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  1. La Gironde au XIVe siècle

La Gironde au XIVe siècle

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Vendanges médiévales dans le bordelais

Dans le système moyenâgeux, il était difficile pour le Prince de prélever régulièrement patentes, impôts, droits, taxes et coutumes. Ces derniers étaient ponctionnés quand le besoin s'en faisait sentir avec maintes dérogations accordées à qui un pèlerin en route vers Compostelle, qui un vassal serviable. La méthode n'était guère bureaucratique et ordonnée, l'on se contentait de décréter sur la place publique et de faire quelques descentes là où cela sentait les bons deniers.

Il faudra attendre Colbert, grand argentier de Louis XIV, pour que la gestion des finances publiques se professionnalise et se discipline, mais les privilèges et autres réflexes corporatistes n'en furent pas pour autant supprimés.

Alors que le droit, plus précisément le droit des contrats, s'établissait de manière orale par la parole et de manière visuelle grâce à la participation de témoins, le terme "coutume" revêtait alors une connotation purement fiscale dont l'expression "une fois n'est pas coutume" signifiait au Prince que l'aide spontanée apportée en nature ou en numéraire par un de ses sujets n'était pas à considérer comme récurrente. Dès lors, comment le prince pouvait-il s'assurer un cash flow régulier afin de financer ses campagnes guerrières et son train de vie luxueux?

Attirer les flux de richesses vers soi et assurer la pérennité du système était dès le départ en contradiction avec l'obscurantisme et la rudesse des méthodes au Moyen-Âge. En effet, faire main basse sur les fortunes du domaine était peut-être chose relativement aisée. Cependant, l'opération, pour autant qu'elle soit un succès, comportait un effet de bord désagréable: la diminution du nombre de sujets par décès, fuite ou démographie négative. Désemparés par l'absence de liberté d'échange et de reconnaissance de la propriété privée, ceux qui le pouvaient s'en allaient trouver une terre plus accueillante. Ceux qui ne pouvaient partir n'étaient guère enclins à travailler dur pour prospérer, la production minimale nécessaire à la survie suffisant amplement.

Outre imposer une mesure fiscale, notre Prince avait toujours la possibilité d'obliger la pratique d'un service ou l'usance d'un produit. C'est ainsi que naquit la gabelle, impôt portant sur le sel avec obligation pour les contribuables d'acheter une quantité minimum dans un laps de temps déterminé. Encore ici, l'idée n'est pas des plus brillantes pour assurer des rentrées pérennes au trésor princier et conserver ses sujets. Alors que faire? L'idée de s'endetter était déjà présente et appliquée dans les faits. Le Prince se réservait le privilège de battre la monnaie et donc de contracter vis-à-vis des porteurs une dette à hauteur de la masse monétaire en circulation.

La pratique de l'usure, qui consistait à récupérer une partie du métal précieux des pièces de monnaie en les "usant" légèrement par grattage, était déjà connue comme une des causes de la dévaluation et, en plus du climat de méfiance qu'elle engendrait, faisait naître dans l'esprit des gens une idée selon laquelle la pièce que vous possédez aujourd'hui aura peut-être une valeur moindre le lendemain. L'érosion du pouvoir d'achat via la perte de valeur de la monnaie avait un nom: l'inflation. Par ce procédé puéril de tentative d'accroissement de la masse monétaire à l‘insu de tous, à l'instar d'une république bananière faisant aujourd'hui tourner la planche à billets pour respecter ses échéances, une pression haussière s'exerçait sur les prix des services et produits de l'époque avec, pour résultante, des distorsions importantes suivant les régions.

Rappelons que, il y a sept siècles, les principautés définissant l'Europe de l'Ouest étaient multiples et comprenaient des territoires bien plus exigus que les frontières nationales actuelles. Comment comparer le prix du sac de grain dans la principauté X avec celui de la principauté Y pourtant limitrophe et de petite taille? Si la guerre s'en mêlait, également fait du Prince en général, la situation devenait chaotique.

Face à un besoin spontané d'argent, le Prince savait comment agir. Face à ce besoin récurrent, il trouva donc une solution. À taux d'endettement constant par la frappe de monnaie, il lui fallait réduire cette situation débitrice pour à nouveau emprunter les deniers requis. Par action coercitive, la réduction de l'endettement se faisait via la diminution de sa valeur nominale et donc par la dévaluation. Le Prince dévaluait sa propre monnaie de sorte que son endettement en était réduit et qu'il pouvait tenter de lever de nouveaux capitaux. Ce principe s'apparentant à la levée d'un impôt avait l'avantage de répartir le taux d'imposition sur la base d'un pourcentage et non plus d'un montant forfaitaire par individu. Le pouvoir d'achat n'en était pas moins érodé, le droit de propriété était foulé à même le sol et l'influence négative de cette intervention exerçait un effet dissuasif sur les échanges commerciaux.

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25 mars 2005 à 08:56
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Source : La Gironde au 14e siècle : Un exemple méconnu de libéralisme



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Commerce et monnaies médiévales

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