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Contre la décadence

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vercoquin Mar 23 Jan, 2007 7:32 pm           
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Avis aux amateurs et amatrices de poésie...

Je travaille actuellement sur une versification française d'un texte de Bertran de Born, troubadour de la fin du XIIè siècle. Je m'appuie sur le texte occitan, la traduction donnée dans l'"Anthologie des Troubadours" de Joseph Anglade, et une autre amenée sympathiquement par Trencavel, et que vous pourrez trouver ici:
http://img134.imageshack.us/my.php?image=volontiersdh9.jpg

J'aimerais connaître vos avis, vos critiques, autant quant à l'intelligibilité de mon adaptation que concernant son esthétique. Merci à vous !
Voici donc l'état de mon travail à cette heure :

J'adresse cette plaidoierie
A qui veut l'entendre chanter
L'honneur est mort valeur aussi
Et si je voulais les venger
Je tuerais tant d'ennemis
Plus que le monde à l'agonie
Plus que la mer puisse noyer
Que les brasiers puissent brûler

Il n'y a ni tort ni folie
Que ma chanson veuille chanter
Celui que Dieu a enrichi
Doit savoir pourtant sens garder
Que l'on soit riche ou démuni
En démesure n'est nul prix
Et tel qui veut trop s'élever
Jamais bien haut ne peut monter

Je sais royaumes où roi ne vit
Où sont barons en leurs comtés ?
Et je sais marches sans marquis
Puissants châteaux bien installés
Où il n'y a nul châtelain
Malgré pourtant des greniers pleins
L'on y mange une maigre part
Car le riche homme est un avare

Que de beaux harnois par ici
Autant que l'on veuille en trouver
Mais où Ogier est-il parti ?
Baudoin ? Bernard de Montdidier ?
Au grand soin des cheveux peignés
Les dents polies barbe taillée
Mais personne qui sache aimer
Ni cour tenir dame honorer

Les lâches ! Où est courtoisie ?
Où sont les châteaux assiégés ?
Où sont les cours en bonne vie
Et le seigneur sachant règner
Prompt à offrir de riches dons
Faire ce que doit sa mission
Soldats, jongleurs, déshérités
Je vois que tous ont déserté

Si le roi Philippe eut envie
Envers Richard de lui donner
Gisors beaux remparts beau pays
Richard doit l'en remercier
Si Philippe voulait l'affront
Richard ne bougerait talon
Sans la crainte de le trouver
Il ne fait rien qu'il soit damné

Papiols pars donc au plus tôt
Dire à Richard qu'il est un lion
Et que Philippe est un agneau
Qui ne dit rien quand on le tond.


Dernière édition par vercoquin le Dim 04 Fév, 2007 9:12 pm; édité 4 fois
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vercoquin Mer 24 Jan, 2007 6:02 pm           
Bon contributeur

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Allez, un ptit deuxième...
C'est un chant de Peire Cardenal, écrit durant le second tiers du XIIIè siècle. C'est aussi un travail en cours (adaptation de l'occitan), alors n'hésitez pas à m'apporter vos critiques : sens obscurs, formulations maladroites. J'en serai certainement vexé, mais n'en dirai rien. Surtout, ça m'aidera !

Une cité, ne dis laquelle
Vit s'abattre une pluie telle
Que tous ceux qui furent mouillés
Devinrent fous et forcenés
En perdirent le sens sauf un
Qui en sa maison dormait bien
Ainsi échappa à la pluie
Grâce à la chaleur de son lit
Et lorsque la pluie fut passée
Il se leva bien reposé
Partout dehors il vit les gens
Se comporter en vrais déments
L'un en chemise l'autre nu
Un autre se crachant dessus
L'un bastonne l'autre flagelle
L'un qui déchire sa gonelle
L'un qui férit l'autre guerroie
Un autre se prend pour un roi
Se tenant fièrement les hanches
Et l'autre saute sur les planches
L'un menace l'autre mal dit
Et l'autre pleure et l'autre rit
Et l'autre parle ou il jacasse
Et l'autre qui fait des grimaces
Et celui qui avait dormi
Voyant les autres est fort surpris
Car ils ont perdu la raison
Il cherche alors à l'environ
S'il peut trouver homme de bien
Mais nulle part n'en voit aucun
Et tout cela l'étonne fort
Eux sont plus étonnés encore
De le voir garder qui se tient si sage
Qui ne fait rien à leur image
Lui qui les regarde ainsi faire
Qui préfère pourtant se taire
Eux qui se croient sens et esprit
Voient alors que le fou c'est lui
Alors tous ils le rouent de coups
Et lui il ne tient plus debout
L'un l'attrappe l'autre le tire
Si malmené il veut s'enfuir
Mais ils le cognent de plus belle
Tant et tant bientôt il chancelle
Enfin il se rue et d'un bond
Trouve l'abri en sa maison
Boueux battu et presque mort
Mais très heureux car il s'en sort
Cette fable c'est notre monde
Et les hommes qui le fondent
Ce siècle est la folle cité
Toute pleine de forcenés
Quel meilleur sens on puisse avoir
Que d'aimer Dieu et puis de croire
Et tenir ses commandements
Sagesse perdue maintenant
La pluie de la cupidité
Par ici est venue tomber
C'est d'orgueil et méchanceté
Que tous les hommes furent frappés
Si Dieu préserve l'un de nous
Les autres le tiennent pour fou
Et l'accablent de tous les maux
Sagesse pour eux rien ne vaut
Car ils tiennent Dieu pour folie
Où qu'il se trouve son ami
Voit que tous ont le sens perdu
Que la foi en Dieu est déchue
Et eux qui le croient insensé
D'avoir au siècle renoncé.


