerre mondiale. Une odyssée moderne qui nous étreint. Qu'on aurait pu vivre soi-même à très peu de choses près.

Par contre Eco... J'ai déjà dis à janus que j'avais un doute... Je n'ai pas lu le nom de la rose mais un autre. J'ai poussé l'investigation jusqu'à me procurer le DVD de sa conférence à l'institut de France. C'est dire si je suis précautionneux.
Mhouais, m'a pas convaincu le bonhomme. Me méfie beaucoup des auteurs encyclopédistes qui rassemblent dans un passage dix questions historiques différentes -sans doute pour faire sentir le poids de leur immense culture- et sont incapables d'en expliquer un seul clairement.

Je pense plus un amuseur public qu'un vrai chercheur. Peut-être bon romancier, ça n'empêche pas.

Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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armoisine Lun 27 Fév, 2006 11:23 pm           
Modérateur

            
J'en profite pour dire ici que je fus fort surprise de trouver dans Les Milles et Une Nuits, la même astuce que celle évoquée dans le nom de la Rose..... Euhm, comment dire ça, sans foutre en l'air à nouveau la lecture du livre?

Ben justement, le "truc" du bouquin..... J'étais un peu déçue, je trouvais l'astuce originale.

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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Foulques Mar 28 Fév, 2006 12:15 am           
Modérateur

            
Bah rien ne s'invente... Les auteurs oubliés des générations précédentes sont une bonne source pour les auteurs de la suivante... fin, bon, c'est une lapalissade.

M'en souvenais pas de ça. Les coins de pages empoisonnés ? Mais tu lis quelle traduction des "mille nuits et une nuit" ? Celle de Galland ou de Mardrus ?

Riche lecture, en tous cas ! Tu as raison, c'est incontournable et ça fourmille d'infos sur les moeurs du temps.

Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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armoisine Mar 28 Fév, 2006 10:28 am           
Modérateur

            
Je me suis rendue compte hier soir que le copain à qui j'ai prêté le livre me l'a toujours pas rammené.... Alors me rappelle plus. C'est le tome 1, histoire d'un humble qui veut la fille d'un calife et qui doit apporter toujours plus de cadeaux jusqu'à ce qu'il lui rapporte un livre "spécial".

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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Foulques Mer 01 Mar, 2006 1:58 am           
Modérateur

            
Le prêt aux copains c'est la mort des bibliothèques, c'est bien connu !

Galland c'est la première traduction, très édulcorée, qui s'est faite au XVIIIe s. L'image gentillette qu'on a de ces fabuleux récits vient de là, un truc pour les enfants (mais fabuleux quand même).

Le docteur Mardrus les a traduits fin XIXe, beaucoup plus au pied de la lettre (trop même, car on sent souvent qu'il y a des choses traduites au mot à mot et qui en deviennent incompréhensibles. De là mille nuits et une nuit au lieu de mille et une nuits). Et là, toute la dimension érotique ressort, et c'est pas triste Very Happy

Si une scène d'orgie dans un harem avec des singes ne te dit rien, c'est que ça doit pas être la traduction Mardrus 8)
(c'est au début, je crois me souvenir).

Mais depuis j'imagine qu'il y a du y avoir d'autres traductions. ça me fait penser que je ne sais pas où est l'original du texte.

Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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Foulques Ven 03 Mar, 2006 11:30 pm           
Modérateur

            
Et en littérature française, que pourrais-je dire ? Ce domaine est si vaste pour moi...

Dans les plus grands : Marcel Aymé. J'adore ce qu'il a écrit et j'adore le type. Un esprit libre. Il préférait jouer aux boules avec ses potes que de fréquenter les salons. Il renvoie la légion d'honneur que le gouvernement lui a décerné sans lui demander son avis, avec une lettre les priant de "se la carrer dans le train, avec tous ses plaisirs Elyséens."

Vous avez sûrement lu "le passe-muraille", ou vu une adaptation au cinéma, comme les excellents films "la Vouivre" ou "Uranus".

Découvrez son univers, ça vaut vraiment le coup. Le merveilleux y cotoie la réalité, le conte pour enfants le drame et le drame la gauloiserie ("la jument verte" !) mais toujours l'humanité est vue avec bienveillance même dans sa plus grande bassesse... Ses personnages, aussi salauds qu'ils soient, ne perdent jamais leur qualité d'humains.

Il se trouve que j'avais déjà recopié un extrait de texte pour d'autres, alors je vais vous le livrer ici.
Nous sommes un peu après la libération de 1945. Le vieux professeur Watrin découvre Marie-Anne, 18 ans, la fille Archambaud, dans un parc en train de pleurer…


« …Marie-Anne cessa de sangloter. Laissant tomber ses deux mains, elle leva sur lui ses yeux en pleurs et, soudain, dit avec un accent de colère, comme si elle le chargeait d’un reproche qu’elle ne pouvait contenir plus longtemps :
- Je viens de rentrer à la maison et j’ai trouvé maman qui embrassait le collaborateur sur la bouche !
Watrin ne fit que hocher la tête. Quelques secondes passèrent et Marie-Anne, avec le même accent de colère interrogea :
- Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?
- Presque rien.
- Une femme de son âge ! Qui a une fille de dix-huit ans !

Watrin plaida autant qu’il put la cause de Mme Archambaud. L’âge ne faisait rien à la chose, ni l’expérience qui est plutôt une incitation. A ses yeux, la faute de Mme Archambaud était de n’avoir pas pensé à fermer la porte à clé. Pour le reste, il n’y voyait qu’un accident. Nous sommes si riches, disait-il, si secrets à nous mêmes, tant de sources bouillonnent en nous, et il y a tant de routes, de chemins, d’allées et de sentiers qui s’ouvrent à chaque instant devant nos pas, que le fait de s’égarer dans l’un ou dans l’autre n’a rien qui doive surprendre beaucoup.

Il affirma aussi que la vie était un grand fleuve magnifique dont le courant nous emportait entre des rives peuplées de chênes, d’hibiscus, de roseaux, de sapins, de cocotiers, de flaments roses, de roses trémières, de lapins blancs, de cerisiers en fleur, de cannes à pêche et d’éléphants, qu’il fallait conduire sa barque de façon à ne pas gêner celles des autres, sans oublier jamais de s’enchanter aux mille et mille merveilles chatoyant à perte de vue, sans non plus se demander toujours si les eaux du grand fleuve ne rouleraient pas par hasard des rats crevés, des ordures ou des vieilles rentières étranglées. Marie-Anne trouvait que ce n’était pas bien là la question. Elle aurait souhaité que le professeur situât l’aventure de sa mère dans un cadre moins vaste. » Very Happy

Marcel Aymé. « Uranus ».

Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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Pages : 1, 2, 3





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