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  1. Passeport pour L'au-delà

Passeport pour L'au-delà

Illustration de l'article : Passeport pour L'au-delà
Danse macabre, France, fin du XVe siècle

Alors que nos contemporains cherchent à éviter les souffrances de l'agonie, les hommes du Moyen Age craignent avant tout de mourir subitement, sans avoir été absous de leurs péchés. Le séjour sur cette terre ne sert qu'à préparer la vie éternelle dont la mort ouvre les portes. Jusqu'au XIIe siècle tout au moins, ne s'offrent que deux possibilités : les tourments de l'enfer ou le bonheur du paradis.

C'est le péché qui entraîne la damnation. Or, tandis que chez Platon, "nul n'est méchant volontairement", le christianisme considère que par le péché l'homme s'oppose à Dieu de façon délibérée et qu'il est pleinement responsable.

Saint Augustin distingue clairement péchés véniels et péchés mortels, ces derniers entraînant la damnation. Mais ils peuvent obtenir rémission par l'Eglise en vertu du pouvoir que Jésus a conféré à saint Pierre. Une double évolution se manifeste, l'une, dirigée vers la culpabilité, l'autre, poussant à la confession, donc conférant au clergé un moyen de pression très important sur le peuple chrétien. Il n'est pas étonnant que de nombreux hommes d'Eglise insistent sur le péché et ses conséquences. Les manuels de confession mettent l'accent sur l'interrogatoire, de plus en plus minutieux.

Dans ces conditions, les hommes sont remplis d'angoisse à l'idée de se retrouver en enfer ( infernum , lieu d'en bas) pour l'éternité. Ce qui explique la peur d'une mort subite, alors que nos contemporains préfèrent éviter les souffrances d'une longue agonie. Vers 1150, Julien de Vézelay, traitant dans plusieurs sermons du Jugement dernier, écrit :

Julien de Vézelay

Trois choses me terrifient ; à leur seule évocation, tout mon être intérieur tremble de peur : la mort, l'enfer et le Jugement à venir.

D'autant plus que les clercs ont soin de décrire avec le plus de réalisme possible les tourments que subissent les damnés. L' Elucidarium , composé vers 1100 et attribué à Honorius d'Autun, traduit dans tous les dialectes parlés en Occident (en français, il devient le Lucidaire ) connaît un très grand succès auprès du bas clergé et des gens modestes. Il joue en quelque sorte le rôle d'un catéchisme jusqu'à la Réforme. Selon cet ouvrage, il y a deux enfers : l'un, supérieur, en ce bas monde, l'autre, inférieur, rempli d'un feu inextinguible. Neuf peines sont propres à ce dernier. Un feu qui ne brille pas mais l'emporte en intensité sur le feu matériel, un froid intolérable, des serpents et des dragons, une puanteur extraordinaire, des coups assénés par des démons, des ténèbres, la honte des péchés révélés publiquement, la vue des démons et des dragons ainsi que la clameur des victimes et des bourreaux, des liens de feu sur tous les membres. Les damnés sont la tête en bas et distendus.

Un frère augustin de Bayeux le décrit ainsi :

Inconnu

Le feu de l'enfer diffère profondément de celui du monde. Le feu d'ici-bas est à celui de l'enfer ce qu'est un feu peint à un feu véritable. Le feu présent ne brûle que le corps extérieurement, alors que celui de l'enfer brûle le corps de l'extérieur et, au-dedans, brûle autant l'âme que le corps. Le feu d'ici-bas luit lorsqu'il brûle, mais celui de l'enfer brûle sans luire en raison des ténèbres extérieures et ainsi n'apporte pas quelque consolation aux damnés, mais augmente leur peine. Le feu d'ici-bas anéantit la matière qu'il enflamme, alors que l'infernal n'y parvient jamais.

L'art n'est pas en reste, à en juger par le tympan de l'abbaye de Conques (XIIe siècle). Les damnés sont situés à la gauche du Christ. Dans la zone inférieure, l'orgueil est représenté par un chevalier qui tombe de sa monture, la luxure par un couple que réunit la double boucle d'une corde, l'avarice par une bourse au cou d'un pendu, la médisance par un damné dont un diable tire la langue pour la couper, la gloutonnerie par un homme plongé dans une marmite. Un personnage allongé dans les flammes et sur lequel marche Satan pourrait représenter la paresse. Le registre supérieur a trait à diverses catégories sociales. Par exemple, à droite, un damné assis qui tient une pièce de tissu se terminant dans la gueule d'un démon représente probablement un artisan ou un marchand malhonnête. Les deux derniers vers d'un poème gravé adressent un sinistre avertissement "Pécheurs, si vous ne changez pas de conduite, sachez que vous serez sévèrement jugés." La géhenne est d'autant plus redoutée que la plupart des fidèles y sont destinés. Cependant, le discours clérical sur l'enfer a pour but d'amener les fidèles à se confesser, afin d'être absous de leurs péchés.

Les justes vont au paradis. Il est bien plus difficile d'évoquer ce lieu que de décrire les tourments infernaux. Les formules qui le dépeignent apparaissent stéréotypées. Ainsi, tel prédicateur de la fin du Moyen Age, s'inspirant de saint Augustin, écrit :

Inconnu

En ce lieu règne une lumière qui ne faiblit jamais, une joie sempiternelle, une vie éternelle et immortelle ; c'est la cité des saints, la joie n'y est suivie d'aucune douleur ni d'aucune tristesse ; la nuit s'en écartera et la vieillesse n'y apparaîtra pas ; il y règne une charité indissociable et une paix indivisible.

Hélas ! les justes sont peu nombreux. Heureusement, apparaît le purgatoire.

Comme l'a montré Jacques Le Goff, c'est au XIIe siècle que naît le purgatoire, que s'installe un système ternaire. En effet, une importante mutation intellectuelle et morale se produit alors, qui met l'accent sur l'intention. Anselme de Cantorbéry en constitue probablement le point de départ, car il insiste sur la différence fondamentale qui existe entre le péché volontaire et le péché par ignorance. L'âme mise en purgatoire après la mort en raison de ses péchés véniels est fort probablement délivrée avant le Jugement dernier, plus ou moins rapidement, selon les péchés commis et les suffrages offerts par les vivants.

Si le purgatoire est connu des lettrés dès le XIIe siècle, il faut attendre la fin du Moyen Age pour que ce nouveau concept se répande dans le peuple. On constate, en effet, que l'iconographie qui lui est consacrée ne prend une certaine importance qu'à cette époque. Les limbes des enfants, nés de l'angoisse populaire, sont contemporains de la naissance du purgatoire. Il s'agit d'un nouveau lieu de l'au-delà où séjournent les enfants morts sans avoir été baptisés. Ils n'ont pas mérité l'enfer, mais ils ne peuvent aller au paradis car le péché originel n'est pas effacé. Reste à savoir si le concept de limbes fait partie de la religion des laïcs ou s'il n'est pas purement théorique.

""
27 septembre 2004 à 11:22
(Maj : 06/06/2012)
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