Dernière édition par vercoquin le Dim 28 Jan, 2007 11:14 pm; édité 2 fois
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Foulques Jeu 25 Jan, 2007 10:50 pm           
Modérateur

            
C'est un beau travail, Vercoquin, bravo !

C'est très chouette d'avoir pu versifié tout en traduisant, ce n'a pas dû être évident.

Pour moi je n'ai rien à reprendre, je ne vois rien d'obscur.

J'aime beaucoup le deuxième, surtout avec cette idée de la pluie qui transforme les gens. C'est digne d'une idée de roman fantastique moderne !

Et tu les chantes à Salva-Terra ?

Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du Mal. [R. Sheckley]
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vercoquin Jeu 25 Jan, 2007 11:27 pm           
Bon contributeur

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Merci Foulques !
Bon, heureux si c'est tout passé. J'espère tout de même quelques "reproches", histoire de me faire réagir; je pense bien qu'il reste quelques maladresses.
Citation:
Et tu les chantes à Salva-Terra ?

En fait, ça fait partie de mon travail pour la saison à venir. Non, je n'ai pas prévu de les chanter, je suis piètre en la matière. Je les joue. Cette année, il n' y a que l'amour en trois, de Daudes de Prades (en cours), que j'imagine chanter. L'auteur vante les différentes valeurs de l'"amour" : d'une dame, d'une pucelle, ou d'une fille de joie. Je le laisserai peut-être ici quand le texte sera prêt ?
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Aaarrrgggh Dim 28 Jan, 2007 9:06 am           
Bon contributeur

            
Je ne pourrais dire que c'est de l'excellent travail, ne connaissant pas ce troubadour au départ.
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vercoquin Dim 28 Jan, 2007 11:25 am           
Bon contributeur

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Bon, d'accord. Ce que je propose n'est pas aisé. Merci pourtant si vous osiez de vraies critiques. Il y a quelques vers qui attendent leurs corrections. C'est souvent d'une grande aide quand on me signale quelques mots qui achoppent. Cela me permet de m'en séparer : j'ai parfois un vrai lien affectif avec les mots. C'est vrai, d'habitude, je demande a à mes amis. Mais l'envie m'a pris. S'il vous plaît !
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armoisine Dim 28 Jan, 2007 3:09 pm           
Modérateur

            
Ahhhh, pour une fois qu'on nous demande de critiquer! Aller, tend le dos brave homme! Laughing

J'ai lu le premier.
Le deuxième paragraphe (je me rappelle plus du terme exact) est obscur à la lecture.
Surtout le: si dieu nous enrichit le sens l'on doit savoir garder.
Sans ponctuation c'est pas facile. Je suppose que chanté, la ponctuation va de soit et le sens aussi.
Mais on peut comprendre: dieu enrichit le sens, l'on doit savoir garder quoi? Au lieu de dieu nous enrichit, le sens l'on doit garder.

Et puis comme j'aime bien pinailler, je trouve le: les cheveux peignés jusqu'au bout, un peu léger.

Voilà, cette critique me permet de dire à présent que c'est beau travail que tout cela!

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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armoisine Dim 28 Jan, 2007 3:16 pm           
Modérateur

            
Concernant le deuxième, très bien également.

Oui mais, Wink !
Vague souvenir de concordance des temps dont je ne me rappelle plus la règle. Toutefois il me semble que:

Il se leva tout reposé
lorsque la pluie fut passée

Sonne mieux.

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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vercoquin Dim 28 Jan, 2007 4:30 pm           
Bon contributeur

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Citation:
Aller, tend le dos brave homme!

Eh oui, je fais justement ça en public, en donnant un bâton. Et, de temps en temps, il y a un aigri qui en profite (la plupart tapent tout doux).
Merci Armoisine ! Je venais de comprendre que je demandais là chose ardue. Mais finalement, oui oui : "il se leva" accordé avec "était" !? Des caprices de langage auxquels je tiens parfois bizarrement. Seule solution que j'ai trouvée pour m'en défaire : me le faire dire...
"Les cheveux peignés jusqu'au bout", là je peine encore, question rime et sens... "E de pel penchenat son pro"... grosso-domo : ils sont suffisamment peignés...
J'éditerais mon premier message, pour les corrections, une fois que j'aurais un texte sur lequel m'arrêter.
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armoisine Dim 28 Jan, 2007 4:50 pm           
Modérateur

            
C'est vrai que c'est pas évident de trouver à évoquer l'idée avec tous les impératifs de l'exercice....

Les cheveux peignés avec soin,
La barbe aux joues, le sourire sain

Ouais, ça fait très "colgate" Laughing !

Nan, vraiment, c'est un sacré exercice!

L'homme n'est pas entièrement coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puiqu'il la continue. Camus
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